Science sans frontières: l’héritage durable de Marie Skłodowska-Curie

Il y a plus de 30 ans, l’Europe a pris une décision: soutenir les chercheurs, faire confiance à leur curiosité et voir où cela mènerait. Les résultats ont été remarquables.

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By Horizon Published on 10 août 2026 6h30
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Science sans frontières: l’héritage durable de Marie Skłodowska-Curie - © Economie Matin

Près d’un siècle après sa mort, Marie Skłodowska-Curie reste l’un des symboles les plus durables de la curiosité et de la découverte dans le domaine scientifique. Ses avancées dans le domaine de la radioactivité ont révolutionné la médecine et la physique, et son héritage dépasse largement le cadre du laboratoire.

«Je fais partie de ceux qui pensent que la science recèle une grande beauté», a-t-elle déclaré un jour. Née à Varsovie à une époque où les femmes n’avaient pas accès à l’enseignement supérieur, elle s’est installée à Paris pour poursuivre ses études et, en 1903, elle est devenue la première femme à remporter un prix Nobel, la seule femme à l’avoir remporté à deux reprises et la seule personne à l’avoir obtenu dans deux domaines scientifiques différents.

Pour des générations de scientifiques, elle incarne l’idée que la science peut transcender les frontières, remettre en question les conventions et améliorer la vie des gens.

Cet état esprit est au cœur des actions Marie Skłodowska-Curie (AMSC), le programme phare de l’Union européenne pour la formation, le développement de la carrière et la mobilité des chercheurs au-delà des frontières, des disciplines et des secteurs, qui soutient à la fois les chercheurs individuels et les grands réseaux doctoraux internationaux.

Traverser les frontières au nom de la science

Plus d’un siècle plus tard, des milliers de scientifiques soutenus par le programme AMSC empruntent une voie similaire: ils franchissent les frontières, établissent des liens entre les disciplines et relèvent certains des défis les plus urgents de notre époque.

Dans une interview donnée à l’occasion du 30e anniversaire du programme en 2026, la professeure Hélène Langevin-Joliot, petite-fille de Marie Skłodowska-Curie, a souligné à quel point ce programme faisait écho aux idéaux de sa grand-mère.

«Lorsque j’ai entendu parler de ce programme pour la première fois, cela m’a rappelé que Marie encourageait la mobilité et le fait de financer les déplacements de jeunes chercheurs à travers l’Europe.»

«Lors du lancement du programme AMSC, je n’aurais jamais pu imaginer l’ampleur qu’il allait prendre. Il repose en tout cas sur une idée qu’elle aurait adorée.»

Depuis 1996, le programme AMSC a soutenu plus de 150 000 chercheurs originaires d’Europe et d’ailleurs. Environ 40 % de ces chercheurs proviennent de pays tiers. Pour nombre d’entre eux, le programme est un signe concret de la volonté de l’Europe d’investir dans le capital humain.

Ce programme a également aidé les universités, les instituts de recherche et les entreprises à mettre en place des partenariats internationaux à long terme et des réseaux de formation qui perdurent au-delà des projets individuels.

Parmi les chercheurs qui ont participé au programme, en tant que boursiers, directeurs de thèse ou coordinateurs de projet, on compte 23 lauréats du prix Nobel, ce qui témoigne de la manière dont il contribue à rassembler les talents et à favoriser l’excellence en matière de recherche d’une génération à l’autre.

Une curiosité sans limites

Qu’il s’agisse de chercheurs en cancérologie développant de nouveaux traitements, de climatologues étudiant les changements environnementaux ou de spécialistes de l’intelligence artificielle mettant au point des technologies fiables, environ 8 000 chercheurs bénéficient chaque année d’un soutien au titre des AMSC dans le cadre de programmes de doctorat, de bourses postdoctorales et d’échanges de personnel.

Nombre d’entre eux travaillent au sein de réseaux internationaux de formation doctorale et de recherche qui mettent en relation des universités, des entreprises et des institutions publiques dans toute l’Europe et au-delà.

Ce qui distingue ce programme, ce n’est pas seulement son ampleur, mais aussi son engagement en faveur de la curiosité scientifique dans tous les domaines et tous les secteurs. Il offre aux chercheurs la liberté d’explorer leurs propres idées, aussi pointues soient-elles, souvent bien avant qu’elles ne figurent dans un programme d’action.

Le Dr Yara Bernaldo de Quirós, biologiste espagnole à l’université de Las Palmas de Gran Canaria, a mis à profit sa bourse AMSC pour mener des recherches sur les raisons pour lesquelles les dauphins et les baleines semblent échapper au vieillissement artériel qui touche les humains et contribue aux maladies cardiovasculaires, dans le but ultime d’améliorer la santé humaine.

Ses recherches s’inscrivent dans le prolongement de travaux antérieurs sur le mal de décompression chez les mammifères marins. Chez l’être humain, le vieillissement naturel provoque un raidissement des artères et une diminution de l’efficacité des vaisseaux sanguins. La plongée peut également provoquer des changements vasculaires à court terme. Les grands dauphins, en revanche, semblent largement épargnés par ce phénomène, malgré leur longévité exceptionnelle et leurs plongées profondes tout au long de leur vie.

«Pour moi, la bourse AMSC a vraiment été déterminante», explique-t-elle. «Ma thèse de doctorat portait sur un sujet très pointu; très peu de personnes travaillent dans ce domaine, j’ai donc eu du mal à trouver des opportunités professionnelles me permettant de diversifier mes recherches.»

Ce financement lui a permis de suivre une formation en recherche cardiovasculaire à l’université du Colorado, aux États-Unis.

«Je suis étudiante en médecine vétérinaire, alors pouvoir me rendre dans un laboratoire de recherche en médecine humaine pour apprendre à leurs côtés, me former, puis revenir à Grande Canarie pour mettre ces connaissances au service des mammifères marins, c’est vraiment exceptionnel.»

Les bourses AMSC sont prestigieuses et très convoitées, car elles ont la réputation de changer le cours des carrières. L’investissement dans le développement personnel aide les chercheurs à se démarquer lorsqu’ils postulent à de futures subventions ou à des postes. Le Dr Bernaldo de Quirós estime que cela l’a aidée à obtenir un poste universitaire permanent.

Du laboratoire à la start-up

En encourageant les chercheurs à poser des questions audacieuses et à explorer des idées non conventionnelles, ce programme favorise également l’esprit d’entreprise; il a ainsi permis de développer les talents et les technologies à l’origine de nombreuses start-ups européennes.

Le Dr Michela Puddu, ancienne chercheuse AMSC, a cofondé Haelixa, une entreprise technologique suisse qui utilise des marqueurs d’ADN pour tracer les produits et les matières premières tout au long des chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui améliore la transparence et réduit la fraude.

La technologie de cette entreprise consiste à apposer des «empreintes» ADN microscopiques sur des produits tels que le coton, les textiles, les pierres précieuses et les métaux précieux, ce qui permet aux entreprises de vérifier l’authenticité des déclarations d’origine.

«Mon doctorat a été financé grâce à la bourse AMSC, qui a joué un rôle déterminant dans l’orientation de ma carrière», estime Michela Puddu. «Cela m’a donné l’occasion de rejoindre un groupe de recherche hautement innovant, au sein duquel j’ai développé la technologie de base que j’ai ensuite commercialisée.»

Tout aussi important: c’est au cours de son doctorat qu’elle a rencontré le cofondateur de son entreprise, Gediminas Mikutis.

Pour Michela Puddu, investir dès le début dans les chercheurs, c’est aussi investir dans la compétitivité future de l’Europe.

«Il est essentiel de soutenir les chercheurs dès leurs débuts pour assurer la compétitivité de l’Europe», déclare-t-elle. «Un soutien précoce permet aux chercheurs d’explorer des idées audacieuses, de développer leur expertise et de faire progresser les technologies en vue de futures applications concrètes.»

En ce sens, le programme AMSC fait office de moteur discret des talents en Europe, en donnant aux jeunes chercheurs l’assurance que le système les soutiendra même lorsque leurs idées n’ont pas encore fait leurs preuves.

«Il garantit également que des technologies prometteuses soient développées et conservées dans la région. Dans un contexte où les cycles d’innovation s’accélèrent, ce soutien précoce peut faire la différence entre être à la pointe et être à la traîne», précise Michaela Puddu.

Ce programme renforce de plus en plus les liens entre le monde universitaire et un large éventail d’organisations non universitaires, allant de l’industrie et des administrations publiques aux hôpitaux, musées et autres acteurs du milieu de la recherche. Les entreprises, y compris les PME, représentent désormais la moitié des organisations participantes, ce qui donne aux petites entreprises la possibilité de faire appel à des talents internationaux hautement qualifiés dans le domaine de la recherche.

Ces réseaux perdurent souvent bien après que les subventions individuelles ont pris fin, ce qui permet de créer des collaborations durables et de partager l’expertise entre les secteurs et les pays.

La science au service de la société

L’incidence du programme AMSC s’étend bien au-delà des laboratoires et des start-ups. La participation du public occupe une place de plus en plus importante dans la mission du programme, notamment grâce à la Nuit européenne des chercheurs, un événement annuel qui permet de faire découvrir la science directement au grand public dans toute l’Europe.

Le 25 septembre prochain, des manifestations organisées dans une quarantaine de pays devraient attirer plus d’un million de visiteurs dans les musées, les universités et les instituts de recherche, où ils pourront rencontrer des scientifiques et découvrir la recherche de près.

Nommé en l’honneur de l’une des femmes scientifiques les plus célèbres de l’histoire, le programme n’a cessé de promouvoir l’égalité des sexes dans le domaine de la recherche. Les femmes représentent 45 % des chercheurs bénéficiant d’un soutien, ce qui fait du programme AMSC l’un des volets les plus équilibrés sur le plan de la parité hommes-femmes du programme-cadre de l’Union.

La professeure Anne L’Huillier, lauréate du prix Nobel de physique 2023 et ancienne bénéficiaire du programme AMSC, estime que la diversité encouragée par le programme est essentielle à la créativité scientifique.

«La recherche est le fruit d’un travail collectif, jamais le fait d’une seule personne», explique-t-elle. «Et quand les groupes de recherche sont diversifiés, on obtient des idées et des façons de voir les choses différentes. C’est là que l’on trouve un environnement véritablement créatif.»

Un principe qui a caractérisé le programme dès le début, et qui semble appelé à façonner le prochain chapitre.

Soutenir la prochaine génération

Trente ans après sa création, le programme AMSC continue de prouver que l’investissement dans les personnes et la curiosité peut avoir un impact bien au-delà du monde universitaire. En partant des questions posées par les chercheurs et en leur faisant confiance pour tracer la voie à suivre, cette approche offre une liberté que de nombreux scientifiques considèrent comme de plus en plus rare.

Des avancées en matière de santé et de développement durable aux technologies de pointe en passant par la coopération internationale, le programme a contribué à former une génération de chercheurs capables de relever des défis mondiaux complexes, tout en renforçant les réseaux de recherche et d’innovation, les institutions et les partenariats internationaux de l’Europe dans son ensemble.

Il a montré concrètement ce que le choix de l’Europe d’investir dans les personnes peut apporter.

Cet article a été initialement publié dans Horizon, le magazine européen de la recherche et de l’innovation.

Pour en savoir plus:

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Horizon, le magazine de l’UE dédié à la recherche et à l’innovation.

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