Protocole contre la vie chère en Martinique : les distributeurs tiennent leurs engagements

La préfecture de Martinique a publié, fin juillet 2026, le cinquième bilan du protocole contre la vie chère. Signé en octobre 2024, il vise à faire baisser les prix de 6 000 produits par une action tripartite de l’État, la CTM et des acteurs économiques locaux. Si les distributeurs ont bien répercuté la baisse des taxes sur les 6 000 produits ciblés, l’absence de concrétisation de certains engagements centraux de l’État empêche d’atteindre l’objectif initial d’un recul de 20 % des prix.

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By La rédaction Published on 24 août 2026 15h12
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Protocole contre la vie chère en Martinique : les distributeurs tiennent leurs engagements - © Economie Matin
14%Selon l’Insee, la vie est en moyenne 14 % plus chère en Martinique que dans l’Hexagone

La promesse d'une baisse de 20 % sur les produits de première nécessité en Martinique est-elle en passe d'être tenue ? Publié fin juillet 2026 par la préfecture, le cinquième bilan du protocole contre la vie chère offre une réponse en demi-teinte. Établi par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) pour la période de janvier à avril 2026, le rapport confirme une baisse effective des prix en magasin. Mais le document met aussi en lumière les limites actuelles d'un dispositif qui peine à activer l'ensemble de ses leviers.

Signé le 16 octobre 2024 après plusieurs semaines de forte mobilisation sociale, ce protocole tripartite réunit l’État, la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) et les acteurs économiques locaux — distributeurs, grossistes-importateurs, transporteurs maritimes et le Grand Port maritime. Entré en vigueur en janvier 2025 pour une durée de 36 mois, il vise à résorber un écart de prix structurel. Selon l’Insee, la vie est en moyenne 14 % plus chère en Martinique que dans l’Hexagone, un surcoût qui grimpe à 40 % pour la seule alimentation, tiré par des « frais d'approche » élevés sur des marchandises importées à 80 %.

Une mécanique fiscale appliquée par la CTM et l'État

Pour agir sur 6 000 références réparties en 69 familles de produits (principalement de l'alimentaire et de l'hygiène), l'accord repose sur un partage des efforts fiscaux. La CTM a supprimé l’octroi de mer et l’octroi de mer régional sur 54 familles de produits dès le début de l'année 2025. Un effort assumé par la collectivité locale, malgré un manque à gagner évalué à près de 6 millions d’euros par an sur l'une de ses principales ressources fiscales.

L’État a lui honoré son engagement fiscal en appliquant un taux de TVA de 0 % à l'ensemble des 6 000 références à compter du 1er mars 2025. Cette articulation a scindé le panier en deux catégories : 54 familles dites « CTM-État » (cumulant l'exonération de TVA et d'octroi de mer) et 15 familles « État+ » (bénéficiant uniquement de la TVA à 0 %).

Des distributeurs sous contrôle et des marges tenues

Sur le terrain commercial, l'enjeu consistait à s'assurer que ces abandons de recettes fiscales ne soient pas confisqués par les intermédiaires. Les grossistes-importateurs et les quatre grands distributeurs de l'île (GBH, CréO, Parfait et SAFO), qui représentent près de 80 % du marché, s'étaient engagés à geler leurs taux de marge début 2025. Le groupe Bernard Hayot (GBH), l’un des principaux distributeurs de l’île, avait commencé à réduire ses prix dès le début de janvier 2025, sans attendre la pleine application des autres mesures.

Selon la DGCCRF, cet engagement privé est respecté. Les 71 contrôles menés en magasin en avril 2026 n'ont révélé aucune irrégularité. Le rapport indique que les marges sont restées stables ou ont diminué pour 75 % des références, confirmant que les exonérations ont été répercutées vers le consommateur.

En rayon, les baisses moyennes atteignent 11,3 % pour la catégorie « CTM-État » et 4,7 % pour la catégorie « État+ ». Au total, les prix ont diminué sur 89,2 % des produits de la première catégorie et sur 74,6 % de la seconde. Les données du bilan suggèrent par ailleurs que les distributeurs ont absorbé une partie de la hausse des coûts survenue en amont (production et transport) depuis le début de 2025.

L'inconnue des frais d'approche et des tarifs export

Si le dispositif produit des résultats tangibles, l'objectif d'une baisse moyenne de 20 % reste toutefois hors d'atteinte à ce stade. La cause ne réside pas dans l'application des volets fiscaux ou commerciaux locaux, mais dans la mise en œuvre retardée des autres engagements pris par l'État.

Le texte d'octobre 2024 prévoyait en effet la mise en place par l'État d'un mécanisme de compensation des frais d'approche pour l'ensemble des références, ainsi que la négociation de tarifs d'achat « export » réduits auprès des industriels agroalimentaires de l'Hexagone. Or, ces deux mesures ne sont toujours pas opérationnelles. En l'absence de calendrier annoncé par le gouvernement, le risque d'un abandon de ces volets suscite des inquiétudes sur la portée future du protocole.

À défaut d'avoir atteint les 20 % escomptés, le dispositif a joué un rôle mesurable de bouclier tarifaire. Fin avril 2026, l’écart entre l’évolution moyenne des prix des 6 000 références du protocole et celle des autres produits du marché atteignait 13,7 points. Un indicateur qui montre que la baisse de la fiscalité, correctement répercutée par les distributeurs, a eu un effet favorable sur les prix payés par les consommateurs.

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