Sécu : le vrai scandale, c’est ce qu’on cache dans les décrets

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud
Sécu : le vrai scandale, c'est ce qu'on cache dans les décrets
Sécu : le vrai scandale, c'est ce qu'on cache dans les décrets - © Economie Matin

Cet été, pendant que les Français profitent de la plage, le gouvernement s'empresse de publier des décrets qui vont réduire le remboursement de certains médicaments. Moins de remboursements, plus de franchises : la Sécurité sociale continue de faire les poches des assurés. Pendant ce temps, les vraies réformes structurelles restent dans le tiroir.

5%

Le taux de remboursement auquel certains médicaments seront désormais pris en charge par l'Assurance maladie, contre 15 % ou 30 % aujourd'hui.

L'été, saison idéale pour faire passer les mauvaises nouvelles

Il y a une tradition bien française que j'observe depuis des années : on publie les mauvaises nouvelles en juillet. Quand les journalistes sont en vacances, quand les syndicats rechargent les batteries et quand les Français pensent à autre chose qu'à leurs cotisations. Cette année ne fait pas exception. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, vient de transmettre cinq décrets aux caisses de Sécurité sociale. Cinq décrets qui, pris ensemble, représentent une forme de déremboursement discret mais bien réel pour des millions de patients.

Traduction concrète : certains médicaments ne seront plus remboursés qu'à 5 %. En dessous de ce seuil, le remboursement n'est plus qu'une fiction administrative. C'est l'assuré qui paie. Point. On ne parle pas de médicaments anecdotiques : on parle de traitements que des millions de Français achètent régulièrement en pharmacie. La note atterrit directement dans le portefeuille des ménages, sans qu'on ait eu le courage de le dire clairement dans un débat public.

Ce qui m'irrite profondément dans cette méthode, c'est son hypocrisie. On ne dit pas « nous réduisons la couverture maladie ». On « optimise le panier de soins ». On « rationalise la dépense ». La novlangue bureaucratique fait des merveilles pour anesthésier l'opinion.

Le vrai problème : une Sécu qui refuse de se réformer vraiment

Force est de constater que ces décrets sont le symptôme d'un problème bien plus profond. La Sécurité sociale française affiche un déficit qui dépasse les 18 milliards d'euros en 2025. Dix-huit milliards. Chaque année, on colmate les brèches avec des rustines : on augmente les franchises ici, on déremboursé là, on crée une nouvelle taxe sur les complémentaires santé ailleurs.

Ce que le gouvernement refuse d'aborder frontalement, c'est la structure même de notre système. En Allemagne, les caisses d'assurance maladie sont en concurrence, les assurés choisissent leur couverture, les établissements de santé sont gérés avec des logiques de performance. Résultat : un système globalement aussi protecteur que le nôtre, mais sans les déficits abyssaux qui nous étranglent.

En France, on préfère la méthode du salami : couper en tranches très fines pour que personne ne voie le jambon disparaître. Des franchises à un euro, puis deux euros, puis des taux de remboursement qui tombent à 5 %. À ce rythme, dans dix ans, la Sécu ne remboursera plus grand-chose, mais elle coûtera toujours aussi cher en cotisations.

Les Français paient deux fois, et bientôt trois fois

Voilà où nous en sommes : les Français paient parmi les cotisations sociales les plus élevées au monde — près de 45 % du salaire brut entre parts patronale et salariale —, ils paient une mutuelle obligatoire qui augmente de 5 à 8 % par an, et maintenant ils payeront encore plus directement en pharmacie.

Trois couches de prélèvement pour une protection qui se réduit comme peau de chagrin. Si une entreprise privée fonctionnait comme ça — prendre toujours plus à ses clients tout en livrant moins — on parlerait d'escroquerie.

La vérité que personne ne veut dire en haut lieu, c'est qu'on ne sortira pas de cette spirale infernale sans une réforme structurelle courageuse : remettre l'hôpital public en ordre de marche, introduire une vraie concurrence dans l'assurance maladie, responsabiliser les acteurs du système. Des décrets publiés discrètement en juillet, c'est le contraire du courage politique. C'est la gestion du déclin.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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