La Commission européenne sanctionne Google à hauteur de 890 millions d’euros pour deux infractions au règlement sur les marchés numériques. Bruxelles reproche au groupe de favoriser ses propres services dans son moteur de recherche et de limiter la liberté commerciale des développeurs d’applications. Cette décision pourrait raviver le conflit entre l’Union européenne et l’administration Trump.
Amende record contre Google : Bruxelles défie les pressions de Washington

Le bras de fer numérique entre Bruxelles et Washington s’intensifie
La décision dépasse le seul cadre du droit de la concurrence. Elle intervient dans un climat politique particulièrement tendu entre l’Union européenne et les États-Unis. L’administration de Donald Trump critique régulièrement les réglementations numériques adoptées à Bruxelles. Elle estime que ces textes affectent principalement les grandes entreprises américaines. À l’inverse, les institutions européennes défendent leur droit à organiser le marché numérique au sein de l’Union. La sanction annoncée le 23 juillet 2026 porte ce désaccord à un niveau supérieur. Elle atteint 890 millions d’euros. Il s’agit du montant le plus élevé infligé à une seule entreprise au titre du Digital Markets Act, ou DMA. Ce règlement européen est entré en application pour les grandes plateformes en mars 2024. Il vise les entreprises considérées comme des contrôleurs d’accès incontournables entre les professionnels et les internautes. La Commission européenne a adopté deux décisions distinctes contre Google. La première représente 460 millions d’euros. La seconde atteint 430 millions d’euros.
Le risque de représailles américaines ne peut pas être écarté. Deux jours avant l’annonce des amendes, 25 parlementaires américains ont demandé à Donald Trump d’intervenir contre les règles numériques européennes. Dans leur courrier, les élus républicains accusent notamment l’Union européenne de faire du DMA un instrument de pression économique contre les groupes américains. Ils évoquent la possibilité de déclencher des enquêtes commerciales sur le fondement de la section 301 du Trade Act. Cette procédure peut conduire Washington à imposer des restrictions ou des droits de douane. Aucune mesure de rétorsion directement liée à cette nouvelle sanction n’a cependant été annoncée à ce stade. La Commission maintient que ses règles ne reposent pas sur la nationalité des entreprises, mais sur leur poids économique et leur rôle dans l’accès au marché. Selon Reuters, Bruxelles revendique ainsi son autonomie réglementaire face aux pressions de Washington. Le dossier Google pourrait néanmoins devenir un nouveau sujet de négociation commerciale entre les deux puissances.
Google Search et le Play Store au cœur des infractions
La première sanction concerne la présentation des résultats dans Google Search. La Commission reproche à Google d’accorder une visibilité privilégiée à ses propres services. Les secteurs du commerce en ligne, des hôtels, des transports et des résultats sportifs sont notamment concernés. Les contenus appartenant au groupe peuvent apparaître plus haut dans la page. Ils bénéficient aussi de visuels enrichis, de filtres ou d’outils interactifs qui ne sont pas proposés dans les mêmes conditions aux concurrents. Pour Bruxelles, cette différence de traitement réduit la capacité des comparateurs indépendants à attirer les internautes. Elle peut également influencer leur choix avant même qu’ils accèdent aux offres disponibles sur d’autres sites. L’enquête européenne avait été ouverte en mars 2024. Des conclusions préliminaires avaient ensuite été adressées à Alphabet, la maison mère de Google, en mars 2025. La Commission a finalement estimé que les mesures présentées par le groupe ne garantissaient pas un classement transparent, équitable et non discriminatoire. L’amende de 460 millions d’euros sanctionne cette pratique dite d’auto-préférence. Google dispose désormais de 60 jours pour mettre fin aux manquements constatés.
La seconde décision porte sur Google Play. Le DMA prévoit que les développeurs doivent pouvoir informer les utilisateurs de l’existence d’offres extérieures, parfois moins coûteuses. Ils doivent aussi être autorisés à orienter leurs clients vers un site internet ou une boutique d’applications concurrente. La Commission considère que les conditions imposées par Google limitaient encore excessivement cette possibilité. Elle juge notamment que certains frais liés à l’acquisition des clients étaient trop élevés ou appliqués pendant une durée excessive. Cette partie du dossier entraîne une amende supplémentaire de 430 millions d’euros. Google rejette l’analyse européenne. Le groupe affirme que les changements demandés pourraient réduire certaines fonctionnalités pratiques dans Search. Il cite l’affichage immédiat des prix et des disponibilités pour les vols, les hôtels ou les restaurants. L’entreprise soutient également qu’une ouverture accrue du Play Store peut affaiblir la sécurité des utilisateurs. Elle envisage un recours contre les décisions. Bruxelles souligne néanmoins que des discussions constructives se poursuivent. Google teste déjà de nouvelles présentations dans Search et a modifié certaines règles commerciales de Google Play.
Ces deux sanctions sont les premières infligées à Google sur le fondement du DMA. Elles succèdent aux amendes prononcées en avril 2025 contre Apple et Meta, qui avaient atteint respectivement 500 et 200 millions d’euros. Le montant de 890 millions d’euros reste toutefois inférieur à plusieurs sanctions européennes antérieures relevant du droit classique de la concurrence. En septembre 2025, Google avait notamment reçu une amende de 2,95 milliards d’euros dans le secteur de la publicité en ligne. Au total, les différentes pénalités européennes infligées au groupe approchent désormais 10,4 milliards d’euros sur près de deux décennies. Le DMA autorise, en cas d’infraction, une amende pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial annuel d’une entreprise. Ce plafond peut monter à 20 % en cas de récidive. Des astreintes allant jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires quotidien moyen sont également possibles. La Commission constate toutefois des progrès dans les propositions de Google. Le scénario de nouvelles pénalités immédiates semble donc s’éloigner. L’enjeu se déplace désormais vers la transformation concrète de Google Search et du Play Store en Europe, mais aussi vers la réaction politique de Donald Trump.
