Médicaments : 517 millions d’euros gaspillés chaque année en France

L’Assurance maladie dépense chaque année 517 millions d’euros pour des médicaments jetés avant consommation. L’ANSM lance un plan sur cinq ans pour prolonger la durée de conservation de 73 traitements courants, dont le Dafalgan et l’Efferalgan. Une initiative qui vise à réduire le gaspillage et les pénuries tout en allégeant les dépenses de santé des Français.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 28 août 2026 6h16
Médicaments : comment la France gaspille chaque année des centaines de millions d'euros
Médicaments : 517 millions d’euros gaspillés chaque année en France - © Economie Matin
40%Les médicaments génériques affichent un coût inférieur de 40% en moyenne

Chaque année, l'Assurance maladie débourse 517 millions d'euros pour rembourser des médicaments qui finissent à la poubelle sans être consommés. Ce gaspillage résulte de dates de péremption trop courtes, généralement fixées entre deux et trois ans, conduisant à la destruction de milliers de boîtes encore efficaces. Pour répondre à ce problème financier et sanitaire, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a lancé l'initiative « Longue vie aux médicaments » afin de prolonger la durée de conservation de 73 traitements courants, ce qui pourrait transformer votre armoire à pharmacie.

517 millions d'euros : le coût caché du gaspillage de médicaments

En 2025, Cyclamed a récupéré 8 200 tonnes de médicaments non consommés, destinés à l'incinération. Derrière ces chiffres se cache une dure réalité économique : l'Assurance maladie supporte un coût annuel de 517 millions d'euros à cause des médicaments non utilisés. Ce montant pèse directement sur les comptes de la Sécurité sociale et, par ricochet, sur les cotisations des Français.

Comment la durée de conservation affecte votre Assurance maladie

La plupart des médicaments autorisés en France ont une durée de conservation de deux à trois ans, moins de 10 % atteignant cinq ans. Conséquence : les stocks périmés s'accumulent dans les pharmacies et les foyers. « Ces durées relativement courtes entraînent la destruction inutile de milliers de boîtes », souligne l'ANSM. Cette destruction représente un double coût : celui du remboursement initial et celui du traitement des déchets pharmaceutiques. Les économies potentielles, se chiffrant en centaines de millions d'euros, pourraient être réinvesties dans le système de santé ou contribuer à limiter les baisses de remboursement envisagées.

Les 73 médicaments concernés : du Dafalgan à l'amoxicilline

L'ANSM a identifié 73 médicaments, dont des incontournables comme le Dafalgan et l'Efferalgan du laboratoire UPSA, dont la durée de conservation passera de 36 à 60 mois. Les traitements à base de paracétamol, d'amoxicilline, de lévothyroxine, de mélatonine et de lithium figurent aussi sur la liste. Au total, 47 médicaments devraient voir leur durée de conservation prolongée à quatre ans ou plus, multipliant ainsi l'impact économique de cette mesure.

Un plan sur 5 ans pour réduire les dépenses de santé

Lancée en novembre 2025 lors de la COP30, l'initiative « Longue vie aux médicaments » s'étend sur cinq ans. Quatorze laboratoires pharmaceutiques ont répondu à l'appel de l'ANSM, s'engageant à mener des études de stabilité rigoureuses. Valérie Salomon, directrice des métiers scientifiques de l'ANSM, explique : « Les laboratoires vont placer leurs médicaments dans des environnements contrôlés pour vérifier la constance du principe actif et l'absence de produits de dégradation. »

Calendrier : clôture des candidatures en avril 2027

L'appel à candidatures est ouvert jusqu'au 30 avril 2027. L'ANSM fera un bilan annuel pour accorder progressivement les nouvelles autorisations. Aucune modification de composition ou de conditionnement n'est prévue : seule la durée de conservation figurant sur les boîtes sera étendue, après validation scientifique. Les premiers changements pourraient apparaître en pharmacie dès fin 2026 pour les dossiers les plus avancés, avec une montée en puissance jusqu'en 2031.

Quels bénéfices pour les consommateurs ?

La prolongation de la durée de conservation des médicaments profite directement aux patients, en plus de générer des économies pour l'Assurance maladie. Moins de gaspillage signifie des stocks mieux administrés en pharmacie et moins de ruptures. Les pénuries de médicaments, fréquentes ces dernières années, pourraient diminuer grâce à des réserves plus durables. Pour les ménages, c'est aussi l'opportunité de conserver plus longtemps leurs traitements chroniques sans crainte de péremption, un atout en période de franchises médicales croissantes.

Les laboratoires face au défi : études de stabilité obligatoires

Pour obtenir l'autorisation de prolonger la durée de conservation, les industriels doivent prouver que leurs médicaments restent sûrs et efficaces au-delà de la date actuelle. Les tests portent sur le principe actif, l'absence de produits de dégradation et la stabilité physico-chimique. Bien que coûteux, ce processus est rentable : prolonger la durée de vie d'un médicament comme le paracétamol réduit les coûts de production et de logistique. L'ANSM insiste sur la rigueur scientifique : « Réévaluer ces durées de conservation permettrait souvent de les augmenter, tout en garantissant l'efficacité et la sécurité des médicaments pour les patients. »

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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