Sébastien Lecornu met un chiffre sur le tour de vis budgétaire prévu pour 2027 : environ 54 milliards d’euros. Derrière ce montant, l’exécutif prévoit un gel d’une partie des dépenses de l’État, des économies dans plusieurs ministères et organismes publics, un effort sur les arrêts maladie, les retraites les plus élevées et certaines prestations. Le Premier ministre promet, en parallèle, une « stabilité fiscale ».
Déficit : où Sébastien Lecornu veut-il trouver 54 milliards d’euros d’économies ?

Déficit : 54 milliards d’euros d’économies pour freiner la dépense
Le cap a été dévoilé jeudi 17 septembre 2026. Dans un entretien au Figaro, Sébastien Lecornu détaille la première architecture du projet de loi de finances pour 2027 : « Le projet de loi de finances que je propose contiendra un effort budgétaire d’environ 54 milliards d’euros, dans la stabilité fiscale », affirme le Premier ministre au Figaro. Autrement dit, il s'agit d'économiser environ 1,8 point de PIB. L’objectif est de reprendre le contrôle du déficit tout en évitant, selon la ligne revendiquée par Matignon, une hausse générale des impôts.
L’exécutif part d’une trajectoire nettement dégradée. Sans nouvelle économie, le déficit public de 2027 approcherait 6,5% du PIB, estime Sébastien Lecornu dans cet entretien au Figaro. La dépense sociale augmenterait spontanément de 22 milliards d’euros, tandis que le financement de la dette nécessiterait 10 milliards d’euros supplémentaires et que les dépenses de fonctionnement des collectivités progresseraient de 7 milliards d’euros.
La cible fixée pour 2027 est double. Hors nouvelle augmentation des dépenses militaires, le gouvernement vise un déficit de 4,8% du PIB, a indiqué Sébastien Lecornu. En intégrant l’effort supplémentaire consacré à la défense, l’objectif remonte à 5% du PIB. L’exécutif entend donc réduire fortement la trajectoire spontanée des dépenses plutôt que ramener immédiatement le solde public sous le seuil européen de 3%.
La mécanique repose d’abord sur un ralentissement de la dépense. Pour Matignon, les 54 milliards d’euros ne correspondent pas uniquement à des coupes nominales de même montant dans les crédits existants : une partie de l’effort consiste à empêcher ou limiter les hausses qui se produiraient sans intervention. C’est particulièrement le cas de la Sécurité sociale, dont les dépenses augmenteraient de 22 milliards d’euros sans mesures correctrices. La charge de la dette absorberait de son côté 10 milliards d’euros supplémentaires.
Même logique pour les collectivités territoriales. Leurs dépenses de fonctionnement afficheraient une progression spontanée de 7 milliards d’euros. Le gouvernement ne prévoit toutefois pas de les figer : leur hausse devrait être contenue au niveau de l’inflation. Cette règle constitue l’une des pièces du plan d’économies, parallèlement aux efforts demandés directement à l’État.
Ministères et fonction publique : des coupes ciblées dans le budget
« L’État doit être exemplaire, et donc commencer par lui-même », déclare Sébastien Lecornu au Figaro. Pour 2027, les dépenses de l’État seraient ainsi gelées en valeur hors hausse de la charge de la dette et budget des Armées. Autrement dit, à périmètre comparable, l’enveloppe générale ne progresserait pas avec l’inflation. Ce gel ne sera cependant pas uniforme : le gouvernement dit vouloir préserver plusieurs priorités.
Le budget des Armées doit notamment augmenter de 6,4 milliards d’euros en 2027. Les ministères de la Justice, de l’Intérieur, de la Recherche et de l’Écologie doivent également bénéficier de crédits en hausse. Ailleurs, en revanche, les arbitrages seront plus sévères, ce qui impose des réductions réelles pour maintenir l’ensemble de la dépense de l’État dans l’enveloppe prévue.
Le ministère du Travail est directement ciblé : 2,5 milliards d’euros d’effort lui sont demandés. Sébastien Lecornu évoque notamment un réexamen des dispositifs renforcés pendant la crise sanitaire et un meilleur ciblage du compte personnel de formation. Les opérateurs et agences de l’État doivent eux aussi voir leurs enveloppes diminuer. Les cabinets ministériels seront concernés par une compression de leurs moyens, le Premier ministre souhaitant également faire contribuer les membres du gouvernement.
Le gel du point d’indice des fonctionnaires constitue une autre source d’économies majeure. Le gouvernement en attend environ 2 milliards d’euros en 2027. Matignon annonce cependant des discussions avec les organisations syndicales afin que les agents aux rémunérations les plus faibles ne subissent pas intégralement les effets de l’inflation.
Déficit et retraites : moins de 6 milliards d’euros d’effort
La sphère sociale contribuera elle aussi au redressement, mais le gouvernement exclut une année blanche généralisée. Sur les arrêts maladie, l’objectif est d’environ 2 milliards d’euros d’économies. L’exécutif envisage parallèlement de fiscaliser certaines indemnités liées aux arrêts de travail afin de contribuer au financement de l’Assurance maladie.
La réforme des ruptures conventionnelles doit produire 100 millions d’euros d’économies dès 2027, puis 800 millions d’euros en année pleine. À cela doit s’ajouter 1 milliard d’euros supplémentaire provenant de la lutte contre la fraude fiscale et sociale. Le gouvernement compte notamment recourir davantage à des outils d’intelligence artificielle et permettre en 2027 à certains contribuables de régulariser spontanément leur situation auprès de l’administration.
Les retraites constituent toutefois l’arbitrage le plus sensible. Leur contribution sera « inférieure à six milliards d’euros », a indiqué Sébastien Lecornu. Le gouvernement ne tranche pas encore entre les principales options évoquées : moindre indexation de certaines pensions sur l’inflation ou modification de l’abattement fiscal de 10% dont bénéficient les retraités. La décision doit être discutée au Parlement.
Sur un point, le Premier ministre se veut catégorique : « Aucune pension ne diminuera », a-t-il déclaré au Figaro. « Les petites retraites seront protégées », a par ailleurs assuré Sébastien Lecornu. Le minimum vieillesse, l’allocation aux adultes handicapés, le RSA et les petites pensions doivent ainsi échapper à une année blanche. En revanche, le gel des pensions les plus élevées reste sur la table, de même qu’une absence de revalorisation des APL.
La politique familiale est également appelée à évoluer. Sébastien Lecornu souhaite réexaminer l’allocation de rentrée scolaire et plaide pour un meilleur ciblage de cette aide, sans en préciser encore les paramètres. Par ailleurs, un « prêt à taux zéro natalité » devrait faciliter l’accès des familles à un logement adapté. Les bonifications de retraite liées aux enfants pourraient, elles, être redistribuées à coût constant, sans modification des droits des retraités actuels.
Stabilité fiscale et budget : des économies sans hausse générale des impôts
En parallèle des coupes et gels de dépenses, Sébastien Lecornu entend préserver sa promesse de stabilité fiscale. « Nous n’augmenterons pas les impôts », a-t-il promis. Le gouvernement renonce notamment à geler le barème de l’impôt sur le revenu, une décision qui aurait mécaniquement fait entrer davantage de contribuables dans les tranches supérieures en période d’inflation.
Cette orientation ne signifie pas que toute fiscalité restera inchangée. Certaines niches pourraient être révisées et l’exécutif envisage notamment la fiscalisation des indemnités liées aux arrêts maladie. En revanche, le pacte Dutreil doit être maintenu. Dans le même temps, le produit de la surtaxe exceptionnelle appliquée aux grandes entreprises serait ramené à 5 milliards d’euros en 2027, contre 7,5 milliards d’euros en 2026. Pour le Premier ministre, cette baisse doit préserver l’investissement tout en maintenant une contribution spécifique des grands groupes.
Le chiffre global de 54 milliards d’euros reste cependant celui d’une copie gouvernementale, et non d’un budget définitivement adopté. Le texte doit être examiné en Conseil des ministres le 1er octobre 2026 avant son arrivée au Parlement. Les députés et sénateurs pourront donc modifier la répartition de l’effort, notamment sur les retraites et les prestations, à condition que l’équilibre général du projet soit ensuite trouvé.
Sébastien Lecornu a également lié la méthode parlementaire au déroulement des débats. Il propose de ne recourir ni à l’article 49.3 ni aux ordonnances en l’absence d’obstruction parlementaire. La discussion budgétaire déterminera ainsi non seulement la répartition définitive des économies, mais aussi la possibilité d’atteindre la cible de déficit de 5% du PIB annoncée pour 2027.
