ENI investit plus d’1 milliard de dollars dans la fusion nucléaire commerciale, visant une centrale en Europe d’ici 2040. Le géant italien transforme son modèle économique historique en pariant sur une technologie émergente, portée par son partenariat avec Commonwealth Fusion Systems et l’UK Atomic Energy Authority.
ENI investit dans la fusion nucléaire avec un objectif 2040

ENI a franchi une étape stratégique majeure : en septembre 2025, le géant énergétique italien a signé avec Commonwealth Fusion Systems un contrat d'achat d'électricité de plus de 1 milliard de dollars. Ce partenariat marque une réinvention de son modèle économique, avec l'objectif de contribuer au développement d'une centrale de fusion nucléaire commerciale en Europe d'ici le début des années 2040. Ce pari audacieux constitue un tournant pour une entreprise historiquement centrée sur le raffinage pétrolier.
La fusion comme nouvelle source de revenus pour ENI
L'investissement d'ENI dans la fusion nucléaire va bien au-delà de l'expérimentation. Le contrat signé avec Commonwealth Fusion Systems le 22 septembre 2025 représente plus de 1 milliard de dollars. Energynews.pro rapporte que cet accord concerne la production future de la première centrale de fusion à échelle industrielle de CFS aux États-Unis. Ce montant reflète la conviction d'ENI que la fusion pourrait devenir rentable d'ici 2040.
Commonwealth Fusion Systems développe des réacteurs à confinement magnétique utilisant des supraconducteurs à haute température. ENI, qui a renforcé sa participation dans cette entreprise américaine lors de plusieurs levées de fonds en 2025, garantit ainsi à CFS un débouché commercial pour sa production future, atténuant le risque financier. Pour ENI, cela assure un approvisionnement en électricité décarbonée à long terme, potentiellement à des tarifs compétitifs si la technologie aboutit. Ce montant de 1 milliard de dollars traduit néanmoins les incertitudes sur la viabilité commerciale à grande échelle de la fusion.
Francesca Ferrazza, responsable des initiatives de fusion magnétique chez ENI, a déclaré au Financial Times que la fusion pourrait devenir la « prochaine raffinerie » du groupe. Cette vision souligne la transformation en cours : ENI cherche à appliquer dans la fusion son expertise du raffinage. Le groupe s'intéresse particulièrement à la gestion du tritium et du deutérium issus des réacteurs de fusion. En 2026, ENI a créé une coentreprise avec l'UK Atomic Energy Authority pour offrir des services liés aux cycles du combustible de fusion. Boursorama souligne que le tritium reste un enjeu technique et économique majeur pour l'industrie.
Transition énergétique : pourquoi ENI change de cap
Le virage d'ENI vers la fusion s'inscrit dans une tendance des majors énergétiques à se réorienter face à la transition bas-carbone. La volatilité des marchés pétroliers et les objectifs climatiques européens incitent les acteurs traditionnels à repenser leur modèle. La fusion nucléaire offre une alternative aux énergies fossiles sans les limites des renouvelables intermittents. Pour ENI, investir dans une technologie prometteuse post-2040 représente une assurance stratégique, bien que le retour sur investissement soit incertain.
Francesca Ferrazza indique que « les technologies et les attentes ont fortement évolué au cours des cinq à six dernières années ». La fusion, longtemps domaine de la recherche publique, connaît une accélération grâce aux entreprises privées. Commonwealth Fusion Systems est à la pointe, attirant investisseurs technologiques et groupes énergétiques. ENI doit se positionner rapidement dans cette révolution industrielle naissante, alors que la concurrence s'intensifie avec plusieurs startups américaines et européennes en course pour la première centrale commerciale viable.
L'objectif d'une centrale commerciale en Europe au début des années 2040 est ambitieux, compte tenu des défis techniques restants. Cependant, TradingSat rappelle qu'ENI n'a pas fourni de feuille de route budgétée. L'annonce est une orientation stratégique plutôt qu'un engagement ferme. Les progrès technologiques récents permettent un optimisme prudent. Si CFS réussit sa première centrale aux États-Unis, le transfert de technologie vers l'Europe pourrait s'accélérer, et ENI espère jouer un rôle clé grâce à son expertise du cycle du combustible.
Les risques économiques liés à l'investissement à long terme
Investir plus d'un milliard de dollars dans une technologie qui n'a jamais produit d'électricité commerciale comporte des risques importants. Les délais peuvent s'allonger, les coûts augmenter, et la rentabilité reste incertaine. ENI parie sur la compétitivité future de la fusion face aux énergies renouvelables et au nucléaire traditionnel. Un échec technologique pourrait immobiliser des capitaux considérables sans retour.
La viabilité économique de la fusion repose sur plusieurs facteurs : coût de construction des réacteurs, prix du combustible, efficacité énergétique, durée de vie des installations. Le tritium, isotope rare et radioactif, est un défi particulier. ENI espère transformer ce goulot d'étranglement en avantage compétitif grâce à son partenariat avec l'UKAEA. La réussite dépendra autant des avancées scientifiques que de la capacité d'ENI à industrialiser rapidement la technologie une fois mature. Comme dans d'autres secteurs en mutation, le succès dépend des chiffres et de la capacité d'exécution.
ENI transforme ainsi son ADN industriel : de raffineur pétrolier, elle aspire à devenir un acteur majeur de la fusion nucléaire. Ce pari de 1 milliard de dollars sur l'avenir énergétique européen verra sa rentabilité mise à l'épreuve après 2040. Entre ambition technologique et nécessité stratégique, l'entreprise italienne trace une voie nouvelle dans la transition énergétique des majors fossiles.