Terrasses sans tabac : 93 % des Français ne s’y opposent pas

Un an après l’extension des espaces sans tabac en France, un baromètre OpinionWay pour l’association DNF révèle que 93 % des Français ne seraient pas opposés à l’interdiction totale de fumer en terrasse. L’enquête montre même qu’une telle mesure attirerait davantage de clients qu’elle n’en ferait fuir, contredisant les craintes des professionnels.

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By La rédaction Published on 20 juillet 2026 13h37
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Passive smoking. Man smoking cigarette near woman covering her face from cigarette smoke. - © Economie Matin
42%42 % des habitants en logement collectif souhaitent être mieux protégés de la fumée provenant des appartements voisins.

Prenons un chiffre : 93 %. C'est la proportion de Français qui, selon un baromètre OpinionWay publié en juillet 2026, ne s'opposeraient pas à la suppression du tabac en terrasse. Autrement dit, seuls 7 % de la population se déclarent hostiles à une telle mesure. Le reste ? 17 % affirment qu'ils seraient tentés de fréquenter les terrasses si elles devenaient non-fumeurs, 31 % déclarent qu'ils les fréquenteraient plus souvent, et 45 % indiquent que cela ne changerait rien à leurs habitudes.

L'association DNF (Demain Sera Non Fumeur), commanditaire de l'étude, en tire une conclusion arithmétique simple à l'intention des cafetiers et restaurateurs : pour sept clients potentiellement perdus, 48 seraient gagnés ou conservés. Le calcul est brutal, mais il mérite d'être examiné de près, tant il contredit un argument économique longtemps brandi par les professionnels du secteur.

Un argument économique qui s'effondre

Depuis des années, les débats sur l'extension des espaces sans tabac butent sur la même objection : les terrasses sont le dernier refuge des fumeurs, et leur interdire la cigarette reviendrait à vider les établissements. Les syndicats de cafetiers ont régulièrement agité ce spectre, brandissant la menace d'une chute de fréquentation et d'une casse économique. Mais reprenons : si 93 % de la population ne s'oppose pas à la mesure, et si près de la moitié (48 %) déclare qu'elle fréquenterait autant ou davantage les terrasses sans tabac, où se situe le risque économique ?

Le problème, c'est que le débat a longtemps été dominé par une perception minoritaire, celle des fumeurs réguliers, qui représentent environ 25 % de la population adulte en France. Or, les non-fumeurs, qui constituent les trois quarts restants, n'ont pas l'habitude de faire entendre leur voix sur ce sujet. Ils subissent, sans toujours protester. Le baromètre DNF met en lumière une demande latente : celle de pouvoir profiter d'une terrasse sans inhaler la fumée du voisin.

Une dynamique européenne déjà enclenchée

La France n'est pas seule à réfléchir à cette question. Fin 2024, le Conseil de l'Union européenne a encouragé les États membres à étendre les espaces sans fumée aux terrasses de cafés et restaurants, dans le cadre du Plan européen de lutte contre le cancer. La Suède et la Belgique ont déjà franchi le pas, cette dernière prévoyant une interdiction totale dès janvier 2027. Des villes comme Barcelone et Milan ont également mis en place des dispositifs similaires.

En France, le décret du 1er juillet 2025 a marqué une étape importante en élargissant l'interdiction de fumer aux plages, parcs, jardins publics, abords des établissements accueillant des mineurs, équipements sportifs et abribus. Le 21 juillet 2025, un second texte précisait que l'interdiction s'appliquait également dans un rayon de dix mètres autour de certains de ces lieux. Reste que les terrasses de cafés et restaurants demeurent, pour l'instant, hors du champ réglementaire.

Des attentes qui dépassent le cadre actuel

Le baromètre OpinionWay révèle trois attentes fortes qui ne sont pas couvertes par la réglementation actuelle. Les files d'attente arrivent en tête des lieux où les Français souhaitent être protégés de la fumée (60 %), juste devant les terrasses de cafés et restaurants (59 %). Le tabagisme de voisinage s'impose également comme un enjeu majeur : 42 % des habitants en logement collectif souhaitent être mieux protégés de la fumée provenant des appartements voisins. L'association DNF précise que les plaintes liées à ce type de nuisance représentent plus de 60 % des réclamations qu'elle reçoit.

Enfin, la demande de protection dans la rue a presque doublé depuis 2019, passant de 20 % à 37 %. Autrement dit, l'exigence d'un espace public respirable ne cesse de croître. Sept ans après la première édition du baromètre, le soutien aux espaces sans tabac est en hausse importante, une première depuis 2019.

Un projet pilote pour convaincre les professionnels

L'association DNF, qui intervient depuis 50 ans pour défendre les victimes du tabagisme, travaille actuellement sur un projet baptisé « Ma terrasse sans tabac ». L'objectif affiché est d'améliorer l'adhésion des professionnels en mettant en place des établissements pilotes. Le pari est simple : démontrer par l'exemple que l'interdiction du tabac en terrasse ne nuit pas à la fréquentation, et peut même l'améliorer.

Reste à savoir si les pouvoirs publics suivront. Le sujet est politiquement sensible, et les lobbies du secteur de la restauration ne manqueront pas de faire valoir leurs arguments. Mais les chiffres sont têtus : 93 % de non-opposition, 48 % de fréquentation stable ou en hausse, et seulement 7 % de rejet. Le rapport de force, pour une fois, semble pencher du côté de la santé publique.

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