L’industrie textile européenne réclame des frais de traitement de 10 euros par colis asiatique. Ajoutés aux 3 euros prélevés depuis juillet et aux 2 euros prévus en novembre, l’e-commerce de fast fashion pourrait subir un surcoût cumulé de 15 euros par envoi d’ici fin 2026, remettant en cause la viabilité du modèle ultra-bas coût de Shein, Temu et AliExpress.
E-commerce : l’industrie textile demande 10 euros par colis asiatique

L'industrie textile européenne se mobilise. Lors du salon Première Vision à Paris le lundi 1er septembre 2026, Euratex, la fédération représentant 30 organisations nationales et 1,3 million d'emplois, a demandé des frais de traitement de 10 euros par colis venant d'Asie. Ces frais s'ajouteraient aux 3 euros déjà en vigueur depuis juillet et aux 2 euros supplémentaires prévus en novembre, portant le total à 15 euros par envoi d'ici la fin de l'année, affectant potentiellement l'e-commerce à bas coût.
Une augmentation progressive des frais
Effets de la taxe de 3 euros appliquée depuis juillet
Depuis le 1er juillet 2026, chaque colis de moins de 150 euros entrant dans l'Union européenne est soumis à une taxe de 3 euros. Cette mesure, initiée par la Commission européenne, visait à supprimer l'exemption de droits de douane pour des plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress. Selon Bercy, cela a déjà entraîné une baisse des importations de 30 à 40% en deux mois. En 2025, 180 colis par seconde transitaient en Europe, totalisant 5,9 milliards d'unités, soit quatre fois plus qu'en 2022.
Arguments économiques pour les 10 euros d'Euratex
Selon Mario Jorge Machado, président d'Euratex, « on ne peut pas s'arrêter là ». La fédération demande désormais des frais de traitement de 10 euros, justifiés par le coût réel du modèle économique des plateformes, comme l'explique Pierre-François Le Louët de l'UFIMH : « ces 10 euros n'étaient pas punitifs mais représentaient le vrai coût du business model ». Chaque colis nécessite des contrôles sanitaires, de sécurité et de conformité, actuellement financés par les États membres. Les 10 euros visent à couvrir ces frais réels.
L'Union européenne prévoit d'ajouter 2 euros de frais supplémentaires par colis en novembre 2026. Ces frais s'ajouteraient aux 10 euros demandés par Euratex, si la Commission européenne accepte, portant le total à 15 euros par colis. Pour un t-shirt à 4 euros, ces frais entraîneraient un ratio frais/prix de 375%. Cette nouvelle donne pourrait remettre en cause le modèle économique de la fast fashion.
Conséquences sur les prix pour le consommateur et viabilité du modèle
Dans le secteur de la fast fashion, les commandes contiennent généralement entre 3 et 5 articles. Avec 15 euros de frais fixes par colis, le surcoût par vêtement varie entre 3 et 5 euros. Pour des articles vendus entre 4 et 12 euros, cela représente une augmentation significative. Un jean à 10 euros coûterait entre 13 et 15 euros, soit une hausse de 30 à 50%. Les plateformes asiatiques pourraient favoriser les commandes groupées, modifiant ainsi les habitudes d'achat impulsif.
Dirk Vantyghem, directeur général d'Euratex, souligne que l'objectif n'est pas d'interdire les importations, mais de rééquilibrer le marché. Les plateformes pourraient contourner ces frais en créant des entrepôts européens ou en utilisant des containers, mais cela augmenterait leurs coûts logistiques, rendant le modèle du colis individuel expédié de Chine économiquement insoutenable.
France : malus de 19,50 euros par vêtement
En parallèle, la France a instauré le 1er septembre 2026 un malus sur la mode ultra-éphémère atteignant 19,50 euros par vêtement. Contrairement aux frais de traitement par colis, ce malus s'applique à chaque pièce importée correspondant aux critères de fast fashion. Ce dispositif, prévu pour s'intensifier jusqu'en 2030, cible spécifiquement les plateformes asiatiques. L'UFIMH considère cette approche combinée (européenne et nationale) comme une réponse cohérente contre la concurrence déloyale et la pollution massive.
Allocation des revenus des frais de traitement
Euratex exige que les revenus des frais de 10 euros soient affectés au renforcement des contrôles douaniers, plutôt que d'être absorbés par le budget général de la Commission européenne. Avec 5,9 milliards de colis en 2025, même une fraction de ce volume pourrait générer des centaines de millions d'euros pour embaucher des douaniers et améliorer les contrôles. La fédération met en garde contre les stratégies de contournement : importations massives, entrepôts européens, ou fractionnement des envois. Sans moyens douaniers renforcés, ces frais pourraient rester inefficaces.
