Nucléaire : pourquoi l’armée américaine mise 2,2 milliards sur les microréacteurs

L’armée américaine investit 2,2 milliards de dollars dans le programme Janus pour installer des microréacteurs nucléaires sur cinq bases militaires d’ici 2031. Au-delà de l’autonomie énergétique recherchée, ce plan vise à créer une filière commerciale viable de réacteurs modulaires, avec des retombées attendues sur le marché civil, notamment les centres de données.

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By La rédaction Published on 28 août 2026 6h35
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30%30% de l'énergie nucléaire mondiale est produite aux USA

L'armée des États-Unis a débloqué un budget de 2,2 milliards de dollars pour dynamiser le marché de l'énergie nucléaire. Cette somme, annoncée le 26 août 2026, finance le programme Janus, qui vise à installer des microréacteurs nucléaires sur cinq bases militaires. L'objectif est non seulement d'assurer l'autonomie énergétique, mais aussi de créer une filière commerciale concurrentielle de réacteurs modulaires face aux grands acteurs du secteur.

Vers une transformation du secteur nucléaire avec 2,2 milliards de dollars

Le programme Janus reconfigure le paysage nucléaire américain. Le Pentagone a attribué 2,2 milliards de dollars à cinq entreprises pour construire et gérer plus de vingt microréacteurs d'ici 2031. Selon PowerMag, le premier réacteur devrait être opérationnel dès septembre 2028, conformément aux directives présidentielles signées en mai 2025 par Donald Trump.

Les entreprises retenues et leurs projets

Radiant Industries a décroché le plus important contrat, soit 750 millions de dollars pour déployer quinze microréacteurs Kaleidos de 1 MWe à Fort Benning, en Géorgie. BWXT Advanced Technologies installera le réacteur BANR à Fort Campbell, dans le Kentucky. Westinghouse Government Services prévoit d'implanter son modèle eVinci à Fort Drum, New York. General Atomics Electromagnetic Systems interviendra à Fort Hood au Texas, tandis qu'Antares Nuclear se chargera de Fort Bragg, en Caroline du Nord. Ces sites accueilleront des réacteurs capables de délivrer jusqu'à 20 mégawatts de puissance.

Du prototype au produit commercial : le pari du programme Janus

Le financement repose sur un modèle innovant où les entreprises reçoivent les fonds après avoir franchi des étapes techniques définies. « Nous cherchons à passer des expérimentations à des produits commerciaux réels », explique le Dr Jeff Waksman, principal secrétaire adjoint de l'armée pour les installations, l'énergie et l'environnement. Cette méthode réduit les risques budgétaires pour l'État tout en garantissant des résultats concrets. L'armée attend aussi plusieurs milliards d'investissements privés pour compléter le financement.

Un moteur pour une nouvelle industrie nucléaire

Le secteur nucléaire américain est en stagnation depuis des décennies. Les 94 réacteurs en service génèrent 19 % de l'électricité nationale, derrière les combustibles fossiles (60 %) et à peine devant les énergies renouvelables (21 %). Seuls deux réacteurs de grande taille ont été construits ces cinquante dernières années, souvent avec des retards et des dépassements de budget. Les microréacteurs offrent une alternative prometteuse.

Les microréacteurs : une option face aux centrales traditionnelles

Compacts, modulaires et facilement transportables, ces réacteurs se distinguent des centrales traditionnelles. Leur puissance limitée (1 à 20 mégawatts) s'adapte aux besoins locaux. Radiant Industries a signé le 20 août 2026 un accord avec Standard Nuclear pour la fabrication de combustible TRISO, valable jusqu'en 2031, garantissant ainsi sa chaîne d'approvisionnement. Fox Business rapporte que l'armée vise à réduire sa dépendance aux réseaux électriques civils, jugés vulnérables.

Effet de levier : des investissements privés attendus

Les entreprises sélectionnées voient au-delà des applications militaires. Radiant Industries envisage de fournir des centres de données dès 2030, un marché en forte croissance. En tant que client d'amorçage, le Pentagone garantit des commandes importantes, permettant aux fabricants de valider leurs technologies et d'amortir leurs coûts de développement. L'armée prévoit que les investissements privés viendront renforcer les 2,2 milliards publics, consolidant ainsi la nouvelle filière.

Débats sur la viabilité économique et les subventions implicites

Certains observateurs critiquent l'approche du Pentagone, percevant un soutien déguisé à une industrie en quête de clients privés. Alan J. Kuperman, professeur associé à l'Université du Texas à Austin, affirme que « le programme de l'armée offre une subvention cachée aux entreprises nucléaires, incapables de trouver des clients privés pour leurs réacteurs hypothétiques et non économiques ».

Le coût réel des microréacteurs en question

Les sceptiques soulignent le manque de preuves de rentabilité. Si les microréacteurs étaient vraiment révolutionnaires, pourquoi les entreprises privées n'investissent-elles pas sans garanties gouvernementales ? DW souligne que la gestion des déchets radioactifs pose problème : l'armée prévoit un partenariat avec le ministère de l'Énergie, mais aucune solution de stockage à long terme n'existe sur les bases militaires. Les coûts cachés pourraient s'envoler.

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