Épargne salariale : le gouvernement envisage des prélèvements pour 2027

Le gouvernement français envisage de prélever des cotisations sociales sur l’épargne salariale dès 2027, visant 1 milliard d’euros pour combler le déficit de la Sécurité sociale. Cette taxation, qui frapperait les montants supérieurs à 3.000 euros, pénalise les PME incapables d’optimiser fiscalement, tandis que les grandes entreprises trouveront des échappatoires. Aucune mesure symétrique de réduction des charges patronales n’est envisagée.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 7 septembre 2026 15h16
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Épargne salariale : le gouvernement envisage des prélèvements pour 2027 - © Economie Matin

Le projet de prélever 1 milliard d'euros sur l'épargne salariale inquiète économistes et salariés français. Cette mesure, annoncée le 7 septembre 2026 par Roland Lescure, ministre de l'Économie, s'attaque aux montants dépassant 3.000 euros annuels pour combler le déficit de la Sécurité sociale prévu en 2027. Intéressement, participation et abondements aux plans d'épargne collectifs sont concernés. Cette ponction touche un outil clé de constitution de patrimoine dans un contexte de forte fiscalité sur le travail, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME) qui disposent de moins de marges de manœuvre que les grandes entreprises.

Impact financier pour les salariés

Avec la taxation de l'épargne salariale, le gouvernement espère récolter 1 milliard d'euros pour le budget 2027 de la Sécurité sociale. Ce montant correspond à seulement 12 minutes de versement des pensions de retraite en France. Le gouvernement justifie cette mesure en arguant que les employeurs privilégient les compléments de revenus aux augmentations de salaires, ce qui pénalise la Sécurité sociale. Les scénarios envisagés incluent une exonération totale pour les versements inférieurs à 3.000 euros ou l'ajout d'une contribution d'assurance maladie pour les montants supérieurs.

L'épargne salariale est un levier de motivation essentiel, offrant aux salariés une part des bénéfices de l'entreprise, souvent placée sur un plan d'épargne entreprise (PEE) ou un plan d'épargne retraite collectif (PERCO). Actuellement, ces sommes échappent aux cotisations sociales, contrairement aux salaires classiques. La nouvelle taxation pourrait représenter 770 euros de prélèvements supplémentaires pour un salarié recevant 3.500 euros d'intéressement annuel. Multiplié par des millions de salariés, cela envoie un signal préoccupant : pourquoi s'investir si l'État récupère les fruits de l'effort collectif ?

Inégalités entre grandes entreprises et PME

Les grandes entreprises peuvent contourner cette taxation grâce à des stratégies d'optimisation fiscale, comme recourir à des filiales étrangères ou utiliser des stock-options. Les PME, dépourvues de tels moyens, subiront de plein fouet cette mesure. Le seuil de 3.000 euros accentue cette asymétrie : les PME, où les montants d'intéressement sont souvent inférieurs à 2.500 euros par salarié, pourraient renoncer à ces dispositifs, tandis que les grandes entreprises pourront compenser.

En fixant ce seuil, un effet pervers se crée : un salarié recevant 2.900 euros reste exonéré, tandis que celui percevant 3.100 euros est taxé, diminuant l'attrait du dispositif. Les employeurs pourraient plafonner les primes juste en dessous du seuil pour éviter les complications, réduisant ainsi l'incitation à la performance. Les secteurs à forte valeur ajoutée, déjà bien rémunérés, seraient peu impactés. La fronde au sein de la majorité présidentielle, avec des critiques sévères de figures comme Bruno Le Maire, montre la tension autour de cette mesure.

Des alternatives ignorées par le gouvernement

Alléger les charges des PME pourrait stimuler l'emploi et les salaires. Actuellement, les cotisations patronales représentent environ 42% du salaire brut. Une réduction de 2 points pour les entreprises de moins de 50 salariés coûterait environ 3 milliards d'euros mais pourrait générer des emplois et augmenter la masse salariale. Cependant, le gouvernement préfère taxer l'épargne salariale pour obtenir des recettes immédiates, évitant ainsi des choix politiques difficiles. En 2026, avec une croissance française en difficulté et des PME peinant à recruter, une baisse des charges aurait été cohérente avec un discours pro-entreprise.

Le déficit de la Sécurité sociale, qui dépasse 10 milliards d'euros par an, est structurel. Taxer l'épargne salariale ne résout pas le problème de fond, lié à l'augmentation des dépenses de santé et des pensions de retraite. Alors que les taux d'intérêt augmentent et pèsent sur le pouvoir d'achat, cette taxation aggrave la situation pour les actifs, sans que les retraités ne soient mis à contribution. Roland Lescure a reconnu l'urgence d'agir, mais se limiter à taxer l'épargne ne répond pas aux enjeux structurels.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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