Alimentation : manger sain coûte 25% de plus qu’en 2021

Selon le rapport 2026 de la FAO, une alimentation saine coûte désormais 4,28 dollars par jour et par personne, soit 25% de plus qu’en 2021. Les produits d’origine animale et les fruits frais absorbent près de 46% de la facture totale, tandis que 70 à 75% des coûts se forment après la ferme, révélant une structure profondément déséquilibrée.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 16 juillet 2026 5h38
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Alimentation : manger sain coûte 25% de plus qu’en 2021 - © Economie Matin
4,28 DOLLARSManger sain coûte 4,28 dollars par personne

Une alimentation équilibrée coûte désormais 4,28 dollars par jour et par personne, soit 25% de plus qu'en 2021. Le rapport 2026 de la FAO sur la sécurité alimentaire mondiale révèle une structure de coûts profondément déséquilibrée, où les produits d'origine animale et les fruits frais absorbent près de 46% de la facture totale. Présentée ce mardi 15 juillet 2026 au siège de l'ONU à New York, l'étude dévoile une crise d'accessibilité nutritionnelle qui touche désormais près d'un tiers de l'humanité.

Une augmentation de 25% en cinq ans : les chiffres clés

Le coût quotidien de 4,28 dollars par personne

Le seuil de 4,28 dollars par jour correspond au panier alimentaire minimal permettant de couvrir les besoins nutritionnels recommandés. Entre 2021 et 2026, la hausse atteint exactement 25%, reflétant l'impact conjugué des perturbations logistiques, des chocs climatiques et de l'inflation mondiale. Maximo Torero Cullen, chef économiste de la FAO, souligne lors de la conférence de presse que « le défi n'est pas de produire suffisamment de calories mais de rendre les aliments riches en nutriments plus abordables ». Pour un ménage de quatre personnes, la facture mensuelle d'une alimentation saine atteint désormais 513 dollars, soit environ 470 euros au taux actuel.

Ventilation par catégorie : où va l'argent ?

La structure des dépenses alimentaires révèle des disparités majeures. Les produits d'origine animale représentent 30% du coût total, tandis que les fruits et légumes pèsent pour 16%. À l'inverse, les aliments de base (céréales, légumineuses) ne comptent que pour 13% du budget. Les produits transformés et les matières grasses complètent la répartition. Selon les données publiées par La Tribune, la hausse concerne principalement les catégories nutritionnellement denses, créant un cercle vicieux où manger équilibré devient un privilège économique.

Produits d'origine animale : le poste budgétaire dominant (30%)

Viandes, poissons, œufs et produits laitiers constituent le premier poste de dépense d'une alimentation saine. Leur part de 30% s'explique par les coûts de production élevés (alimentation animale, vétérinaire, infrastructures) et par les exigences de conservation (chaîne du froid). La hausse des prix des intrants agricoles depuis 2021, notamment les céréales fourragères et les engrais, s'est répercutée directement sur les produits animaux. Pour les ménages à revenus modestes, ce poste devient souvent le premier sacrifié, au détriment de l'apport en protéines et en micronutriments essentiels comme le fer ou la vitamine B12.

Fruits et légumes : 16% du budget alimentaire sain

Les fruits et légumes frais représentent 16% du coût quotidien, soit environ 0,68 dollar par personne. Leur prix élevé découle de leur périssabilité, des pertes post-récolte importantes (jusqu'à 40% dans certaines régions) et des coûts de transport. La FAO observe que les ménages pauvres consomment en moyenne 50% de moins de fruits et légumes que les recommandations nutritionnelles, privilégiant les féculents et les huiles pour maximiser l'apport calorique. Pourtant, comme pour d'autres postes budgétaires contraints, la compression des dépenses alimentaires fragilise la santé à long terme.

Impact sur les budgets des ménages : qui peut encore se le permettre ?

2,69 milliards de personnes exclues : une crise d'accessibilité

Maximo Torero Cullen rappelle qu'« en conséquence, 2,69 milliards de personnes, soit près d'une personne sur trois dans le monde, ne peuvent toujours pas se permettre d'avoir une alimentation saine ». Le calcul de la FAO repose sur le revenu disponible après déduction des dépenses incompressibles (logement, énergie, transport). Dans les pays à faible revenu, une alimentation saine absorberait jusqu'à 60% du budget familial, un seuil économiquement insoutenable. Les populations rurales d'Afrique subsaharienne et d'Asie du Sud concentrent la majorité des personnes exclues, mais les métropoles des pays émergents connaissent également une précarité nutritionnelle croissante.

Disparités régionales : l'Amérique latine en première ligne

L'Amérique latine, particulièrement les Caraïbes, enregistre les coûts d'alimentation saine les plus élevés au monde. Le chef économiste de la FAO explique que plusieurs pays de la région ont privilégié les cultures d'exportation (soja, café, canne à sucre) au détriment de la production vivrière diversifiée. Les marchés locaux dépendent ainsi fortement des importations pour les fruits, légumes et protéines animales, avec des prix majorés par les coûts logistiques. En Haïti ou au Honduras, une alimentation saine dépasse 6 dollars par jour, soit plus du double du seuil de pauvreté international. L'Afrique subsaharienne, bien que confrontée à des revenus plus faibles, bénéficie encore de circuits courts agricoles dans certaines zones rurales.

La structure cachée des coûts : 70 à 75% après la ferme

Transport, stockage, distribution : le vrai problème

Maximo Torero Cullen révèle qu'« entre 70 et 75% du coût d'une alimentation saine est généré après que les aliments ont quitté la ferme ». Transformation, emballage, transport frigorifique, distribution en supermarchés et marges commerciales expliquent l'essentiel de l'inflation alimentaire. En Afrique, les infrastructures routières défaillantes et l'absence d'entrepôts frigorifiques multiplient les pertes et les coûts intermédiaires. La FAO estime que la production locale pourrait réduire le coût d'une alimentation saine de 34% à l'échelle mondiale et jusqu'à 80% en Afrique, en supprimant les maillons logistiques superflus.

Les solutions passent par des investissements massifs dans les infrastructures post-récolte, la relocalisation des filières alimentaires et la réorientation des subventions agricoles. Actuellement, les aides publiques favorisent les céréales et les cultures d'exportation plutôt que les fruits, légumes et légumineuses destinés aux marchés locaux. Un rééquilibrage des politiques agricoles permettrait d'améliorer simultanément l'accessibilité nutritionnelle et la résilience des systèmes alimentaires face aux chocs climatiques, dont le prochain pic d'El Niño attendu fin 2026.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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