Le fonds Educapital publie une étude affirmant que 38 millions d’euros investis dans onze entreprises de formation ont généré 235 millions d’euros de valeur sociale. Le calcul repose sur les dépenses publiques évitées et les revenus supplémentaires des bénéficiaires.
Formation : un euro investi en rapporterait six à la société

Un euro investi dans la formation en rapporterait six à la société. Voilà le résultat que met en avant Educapital, fonds d'investissement européen spécialisé dans l'éducation et la formation, à travers une étude menée avec le cabinet Citizing.
Un calcul qui repose sur deux piliers principaux
L'étude porte sur onze sociétés du portefeuille d'Educapital, actives dans l'orientation, la formation, la reconversion ou l'accès à l'emploi. Parmi elles figurent LiveMentor, Hupso, 360Learning, Edflex ou encore Chance. Le fonds indique avoir investi 38 millions d'euros dans ces entreprises, qui ont touché au total 6 millions de bénéficiaires. La valeur sociale générée est estimée à 235 millions d'euros.
Deux postes concentrent l'essentiel de ce montant. Le premier, c'est le retour à l'emploi, évalué à 56 millions d'euros par an. Ce chiffre correspond aux dépenses publiques évitées, notamment les allocations chômage, et aux recettes supplémentaires pour la collectivité lorsque les bénéficiaires retrouvent une activité. LiveMentor, qui forme à l'entrepreneuriat, représente à lui seul 43 millions d'euros de cette valeur. Hupso, centré sur les métiers en tension, pèse 13 millions d'euros.
Le second poste, beaucoup plus lourd, atteint 179 millions d'euros. Il s'agit de la valeur attribuée à l'obtention de diplômes et de certifications. Ici, le calcul projette les revenus additionnels que les bénéficiaires peuvent espérer percevoir grâce à leur qualification, ainsi que les recettes fiscales et sociales supplémentaires pour l'État sur l'ensemble de leur carrière. Autrement dit, on agrège des flux futurs, hypothétiques, sur plusieurs décennies.
Une estimation basse, mais volontairement incomplète
Le communiqué précise que le total de 235 millions d'euros constitue une estimation basse. Plusieurs impacts ont été identifiés mais exclus du calcul final, faute de données suffisantes pour une mesure précise. Parmi eux, l'amélioration de la performance et du bien-être au travail, les gains de productivité, le temps économisé dans la formation en entreprise, les revenus distribués aux étudiants ou encore la progression des revenus de certains bénéficiaires vulnérables.
Cette prudence méthodologique est louable. Elle révèle aussi une difficulté centrale : mesurer l'impact d'une formation suppose de construire un contrefactuel, c'est-à-dire d'estimer ce qui se serait passé sans elle. Citizing, le cabinet qui a conduit l'étude, indique avoir procédé en trois étapes. D'abord, établir ce scénario contrefactuel. Ensuite, attribuer une part du changement observé à l'intervention des sociétés du portefeuille. Enfin, convertir ces effets en euros. Le ratio de 6 pour 1 rapporte la valeur sociale au montant investi par Educapital, et non aux revenus ou aux coûts réels des entreprises financées.
Quelle place pour la formation dans les budgets publics ?
L'étude pose une question de fond. La formation professionnelle est un secteur où les dépenses publiques sont massives, mais où les résultats sont souvent difficiles à évaluer. En France, plus de 30 milliards d'euros sont consacrés chaque année à la formation, entre contributions des entreprises, financements publics et dispositifs individuels. Pourtant, les taux de retour à l'emploi varient considérablement selon les dispositifs, les publics et les territoires.
Les acteurs privés, notamment les entreprises de l'EdTech, promettent une formation plus accessible, plus efficace et mieux connectée aux besoins du marché. Mais ils ne remplacent pas les organismes publics ou parapublics, qui prennent en charge les publics les plus éloignés de l'emploi. L'étude d'Educapital porte sur des entreprises qui ont déjà trouvé leur modèle économique et attiré des investisseurs. Elles ne couvrent qu'une partie du spectre de la formation, celle qui se prête le mieux à une logique de marché.