Voyage : les Français boudent les programmes de fidélité des compagnies

Selon une enquête SumUp menée auprès de 1 500 Français, seuls 20 % adhèrent à un programme de fidélité lié aux voyages, alors que 63 % prévoient de partir en vacances cet été. Les cartes de supermarchés écrasent la concurrence avec 80 % d’adoption. Un décalage qui interroge la stratégie des acteurs du tourisme.

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By La rédaction Published on 15 juillet 2026 14h28
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Voyage : les Français boudent les programmes de fidélité des compagnies - © Economie Matin
35%35 % des Français ont abandonné un programme de fidélité parce qu'il fallait trop de temps pour obtenir une récompense.

Voilà un paradoxe qui mérite qu'on s'y arrête. Alors que 63 % des Français déclarent partir en vacances cet été, seuls 20 % d'entre eux adhèrent à un programme de fidélité lié aux voyages, qu'il s'agisse d'Air France, de la SNCF, de Club Med ou des chaînes hôtelières. C'est ce que révèle une enquête SumUp réalisée en avril 2026 auprès de 1 500 adultes français. Un taux d'adhésion famélique, surtout quand on le compare aux 80 % de Français qui possèdent une carte de fidélité de supermarché.

La grande distribution écrase tout

Reprenons les chiffres dans l'ordre. Les cartes de fidélité des supermarchés (Carrefour, E.Leclerc, Intermarché) trustent la première place avec 80 % d'adoption. Loin derrière, les programmes de santé et beauté (Sephora, Marionnaud, Yves Rocher) atteignent 44 %, suivis par les restaurants (McDonald's, Subway, Paul) à 37 %. Les enseignes de mode, décoration et ameublement (H&M, IKEA, Zara, Decathlon, Leroy Merlin) plafonnent à 35 %. Et tout en bas du classement, à égalité avec les coiffeurs et barbiers locaux, les programmes voyage stagnent à 20 %.

Que nous dit ce classement ? Que les Français privilégient massivement les avantages du quotidien. La fréquence d'achat compte plus que la promesse de récompenses lointaines. On passe au supermarché plusieurs fois par semaine, on prend l'avion ou le train quelques fois par an. Le calcul est vite fait : mieux vaut cumuler des points sur ses courses alimentaires que sur des billets d'avion qu'on achète tous les six mois, quand on a les moyens de partir.

Le temps, ce poison lent

Mais le problème ne s'arrête pas là. L'enquête SumUp révèle que 35 % des Français ont abandonné un programme de fidélité parce qu'il fallait trop de temps pour obtenir une récompense. C'est là que le bât blesse pour les acteurs du voyage. Accumuler suffisamment de miles Flying Blue pour obtenir un billet gratuit demande des années pour un voyageur occasionnel. Entre-temps, les conditions changent, les seuils de récompense augmentent, les dates de validité expirent. Résultat : l'effort paraît disproportionné par rapport au bénéfice espéré.

Autre frein majeur : 32 % des sondés évitent un programme si les avantages ne sont pas clairs ou attrayants. Or, les programmes de fidélité voyage sont souvent d'une complexité kafkaïenne. Catégories de billets éligibles, périodes de blackout, conditions de cumul, niveaux de statut, partenariats multiples... Il faut pratiquement un diplôme en économie comportementale pour comprendre comment optimiser ses points. La simplicité de la carte Carrefour, qui offre une réduction immédiate en caisse, gagne haut la main face à ce maquis réglementaire.

La France, pays de la carte plastique

L'étude révèle un autre enseignement inattendu : 36 % des Français préfèrent encore utiliser une carte physique traditionnelle, contre 26 % pour les portefeuilles numériques (Apple Wallet, Google Pay) et 18 % pour les applications dédiées aux marques. La France va donc à contre-courant du tout-numérique européen. Ce conservatisme technologique s'explique peut-être par une méfiance persistante envers la dématérialisation complète, ou simplement par l'habitude tenace du portefeuille bien rempli.

Pour les acteurs du voyage, cette préférence pose un problème stratégique. Les compagnies aériennes et ferroviaires misent massivement sur les applications mobiles pour gérer la fidélité, espérant réduire les coûts d'impression et de distribution des cartes. Mais si plus d'un tiers des Français préfèrent le plastique, cette stratégie risque de laisser sur le carreau une partie non négligeable de la clientèle potentielle.

Volatilité et oubli

Reste que 30 % des Français oublient régulièrement d'utiliser leurs cartes de fidélité. Un chiffre qui souligne la fragilité de ces programmes. Quand on achète son pain tous les matins chez le même boulanger, le réflexe finit par s'installer. Mais quand on réserve un billet d'avion une fois par an sur un comparateur en ligne, penser à renseigner son numéro de programme de fidélité relève de l'exploit mémoriel.

Plus inquiétant encore pour les marques : 55 % des Français changeraient de commerce de proximité si un concurrent proposait de meilleurs avantages de fidélité. La fidélité n'est donc plus une donnée acquise, mais un équilibre fragile qui se joue à chaque transaction. Les acteurs du voyage, qui ont longtemps misé sur la captivité de leur clientèle (peu d'alternatives sur certaines lignes, habitudes de réservation), doivent désormais affronter une concurrence féroce et des consommateurs de plus en plus volatils.

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