Vos billets en euros vont changer : plus de 9 millions d’Européens ont déjà voté

Les futurs billets en euros suscitent un engouement que la Banque centrale européenne n’avait sans doute pas anticipé à cette échelle. À quelques jours de la fermeture du vote, plus de 9 millions de personnes ont déjà participé à la consultation destinée à renouveler l’un des symboles les plus visibles de l’Europe.

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By Aurélie Giraud Published on 15 septembre 2026 10h45
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10 projets répartis entre « La culture européenne » et « Fleuves et oiseaux » sont en compétition pour dessiner le visage de la prochaine génération de billets en euros. - © Economie Matin
31,3 MILLIARDSNombre de billets en euros en circulation atteignait 31,3 milliards d’unités fin 2025, pour une valeur totale de 1.619,5 milliards d’euros.

Les billets que les Européens auront dans leur portefeuille au cours de la prochaine décennie commencent à prendre forme. La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé que plus de 9 millions de personnes avaient déjà donné leur avis sur les dix projets graphiques en compétition, alors que la consultation reste ouverte jusqu’au 21 septembre 2026. Une mobilisation spectaculaire pour un objet du quotidien qui, malgré la progression des paiements numériques, conserve une place considérable dans l’économie européenne.

Billets en euros : plus de 9 millions de personnes participent au choix

La consultation lancée cet été est déjà un succès rarement observé à l’échelle européenne. Lors d’un discours prononcé à Bruxelles le 14 septembre, Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a indiqué que plus de 9 millions de personnes avaient répondu. Cela en fait, selon lui, « l’une des consultations publiques européennes les plus réussies jamais menées ».

La comparaison avec la précédente étape du processus est saisissante. Lors de la consultation organisée en 2023 pour déterminer les thèmes susceptibles de figurer sur les nouvelles coupures, plus de 365.000 Européens avaient exprimé leurs préférences. Cette fois, la participation se compte en millions.

Pour Piero Cipollone, cette mobilisation dépasse largement une question de graphisme. « Les billets en euros nous unissent. Les Européens se sentent liés à leur monnaie et veulent avoir leur mot à dire sur son avenir », a-t-il expliqué.

Le vote est ouvert jusqu’au 21 septembre. Les participants doivent évaluer dix propositions présélectionnées à l’issue d’un concours européen de graphisme. La BCE conduit parallèlement une enquête comportant les mêmes questions auprès d’un échantillon représentatif de la population de la zone euro, confiée à un institut indépendant.

Beethoven, Marie Curie ou des oiseaux sur les euros de demain ?

Deux univers radicalement différents sont en concurrence : « La culture européenne » et « Fleuves et oiseaux ». Derrière ces intitulés se cache un changement majeur par rapport aux billets actuellement en circulation.

La piste culturelle ferait entrer des personnalités européennes bien réelles dans les portefeuilles. Maria Callas est associée au billet de 5 euros, Ludwig van Beethoven à celui de 10 euros et Marie Curie Skłodowska à la coupure de 20 euros. Miguel de Cervantes apparaîtrait sur le billet de 50 euros, Léonard de Vinci sur celui de 100 euros et Bertha von Suttner sur celui de 200 euros. Les versos seraient consacrés à des espaces ou pratiques culturels communs : spectacle vivant, chant, enseignement, bibliothèque, musée ou place publique.

L’autre thème abandonne les grandes figures historiques pour la nature. Les coupures suivraient en quelque sorte le parcours de l’eau, de la montagne jusqu’à la mer, accompagné de différentes espèces d’oiseaux. Le 5 euros associerait une source de montagne au tichodrome échelette, le 10 euros une cascade au martin-pêcheur, tandis que le 50 euros montrerait une cigogne blanche au-dessus d’un fleuve sinueux. Le fou de Bassan et un paysage marin sont prévus pour le 200 euros. Au verso figureraient différentes institutions de l’Union européenne.

Les dix propositions encore en lice ne sont d’ailleurs que l’aboutissement d’une sélection particulièrement large. Le concours lancé en 2025 avait attiré 1.241 candidatures de graphistes provenant de l’ensemble des pays de l’Union européenne. Vingt-cinq designers avaient ensuite été retenus et 39 projets complets avaient finalement été déposés, avant qu’un jury indépendant ne sélectionne les dix propositions soumises au public.

Christine Lagarde avait résumé l’ambition du projet lors du lancement de la consultation en juillet : « Les billets en euros sont plus qu’un moyen de paiement, ils constituent l’un des symboles les plus tangibles de l’Europe ».

Le cash résiste à la progression des paiements numériques en Europe

Le renouvellement graphique intervient alors que les moyens de paiement connaissent une transformation profonde. Carte bancaire, smartphone, paiement sans contact et achats en ligne ont réduit le rôle des espèces dans les transactions quotidiennes. Pourtant, cela ne signifie pas que la demande de billets s’effondre.

Selon les chiffres présentés par Piero Cipollone le 14 septembre, plus de 31 milliards de billets en euros circulent actuellement, pour une valeur supérieure à 1.600 milliards d’euros. Leur nombre continue même de progresser d’environ 3% par an.

Les comptes 2025 de la BCE permettent de préciser l’ampleur du phénomène. À la fin de l’année dernière, 31,3 milliards de billets étaient en circulation, représentant 1.619,5 milliards d’euros. Leur nombre avait augmenté de 2,5% en un an et leur valeur de 2%. La valeur des espèces en circulation est par ailleurs restée supérieure à 10% du PIB de la zone euro pendant toute la décennie 2015-2025.

Ce décalage entre la diminution relative de l’utilisation des espèces pour régler des achats et le maintien d’une forte demande globale est connu sous le nom de « paradoxe des billets ». Les espèces servent en effet non seulement à payer, mais également à conserver de la valeur, en Europe comme à l’étranger. La BCE souligne aussi leur rôle de solution de secours lorsque les systèmes électroniques sont perturbés.

La nouvelle série devra donc répondre à plusieurs objectifs simultanément : moderniser l’apparence des coupures, renforcer leur sécurité, améliorer leur accessibilité et réduire leur impact environnemental. La BCE étudie notamment des matériaux et des procédés de fabrication plus durables.

Les nouveaux billets n’arriveront pas tout de suite dans les portefeuilles

Le vote du public ne désignera pas mécaniquement le vainqueur. Ses résultats doivent éclairer la décision du Conseil des gouverneurs de la BCE, qui doit arrêter le graphisme définitif vers la fin de l’année 2026.

Commencera alors une phase beaucoup moins visible mais essentielle : développement industriel, intégration des dispositifs de sécurité, tests, préparation de la production et organisation de la mise en circulation.

Les Européens ne doivent donc pas s’attendre à recevoir de nouveaux billets dès 2027. La BCE précise qu’il faudra plusieurs années entre la décision finale et leur arrivée effective dans les portefeuilles. Piero Cipollone avait indiqué en juin 2026 que les premières coupures de la nouvelle série étaient préparées pour une émission au début des années 2030. Elles intégreront des dispositifs de sécurité renforcés ainsi que des matériaux et méthodes de production plus durables.

La série actuelle restera donc encore longtemps en circulation. Son principe graphique remonte aux origines de la monnaie unique : plutôt que de représenter des monuments existants, les premiers concepteurs de l’euro avaient retenu des fenêtres, portes et ponts imaginaires inspirés de différentes périodes architecturales européennes. L’objectif était alors d’éviter de privilégier un pays plutôt qu’un autre. Banque centrale européenne

Vingt-cinq ans après l’introduction de l’euro fiduciaire, le contexte est différent. La monnaie unique rassemble désormais 21 pays et plus de 358 millions de citoyens depuis l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro en 2026. Banque centrale européenne La BCE veut désormais donner à ses billets un visage immédiatement identifiable, culturel ou naturel, susceptible d’incarner une Europe qui n’est plus seulement suggérée par des architectures imaginaires.

Le nouveau visage de l’euro

  • Plus de 9 millions de personnes ont déjà participé à la consultation.
  • 10 propositions de graphisme sont soumises au public jusqu’au 21 septembre 2026.
  • Deux thèmes sont en compétition : « La culture européenne » et « Fleuves et oiseaux ».
  • La BCE devrait arrêter le graphisme définitif vers la fin de 2026.
  • Les premières coupures de la nouvelle série sont attendues au début des années 2030.
  • Plus de 31 milliards de billets en euros circulent actuellement dans le monde.
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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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