L’IGF et l’IGAS proposent un plan d’économies de 4,2 milliards sur la politique familiale pour 2027. Ces mesures frappent avant tout la classe moyenne, avec des suppressions de bonifications retraite, de réductions d’impôt et d’allocations familiales. L’auteur dénonce ces arbitrages qui menacent le soutien démographique du pays.
Les fausses bonnes idées des « experts » de l’Etat en matière de politique familiale

A l'heure où le gouvernement met la dernière main au prochain de budget pour 2027, les « experts » de l'Inspection générale des finances (IGF) et des affaires sociales (IGAS) ont proposé dans un rapport publié fin juillet une série de mesure pour économiser 4,2 milliards sur la politique familiale, dont 2,5 milliards à très court terme.
Semblant oublier que l'avenir de la protection sociale et des retraites repose en France sur le nombre d'actifs et donc sur le renouvellement des générations, ces hauts-fonctionnaires ont des idées fantastiques pour faire les poches des familles. Leurs propositions sont d'autant plus inquiétantes que la natalité continue à reculer en 2026 après avoir chuté de 24% depuis 2010.
Le rapport de l'IGF et de l'IGAS prétend s'attaquer prioritairement aux familles « aisées » mais l'analyse des mesures préconisées montre que la classe moyenne serait très largement mise à contribution.
Supprimer la majoration de retraite de 10% pour les familles de 3 enfants et plus
Pour réaliser une économie à terme de 1,1 milliard d'euros, les deux inspections recommandent de supprimer les 10% de bonification de retraite dont bénéficient les familles ayant élevées au moins 3 enfants. Cette bonification vient en partie compenser l'investissement que les familles nombreuses font dans l'entretien et l'éducation de leurs enfants au détriment de leur épargne ainsi que le temps qu'elles ont consacré à leurs enfants au détriment parfois de la carrière professionnelle, notamment pour les mères.
Un forfait de 125 euros remplacerait la majoration actuelle. Le rapport indique que 20% des familles les plus modestes seraient avantagées par le nouveau calcul. Ce qui laisserait 80% de familles perdantes ! Une véritable injustice pour toutes les classes moyennes directement pénalisées.
Supprimer la réduction d'impôt pour frais de scolarité
Les contribuables peuvent actuellement déduire de leurs impôts 61 euros par an pour un enfant collégien, 153 euros pour un lycéen et 183 euros pour un étudiant. Pour générer 450 millions d'euros de recettes fiscales supplémentaires, le rapport préconise de supprimer cette possibilité de déduction. Outre l'impact financier pour 2,4 millions de foyers concernés, la mesure est symboliquement délétère. Elle indique aux parents que les efforts qu'ils font pour permettre à leurs enfants de poursuivre leurs études n'ont aucun intérêt pour le pays.
Abaisser de 20% les plafonds de ressources pour les allocations familiales
Pour économiser 530 millions d'euros, l'IGF et l'IGAS proposent d'abaisser de 20% le seuil au-delà duquel les allocations familiales sont réduites de 25% et de 50%. Le rapport, cynique, dit qu'en moyenne les 591.000 familles concernées perdraient seulement 75 euros par mois. C'est en effet ce que pourraient perdre les familles ayant deux enfants. Mais pour toutes les familles de 3 enfants et plus l'impact financier serait nettement plus élevé, dès lors que leurs revenus dépasseraient d'un euro les nouveaux plafonds de ressources.
Le rapport propose aussi la suppression pure et simple des allocations familiales pour les familles les plus aisées, ce qui génèrerait 370 millions d'euros d'économies. Au risque de voir se multiplier les voix des contribuables qui ne veulent plus financer un modèle social dont ils ne bénéficient pas.
Baisser de 10% le plafond du quotient familial
Depuis 1981, la réduction fiscale liée à la présence d'enfants au foyer est plafonnée. Ce plafond n'a cessé d'être abaissé, notamment sous la présidence de François Hollande où il a été réduit à 1800 puis à 1500 euros.
Pour générer 580 millions de recettes fiscales supplémentaires, le rapport suggère de réduire à nouveau ce plafond de 10%. La mesure est d'autant plus injuste qu'elle impacte le plus fortement les familles qui ont le plus d'enfants.
Réduire l'allocation de garde d'enfant
L'IGF et l'Igas recommandent de faire 75 millions d'euros d'économie sur le CMG (Complément Mode de garde) versé aux familles qui font garder leur enfant de moins de 6 ans à domicile ou chez une assistante maternelle. La réforme du CMG de septembre 2025 avait déjà réduit cette aide pour 55% des familles qui en bénéficient.
Rappelons qu'à chaque fois qu'on augmente le coût des modes de garde, on pénalise l'insertion professionnelle des parents en général et des mères en particulier.
Limiter les réductions fiscales liées aux emplois à domicile
Enfin, dans une circulaire de préparation au budget 2027, Bercy préconise d'étudier les possibilités de réduire le coût pour les finances publiques des emplois à domicile. Les réductions fiscales pour emploi à domicile ont en effet doublé depuis 10 ans atteignant 6,8 Milliards l'an dernier.
L'essor des emplois à domicile est lié au vieillissement de la population : les seniors plus nombreux ont besoin de plus d'aide ponctuelle (ménage, petit jardinage, …). Les seniors dépendants qui souhaitent le plus souvent rester à domicile utilisent des auxiliaires de vie. La garde d'enfants à domicile est aussi la seule solution que trouvent un certain nombre de cadres dans les grandes villes quand ils n'ont ni place en crèche ni place chez une assistante maternelle.
Réduire les aides dont bénéficient ces séniors et ces jeunes familles serait particulièrement pénalisant pour elles mais plus encore pour les salariés qu'elles emploient. Ces derniers pourraient perdre leur travail ou se voir proposer du travail non déclaré, comme on a pu l'observer dans le passé à chaque fois que le soutien aux emplois à domicile a été réduit.
Budget 2027 : des arbitrages encore sur la table
Le Premier Ministre Sébastien Lecornu s'est récemment offusqué des premières réactions des associations face à ces propositions d'économies en disant que rien n'était arbitré pour le budget 2027. Espérons qu'à l'heure du retour de vacances des ministres les arbitrages seront pris en tenant compte du nécessaire soutien aux familles et à la démographie et pas dans une pure logique comptable court terme basée sur les fausses bonnes idées des services administratifs de l'Etat.
