Eolien en mer : cette énergie décriée absorbe encore 260 millions d’euros

Le gouvernement français investit 260 millions d’euros dans l’infrastructure portuaire pour l’éolien flottant, visant 6 GW d’ici 2040.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 30 juillet 2026 14h30
Eolien en mer : cette énergie décriée absorbe encore 260 millions d'euros
Eolien en mer : cette énergie décriée absorbe encore 260 millions d'euros - © Economie Matin

Le gouvernement français vient d'annoncer un investissement de 260 millions d'euros dans l'infrastructure portuaire destinée à l'éolien flottant. Une enveloppe conséquente, extraite du programme France 2030, qui soulève une question centrale : le retour sur investissement justifie-t-il une telle dépense publique ? Alors que les ménages français subissent la hausse des prix de l'énergie, cette nouvelle subvention à l'éolien mérite un examen économique rigoureux.

260 millions d'euros : un investissement massif dont le ROI reste opaque

Les cinq ports retenus (Cherbourg, Brest, Nantes-Saint Nazaire, Port-la-Nouvelle et Marseille-Fos) recevront ces fonds pour construire quais, terre-pleins et chemins d'accès adaptés aux composants géants de l'éolien flottant. Selon le ministère chargé de l'Énergie, les investissements totaux devraient atteindre 1 milliard d'euros. L'État finance donc 26% du projet, laissant 740 millions à la charge des ports et des acteurs privés.

Combien coûte vraiment un mégawatt d'éolien flottant ?

L'objectif affiché : atteindre 6 GW de puissance éolienne en mer d'ici 2040. En divisant l'investissement public par la capacité visée, on obtient 43 euros par kilowatt installé, uniquement pour l'infrastructure portuaire. Ce chiffre exclut le coût des turbines, des flotteurs, du raccordement et de la maintenance. Les études internationales estiment le coût complet de l'éolien flottant entre 150 et 200 euros par MWh produit, contre 50 à 70 euros pour le nucléaire neuf (EPR) et 40 à 60 euros pour le nucléaire amorti. Le partenariat récent EDF-Technip Energies illustre d'ailleurs la compétitivité persistante de l'atome français.

Le parc nucléaire français affiche un facteur de charge moyen de 70%, parfois supérieur à 80% hors arrêts programmés. L'éolien flottant, même en mer où les vents sont plus réguliers, plafonne à 45-50% de facteur de charge. Concrètement, une éolienne de 10 MW installée produit l'équivalent de 4,5 à 5 MW en moyenne annuelle. Un réacteur nucléaire de 900 MW fournit 630 MW constants. Pour égaler un seul EPR de 1 650 MW, il faudrait installer environ 3 300 MW d'éolien flottant, soit 330 machines de 10 MW. Le rapport coût-efficacité penche nettement en faveur de l'atome.

Intermittence de l'éolien : le coût caché que personne ne chiffre

L'intermittence impose des coûts systémiques rarement intégrés aux calculs officiels. Lorsque le vent faiblit, d'autres centrales (gaz, charbon, hydraulique) doivent compenser. Enedis estime que l'intégration massive d'énergies renouvelables nécessitera 20 milliards d'euros d'investissements réseau d'ici 2035. Le stockage par batteries reste hors de prix à grande échelle : environ 150 euros par kWh de capacité installée. À titre de comparaison, le nucléaire ne génère aucun coût d'intermittence, puisqu'il produit à la demande. Les data centers, gros consommateurs d'électricité stable, privilégient d'ailleurs les sources pilotables.

Vingt ans d'investissements en éolien : où est le retour ?

Depuis 2009, année où la France s'est lancée dans l'éolien en mer, les subventions publiques directes et indirectes se chiffrent en dizaines de milliards. Selon Contribuables Associés, les aides à l'éolien terrestre et offshore ont dépassé 8 milliards d'euros entre 2015 et 2025, via les tarifs d'achat garantis et les compléments de rémunération. Ces mécanismes obligent EDF à racheter l'électricité éolienne à prix fixe, souvent supérieur au marché, creusant sa dette.

2009-2026 : historique des subventions publiques en éolien français

Le premier appel d'offres éolien offshore date de 2011 (Saint-Nazaire, Courseulles, Fécamp). Le tarif garanti atteignait alors 200 euros par MWh, deux fois le prix de marché moyen. Les appels d'offres suivants (2013, 2016, 2019) ont progressivement réduit ce tarif, mais les premiers parcs ne sont entrés en service qu'en 2022, avec dix ans de retard. Entre-temps, l'État a financé études, raccordements et infrastructures portuaires, sans garantie de rentabilité. Le ministère justifie ces dépenses par la réduction de la dépendance aux énergies fossiles, dont les prix ont flambé avec les tensions au Moyen-Orient.

Le bilan des 15 dernières années

En 2026, la France compte environ 2 GW d'éolien offshore opérationnel, loin des 6 GW prévus initialement pour 2025. La production annuelle atteint 7 TWh, soit 1,3% de la consommation électrique nationale (540 TWh). À titre de comparaison, les 56 réacteurs nucléaires français produisent 360 TWh par an, couvrant 67% des besoins. L'écart entre promesses et réalité interroge l'efficacité des milliards investis. L'annonce récente des 260 millions pour l'éolien flottant prolonge cette logique, malgré l'absence de retour tangible sur les investissements passés.

Cinq ports, un milliard d'euros : qui paiera réellement ?

Le montage financier repose sur un partenariat public-privé. L'État apporte 260 millions, les ports et industriels complètent avec 740 millions. Mais les ports étant des établissements publics, leurs investissements proviennent de subventions régionales, de prêts garantis par l'État ou de hausses de taxes portuaires répercutées sur les usagers. Au final, le contribuable finance directement ou indirectement la majorité du projet.

Les 260 millions publics cachent 740 millions de dépenses privées

Les 740 millions restants proviendront théoriquement d'acteurs privés : fabricants de turbines, développeurs de parcs éoliens, fonds d'investissement. Toutefois, ces entreprises bénéficient elles-mêmes de crédits d'impôt recherche, d'exonérations fiscales et de tarifs d'achat garantis. La frontière entre argent public et privé devient floue. Une analyse du cabinet Xerfi estime que 60% des investissements « privés » dans les renouvelables sont soutenus par des mécanismes publics indirects.

Impact fiscal et coût pour le contribuable français

Chaque foyer français paie déjà environ 25 euros par an via la contribution au service public de l'électricité (CSPE) pour financer les énergies renouvelables. Si l'objectif de 6 GW d'éolien flottant se concrétise avec les surcoûts habituels, cette taxe pourrait grimper de 5 à 10 euros supplémentaires par foyer et par an d'ici 2040. Pour un gain de production de 15 TWh annuels (2,8% de la consommation), le coût par kilowattheure produit reste élevé comparé aux alternatives pilotables. La question de l'arbitrage budgétaire se pose : ces 260 millions auraient-ils été plus efficaces investis dans la prolongation de réacteurs existants ou dans la recherche sur le stockage ?

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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