Malgré un taux de postes pourvus officiellement en hausse à 96,1%, l’enquête du Snes-FSU révèle que 53% des collèges et lycées français manquent d’au moins un professeur à la rentrée 2026. Cette contradiction expose l’inefficacité des mesures gouvernementales et quantifie le coût caché d’un sous-investissement structurel dans l’éducation nationale.
Rentrée 2026 : les syndicats alertent sur le manque de personnels

Le taux de postes pourvus dans le secondaire atteint 96,1%, une amélioration par rapport aux 90,6% de l'année précédente. Cependant, l'étude du Snes-FSU révèle que 53% des collèges et lycées français se retrouvent sans au moins un professeur à la rentrée 2026. Réalisée entre le 31 août et le 4 septembre auprès de 1.033 établissements, cette enquête met en lumière l'inefficacité des politiques publiques et le coût caché d'un déficit structurel d'investissement dans l'éducation nationale.
Chiffres de la crise : un marché du travail public en déséquilibre
Les statistiques du ministère de l'Éducation nationale cachent une pénurie importante. Bien que 96,1% des postes soient officiellement occupés, cela ne prend pas en compte les besoins en remplacements pour congés divers, ni la réalité des équipes pédagogiques complètes. Selon le Snes-FSU, 69% des établissements du secondaire n'ont pas une équipe pédagogique et éducative complète, incluant psychologues, CPE, AESH et assistants d'éducation. Les disciplines clés comme les mathématiques, le français, la physique-chimie et l'anglais sont particulièrement touchées par les postes vacants.
Le 31 août, le ministre Édouard Geffray a déclaré sur France Inter que les absences seraient marginales, tout en admettant qu'il serait mensonger d'assurer qu'un professeur absent pour maladie serait systématiquement remplacé. Cette déclaration tranche avec la promesse d'un professeur devant chaque classe. De plus, les postes pourvus ne sont pas toujours des temps pleins, et la précarité des CDD non renouvelés par les rectorats exacerbe le déséquilibre entre offre et demande dans l'enseignement.
Les coûts invisibles de la pénurie
L'absence d'enseignants dans les matières essentielles représente un coût d'opportunité important pour l'économie française. Les résultats aux évaluations internationales PISA stagnent ou régressent. Sans ressources humaines suffisantes, la tendance ne peut être inversée. La situation actuelle compromet la formation du capital humain : les élèves de 2026 seront la main-d'œuvre de 2035-2040. Chaque heure de cours manquée en mathématiques ou sciences se traduit par une perte future en compétences et productivité. Les économies sur les salaires enseignants d'aujourd'hui entraîneront des pertes de compétitivité demain.
Dans 17% des collèges et lycées, il manque au moins une AESH, essentielle pour l'inclusion des élèves en situation de handicap. La précarité de ces postes, souvent à temps partiel et mal rémunérés, génère un turnover coûteux. Former un AESH ou un assistant d'éducation requiert temps et ressources, et leur rotation constante affaiblit le système, obligeant à des recrutements fréquents et dégradant les conditions de travail des équipes. Les enseignants titulaires, surchargés, doivent compenser par des heures supplémentaires ou des classes surchargées, augmentant le risque d'épuisement professionnel.
Réforme des concours : une stratégie gouvernementale insuffisante
Les rectorats ont opté pour ne pas renouveler de nombreux contrats CDD de professeurs non-titulaires. Cette décision, confirmée par l'intersyndicale de Paris et la CGT de Créteil, vise à réduire les coûts salariaux à court terme, mais entraîne des coûts cachés élevés : recrutements d'urgence, formation accélérée de remplaçants, et dégradation de la continuité pédagogique. Économiser sur les CDD revient à transférer les coûts vers des dispositifs de rattrapage et de soutien scolaire, moins efficaces et plus coûteux.
Les disparités régionales révèlent une allocation inefficace des ressources humaines : l'académie de Versailles a 70,5% d'établissements manquant d'enseignants, contre 23,1% à Amiens. Ces différences, accentuées par le coût de la vie élevé et les conditions de travail difficiles dans les zones tendues, montrent l'absence de primes d'attractivité ou de logements accessibles. Cela crée une inégalité d'accès à l'éducation, contraire aux principes d'équité républicaine.
Réflexion pour l'avenir : quel budget pour restaurer l'attractivité ?
Bien que la réforme des concours à bac+3 ait permis d'augmenter le taux de postes pourvus de 5,5 points, ce levier ne suffit pas. Restaurer l'attractivité du métier d'enseignant nécessite un investissement conséquent : revalorisation salariale, amélioration des conditions de travail, réduction du nombre d'élèves par classe et titularisation des contractuels précaires. Le Snes-FSU a déposé des préavis de grève pour septembre, dénonçant la situation dégradée par manque de personnel suffisant. Sans réponse budgétaire forte, la pénurie s'aggravera avec l'augmentation des besoins en remplacements. Investir dans l'éducation est un placement à long terme sur le capital humain et la compétitivité économique. Le coût de l'inaction surpassera celui des recrutements nécessaires aujourd'hui.