L’Arabie saoudite accélère ses investissements dans les transports et la logistique. À l’occasion de la visite officielle en France du prince héritier Mohammed ben Salmane, plusieurs accords ont été annoncés avec Alstom et CMA CGM. Leur montant approche le milliard d’euros. Ils concernent à la fois le développement du métro de Riyad et l’augmentation des capacités du port de Djeddah. Deux projets qui illustrent les ambitions du royaume dans le cadre de sa stratégie Vision 2030.
Transports : l’Arabie saoudite signe près d’un milliard d’euros de contrats avec Alstom et CMA CGM

Djeddah, pièce maîtresse des ambitions logistiques de l’Arabie saoudite
Le premier projet concerne le transport maritime. CMA CGM doit participer au développement du Terminal 4 du port islamique de Djeddah aux côtés de l’opérateur saoudien Red Sea Gateway Terminal, ou RSGT. D’après les accords présentés lors de la visite officielle de Mohammed ben Salmane en France les 23 et 24 août 2026, l’investissement représente environ 434 millions d’euros. Le projet avait déjà franchi une première étape avec la signature d’un protocole d’accord entre CMA CGM et RSGT. Le groupe français évoquait alors un investissement de 1,7 milliard de riyals saoudiens, soit environ 450 millions de dollars. Le futur terminal doit disposer de postes à quai adaptés aux porte-conteneurs de très grande capacité et permettre de traiter 2,6 millions d’EVP supplémentaires par an. L’EVP, ou équivalent vingt pieds, est l’unité de référence utilisée dans le transport maritime pour mesurer la capacité des terminaux et des navires. Le Figaro, source à l’origine de ces informations, rapporte que l’accord conclu à Paris s’inscrit directement dans le développement du port de Djeddah. Les données communiquées par CMA CGM confirment l’ampleur de l’investissement et les capacités prévues.
L’enjeu dépasse cependant le seul agrandissement d’un port. L’Arabie saoudite veut devenir l’un des grands carrefours mondiaux du commerce et de la logistique. Djeddah occupe une position essentielle dans cette stratégie grâce à son implantation sur la mer Rouge, le long d’une des principales routes reliant l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Avec le Terminal 4, la capacité annuelle de RSGT pourrait atteindre 8,8 millions d’EVP. L’investissement doit également intégrer de nouveaux équipements de manutention, des technologies numériques et des dispositifs destinés à améliorer l’efficacité des opérations. Cette politique correspond aux objectifs de Vision 2030. Le programme officiel saoudien prévoit notamment de renforcer les liaisons maritimes, ferroviaires, routières et aériennes afin de réduire la dépendance de l’économie aux hydrocarbures. Le rapport annuel Vision 2030 pour 2025 indique que plus de 75 milliards de dollars de contrats d’investissement ont déjà été signés dans les différents modes de transport depuis le lancement de cette transformation. Le royaume développe également un réseau de dizaines de plateformes logistiques afin d’accroître les échanges et les activités de réexportation.
Alstom renforce sa présence dans le gigantesque réseau de métro de Riyad
Le deuxième grand accord annoncé concerne les transports urbains. Alstom doit obtenir un contrat de 500 millions d’euros auprès de la Royal Commission for Riyadh City. Il prévoit la livraison de rames supplémentaires destinées aux lignes 3 et 6 du métro de Riyad. Le groupe français ne découvre pas le marché saoudien. Il participe depuis plusieurs décennies au développement des infrastructures ferroviaires du pays et a notamment travaillé sur la ligne à grande vitesse Haramain reliant La Mecque et Médine. À Riyad, Alstom a déjà fourni du matériel et des systèmes pour plusieurs lignes du métro. Lors de la mise en service du réseau, le constructeur français indiquait notamment avoir fourni 47 rames Innovia pour la ligne orange ainsi que 69 rames Metropolis pour les lignes jaune, verte et violette. Le réseau de Riyad représente environ 176 kilomètres répartis sur six lignes, avec 85 stations selon les données publiées par Alstom.
L’accord conclu avec l’Arabie saoudite possède également une dimension industrielle. Alstom et la Royal Commission for Riyadh City ont signé un accord destiné à soutenir la création d’une usine d’assemblage de rames de métro dans le royaume. Cette implantation doit notamment répondre aux besoins de la future ligne 7. Ce projet est stratégique pour Riyad. Les premières études présentées par la direction générale du Trésor français évoquaient une ligne d’environ 65 kilomètres, destinée notamment à relier plusieurs grands projets urbains et l’aéroport international King Khaled. L’installation d’une capacité d’assemblage sur place montre que l’Arabie saoudite cherche désormais à associer ses commandes d’équipements à davantage de production locale, de formation et de transfert de compétences. Cette logique de localisation industrielle occupe une place centrale dans la diversification économique voulue par les autorités saoudiennes.
Au total, les deux opérations annoncées dans le secteur des transports représentent donc environ 934 millions d’euros, sans compter la valeur éventuelle des développements industriels liés à la future usine d’Alstom. Elles interviennent dans un contexte de renforcement plus large des relations économiques entre Paris et Riyad. La visite de Mohammed ben Salmane a notamment donné lieu à la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien. Pour les groupes français, les besoins considérables de l’Arabie saoudite ouvrent un marché majeur dans les infrastructures. Pour Riyad, l’enjeu consiste à attirer des industriels capables d’apporter capitaux, technologies et compétences. Le métro de la capitale et le port de Djeddah incarnent ainsi les deux faces d’une même stratégie : moderniser les déplacements à l’intérieur du pays tout en renforçant sa place dans les grands flux commerciaux internationaux.
