Le Premier ministre Lecornu a juré ses grands dieux : pas de hausse d'impôts dans le budget 2027. Mais à y regarder de près, la réalité est bien différente. Pendant que Mélenchon agite la menace d'une censure, le gouvernement, lui, cherche discrètement comment vous soulager un peu plus de votre argent.
3 200 €
C'est le montant moyen d'impôts et de cotisations supplémentaires qu'un ménage français de classe moyenne paie chaque année comparé à son homologue allemand, à niveau de revenu équivalent.
"Pas de hausse d'impôts" : un engagement qui ne résiste pas à l'analyse
Il y a une tradition bien française que nos gouvernants successifs ont élevée au rang d'art : promettre solennellement de ne pas augmenter les impôts, puis le faire quand même, mais autrement. Michel Lecornu ne déroge pas à la règle. Son engagement solennel — "ni hausse, ni création d'impôts" — commence déjà à se fissurer avant même que l'encre du projet de loi de finances 2027 ne soit sèche.
Comment fait-on pour augmenter les impôts sans avoir l'air de les augmenter ? La boîte à outils est bien fournie. On joue sur le gel des barèmes, on supprime discrètement des niches fiscales, on rehausse des seuils de prélèvements obligatoires, on invente de nouvelles "contributions" rebaptisées pour ne pas froisser les sensibilités. Le résultat final est identique pour votre portefeuille, mais politiquement, le gouvernement peut jurer la main sur le cœur n'avoir créé aucun impôt nouveau.
Force est de constater que cette hypocrisie budgétaire n'est pas seulement indécente : elle est dangereuse. Elle sape la confiance des Français envers leurs institutions et, surtout, elle évite soigneusement de poser la vraie question : pourquoi l'État dépense-t-il autant qu'il faut en arriver là ?
La vraie question que personne ne veut poser
Pendant que le gouvernement cherche comment gratter quelques milliards supplémentaires dans les poches des contribuables, personne — ou presque — ne parle de l'autre côté de l'équation : la dépense publique. La France consacre aujourd'hui 57 % de son PIB à la dépense publique. L'Allemagne, 49 %. Les Pays-Bas, 44 %. La Suisse, 35 %. Ces écarts vertigineux ne sont pas le fruit du hasard : ils traduisent des choix politiques assumés, et des États qui ont su, à un moment ou un autre, dire non à la facilité.
À Paris, la facilité, c'est toujours de taxer davantage plutôt que de réformer. C'est de promettre la rigueur et de la repousser à demain. C'est d'écouter Gabriel Zucman et ses recettes idéologiques — toujours plus de fiscalité sur les "riches", qui finissent invariablement par désigner les classes moyennes et les entrepreneurs — plutôt que de regarder ce qui fonctionne ailleurs.
Je pense sincèrement qu'un gouvernement courageux aurait annoncé une revue complète des dépenses publiques, programme par programme, avec des objectifs chiffrés et un calendrier contraignant. Ce gouvernement ne le fait pas. Alors il cherche des recettes cachées.
Les entrepreneurs, toujours les grands perdants
Dans ce contexte, qui trinque en premier ? Les entrepreneurs, comme d'habitude. Alors que la ministre de la Formation professionnelle lance un "appel aux patrons" pour qu'ils embauchent des apprentis — louable initiative —, le même État qui les sollicite leur prépare dans l'autre main une nouvelle ponction fiscale.
On ne peut pas simultanément demander aux chefs d'entreprise d'être les moteurs de l'emploi, de la formation et de la compétitivité française, et continuer à les traiter comme une vache à lait fiscale. C'est pourtant exactement ce que fait la France depuis des décennies, budget après budget.
La vraie rupture ne viendra pas d'un manifeste présidentiel ni d'une censure parlementaire. Elle viendra du jour où un gouvernement aura le courage de réduire la voilure de l'État avant de tendre la main dans votre poche. Ce jour-là, je serai le premier à le saluer. Mais je ne retiens pas mon souffle.

