Parcs saoudiens, taxe Glucksmann : bienvenue en France !

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud Last modified on 26 août 2026 13h50
Parcs saoudiens, taxe Glucksmann : bienvenue en France !
Parcs saoudiens, taxe Glucksmann : bienvenue en France ! - © Economie Matin

Six milliards d'euros d'investissements saoudiens d'un côté, quinze milliards de nouvelles taxes promises par Raphaël Glucksmann de l'autre. En cette rentrée 2026, la France résume son paradoxe fondamental : elle attire des capitaux étrangers tout en produisant des candidats à la présidentielle déterminés à les faire fuir. Circulez, il n'y a rien à comprendre.

22 000

C'est le nombre d'emplois directs que créeraient les trois parcs d'attractions saoudiens prévus en Île-de-France — soit l'équivalent de plusieurs années de politique de l'emploi subventionnée.

L'argent du Golfe nous aime plus que nos propres élites

Reconnaissons-le sans fausse pudeur : quand l'Arabie saoudite annonce six milliards d'euros d'investissements privés en France pour créer trois parcs d'attractions, c'est un signal fort. Pas un signal politique — un signal économique pur. Des investisseurs étrangers, qui n'ont aucune obligation de choisir la France, la choisissent quand même. Ils voient un marché de consommateurs, un territoire, une infrastructure. Ils prennent un risque réel avec leur propre argent.

Voilà ce que j'appelle un investissement. Pas une subvention déguisée, pas un appel d'offres truqué, pas un fonds public recyclé en communication ministérielle. Du capital privé, engagé sur dix ou vingt ans, avec 22 000 emplois directs à la clé. Pour comparaison, France Travail dépense chaque année des milliards en formations, contrats aidés et dispositifs en tout genre pour des résultats infiniment plus modestes sur le marché de l'emploi réel.

Macron a raison de présenter ce projet comme « du jamais vu depuis Disneyland Paris ». Mais la vraie question que personne ne pose : pourquoi de tels projets sont-ils aussi rares sur notre sol ? Pourquoi faut-il attendre des fonds souverains du Golfe pour voir émerger des investissements de cette ampleur, quand l'Allemagne ou les Pays-Bas attirent régulièrement des capitaux privés de cette nature sans fanfare présidentielle ?

Glucksmann et la taxe qui fait fuir les investisseurs

Réponse partielle, hélas, dans l'actualité du même jour. Raphaël Glucksmann, candidat déclaré à la présidentielle, propose de lever quinze milliards d'euros supplémentaires par an en taxant davantage les « méga-héritages » et les grands groupes. Sortons des euphémismes : il s'agit d'une nouvelle couche fiscale sur le capital, au moment précis où nous cherchons à en attirer.

Force est de constater que cette séquence illustre parfaitement la schizophrénie française. Le matin, on déroule le tapis rouge pour des capitaux étrangers. Le soir, un candidat crédible aux sondages promet de rendre la France encore plus hostile aux détenteurs de patrimoine et aux entreprises. Qui voudra investir six milliards dans ce pays si la prochaine majorité décide de changer les règles du jeu fiscal en cours de partie ?

La Suisse ne se pose pas cette question. Les Pays-Bas non plus. Ces pays ont compris depuis longtemps que la stabilité fiscale et la modération de la pression sur le capital sont des arguments de compétitivité au moins aussi puissants que la qualité des infrastructures.

Le budget 2027, la vraie bombe à retardement

Pendant ce temps, le gouvernement Lecornu prépare dans l'ombre un budget 2027 que personne n'ose décrire clairement. La campagne présidentielle s'accélère, les promesses de dépenses pleuvent, et la dette publique, elle, continue son ascension tranquille. Annuler cette dette, comme le suggèrent certains économistes médiatiques ? Une illusion dangereuse qui ne réglerait rien aux causes structurelles du problème.

La vraie réforme, celle que chaque rentrée repousse à la suivante, reste la même : réduire un État obèse, simplifier un système fiscal incompréhensible, libérer des énergies entrepreneuriales que six milliards saoudiens ne peuvent pas remplacer à eux seuls. Les investisseurs du Golfe nous font confiance. Saurons-nous, nous, faire confiance à nos propres entrepreneurs ?

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

No comment on «Parcs saoudiens, taxe Glucksmann : bienvenue en France !»

Leave a comment

* Required fields