Cuba, le dernier bastion du marxisme caribéen, vient d'ouvrir 176 secteurs de son économie aux acteurs privés. Agriculture, banques, pharmacies, pétrole : La Havane capitule devant la réalité. Pendant ce temps, en France, on continue d'alourdir les charges et de multiplier les réglementations. Il y a dans ce paradoxe quelque chose d'absolument vertigineux.
176
C'est le nombre de secteurs économiques que Cuba vient d'ouvrir aux acteurs privés — dont les banques, l'agriculture et l'exploitation pétrolière.
Quand La Havane donne des leçons à Paris
Je vais vous dire une chose qui va peut-être vous faire sourire, ou vous faire grincer des dents selon votre sensibilité politique : Cuba est en train de réformer plus vite que la France. Le 18 juin dernier, le Parlement cubain a approuvé une liste de 176 mesures ouvrant quasiment tous les secteurs d'activité aux entreprises privées. Pharmacies, stations-service, gestion des déchets, exploitation pétrolière, banques — tout y passe. Le régime castriste, asphyxié par des décennies de planification centralisée et aggravé par l'embargo américain, a fini par admettre l'évidence : sans marché, sans initiative privée, sans liberté économique, un pays se condamne à la misère.
Force est de constater que cette conversion, aussi tardive soit-elle, a quelque chose de courageux. Reconnaître que le modèle étatiste intégral est un échec, c'est politiquement douloureux. Les dirigeants cubains le font par nécessité absolue, c'est vrai. Mais ils le font. Or, en France, nous attendons encore cette prise de conscience pourtant moins dramatiquement urgente. Notre économie n'est pas en faillite — pas encore — mais les signaux d'alarme s'accumulent : dette publique à 113 % du PIB, prélèvements obligatoires parmi les plus élevés du monde développé, compétitivité qui s'érode trimestre après trimestre.
Le paradoxe français : on taxe là où Cuba libère
Pendant que La Havane découvre les vertus de l'entreprise privée, Paris invente de nouvelles taxes. Le gouvernement peine à réduire sérieusement la dépense publique et, pour boucher les trous budgétaires, la tentation du prélèvement supplémentaire reste permanente. On taxe les "superprofits", on surtaxe les successions, on imagine des contributions exceptionnelles qui ne le sont jamais vraiment. Le tout dans une complexité administrative qui ferait fuir même le plus patient des entrepreneurs.
Pendant ce temps, nos voisins ne restent pas immobiles. L'Allemagne a certes ses propres difficultés industrielles, mais elle n'a jamais renoncé à la discipline budgétaire inscrite dans sa Constitution. La Suisse affiche un taux de prélèvements obligatoires inférieur de quinze points au nôtre. Les Pays-Bas ont su attirer des sièges sociaux que nous avons, nous, méthodiquement découragés. La Bourse de Londres bat des records historiques cette semaine — portée, justement, par des entreprises robustes évoluant dans un cadre réglementaire moins oppressant que le nôtre.
Libérer, c'est aussi le seul remède au pouvoir d'achat
L'essence repasse au-dessus des 2 euros le litre depuis vendredi dernier. Les Français le ressentent douloureusement. Les automobilistes du Val-de-Marne, comme des millions d'autres, font leurs comptes à la pompe. Ce sujet d'apparence conjoncturelle est en réalité profondément structurel : quand l'État capte plus de 60 % du prix du carburant en taxes diverses, il est difficile de prétendre défendre le pouvoir d'achat des ménages.
La vraie solution au pouvoir d'achat ne passe pas par des chèques énergie financés par la dette — c'est-à-dire par les impôts futurs de nos enfants. Elle passe par moins d'État, moins de prélèvements, plus de liberté pour entreprendre et pour consommer. Cuba, en 2026, vient de le comprendre à ses dépens, après soixante ans d'expérience. Combien de temps faudra-t-il à la France pour tirer la même leçon, sans avoir à attendre le fond du gouffre ?

