Délais de paiement : la France retrouve son meilleur niveau en trois ans

Après deux années de détérioration, les retards de paiement diminuent franchement en France. Le délai moyen revient à 12,3 jours, et près d’une entreprise sur deux règle désormais ses fournisseurs à l’heure, apprend-on du dernier bilan du cabinet Altares. Cette embellie replace l’économie française sous la moyenne européenne, sans toutefois effacer les écarts entre petites et grandes entreprises, privé et secteur public.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 16 septembre 2026 8h05
Délais de paiement : la France retrouve son meilleur niveau en trois ans
Délais de paiement : la France retrouve son meilleur niveau en trois ans - © Economie Matin
12,3 joursEn France, le retard moyen des entreprises dans le paiement de leurs factures s’établit à 12,3 jours.

Retards de paiement : la France repasse sous la moyenne européenne

Les entreprises et administrations françaises améliorent sensiblement leur performances en termes de délais de paiement : au deuxième trimestre 2026, le retard moyen français s’établit à 12,3 jours, contre 14,1 jours un an plus tôt, révèle le cabinet Altares. Après le dérapage enregistré en 2024 puis amplifié en 2025, la France retrouve ainsi son niveau le plus favorable depuis trois ans.

Le mouvement est suffisamment net pour modifier la position française. Le retard moyen tombe à 12,3 jours, soit sensiblement moins que les 14,1 jours constatés un an auparavant. Dans le même temps, la moyenne européenne revient à 13,1 jours, contre 14 jours un an plus tôt. La France, qui se trouvait légèrement au-dessus de cette référence en 2025, repasse donc du bon côté de la moyenne continentale. Désormais, 49,7% des organisations françaises règlent leurs fournisseurs à l'échéance, contre 45,2% un an auparavant. Autrement dit, le tissu économique français se rapproche du seuil d'une entreprise sur deux respectant exactement le calendrier convenu. Parallèlement, la part des règlements accusant au moins 30 jours de retard tombe à 7,5%. Elle se situe ainsi sous les 8,8% enregistrés à l'échelle européenne.

L'amélioration est réelle, mais elle ne ramène pas encore la France aux performances enregistrées avant la crise sanitaire. Le retard moyen était descendu sous 11 jours en 2018. Thierry Millon, directeur des études du groupe, invite donc à ne pas lire la baisse actuelle comme la disparition du problème. Pour lui, « la ponctualité des règlements n'est plus seulement une question de trésorerie, mais un enjeu de compétitivité, de confiance économique et de conformité ».

Les TPE et PME adoptent de plus en plus le paiement dans les délais

Derrière la moyenne nationale se cache cependant un clivage très marqué entre les entreprises selon leur taille. Les TPE affichent un retard moyen de 11,7 jours. Les PME de 10 à 49 salariés font encore mieux avec 11,1 jours de retard moyen d'après le groupe, contre 13 jours un an auparavant. Ce sont donc les structures les plus petites qui portent une large part du redressement.

À mesure que l'effectif augmente, le retard se creuse. Les organisations de 50 à 249 salariés affichent 13,4 jours de retard. Celles de 250 à 999 salariés atteignent 15,3 jours. Pour les entreprises comptant au moins 1.000 salariés, le délai supplémentaire grimpe à 19,6 jours. L'écart avec les petites entreprises approche ainsi huit jours d'après le groupe, malgré une amélioration également visible dans les grandes structures.

La géographie économique française produit un autre contraste. Les Pays de la Loire enregistrent un retard moyen de 9,1 jours, tandis que la Bretagne se situe à 9,3 jours, et le Centre-Val de Loire à 9,7 jours. Ces trois régions passent sous la barre des dix jours. À l'opposé, l'Île-de-France reste à 18,7 jours, après avoir dépassé vingt jours au deuxième trimestre précédent. Son poids économique contribue mécaniquement à maintenir la moyenne nationale à un niveau supérieur à celui observé dans une grande partie du territoire.

Les différences sectorielles sont tout aussi spectaculaires. Dans le bâtiment, le retard moyen se limite à 8 jours. Le commerce et plusieurs branches industrielles se rapprochent également des meilleurs niveaux français. À l'inverse, les activités de sécurité atteignent 26,9 jours de retard. Les éditeurs de logiciels se situent à 17,9 jours, tandis que les services informatiques enregistrent 15,5 jours. La baisse nationale ne signifie donc pas que toutes les chaînes de fournisseurs bénéficient de la même amélioration.

Retards de paiement : le privé accélère, le secteur public reste à 14 jours

La distinction entre privé et secteur public confirme cette hétérogénéité. Dans les structures privées, le retard moyen est revenu à 11,7 jours au deuxième trimestre 2026. Le secteur public demeure à 14 jours. L'écart dépasse ainsi deux jours, alors même que les administrations et organismes publics ont eux aussi amélioré leurs comportements par rapport à 2025.

La situation des acteurs publics varie fortement. Les collectivités territoriales affichent un retard moyen de 12,7 jours, soit un niveau proche de la moyenne française. Les établissements publics industriels et commerciaux repassent légèrement sous 15 jours, après une amélioration d'environ deux jours sur un an. À l'autre extrémité, les hôpitaux dépassent 24 jours de retard après le délai réglementaire maximal. Ce délai maximal est fixé à 50 jours pour les établissements publics de santé.

La comparaison met en lumière une question centrale pour les fournisseurs, notamment les plus petits : la maîtrise du crédit interentreprises. Lorsqu'un donneur d'ordre repousse un règlement, il conserve plus longtemps sa trésorerie mais reporte une partie du besoin de financement sur son fournisseur. C'est précisément pourquoi Altares insiste sur le poids des grandes structures et de certaines organisations publiques dans la diffusion des tensions de trésorerie au sein des chaînes économiques.

La baisse moyenne ne doit donc pas être interprétée comme une normalisation homogène. Elle traduit plutôt un redressement général accompagné de poches de retard encore importantes. Pour les entreprises qui travaillent avec une clientèle concentrée, la moyenne nationale peut ainsi être beaucoup moins déterminante que le profil de leurs principaux donneurs d'ordre.

Europe : les entreprises françaises progressent dans un paysage très contrasté

À l'échelle européenne, la France se situe désormais dans une position intermédiaire. Les Pays-Bas restent très nettement en tête avec seulement 2,9 jours de retard moyen, et 82,7% d'entreprises payant sans retard. L'Allemagne suit avec 6,5 jours de retard selon Altares, et 64,1% de paiements à l'heure. La Belgique affiche pour sa part 10,2 jours, tandis que le Royaume-Uni revient à 11,2 jours.

Le contraste est saisissant avec les économies les plus en difficulté. Au Portugal, le retard moyen atteint 23,3 jours, et seulement 21,2% des entreprises paient à échéance. L'Italie demeure à 16,3 jours, l'Espagne se situe à 14,4 jours, l'Irlande, enfin, atteint 15,8 jours de retard moyen, contre 12,7 jours un an auparavant, ce qui en fait l'une des détériorations les plus marquées du panel.

Pour autant, l'amélioration européenne présente elle-même une limite. La proportion d'organisations réglant leurs fournisseurs sans retard reste autour d'une sur deux, alors que le recul observé concerne surtout les incidents les plus longs. Thierry Millon résume cette nuance en estimant que « les comportements de paiement s'assainissent, mais restent un point de vigilance majeur pour les trésoreries des entreprises ». La France a effacé une partie du décrochage des deux années précédentes ; elle demeure toutefois encore très éloignée des pratiques observées aux Pays-Bas ou en Allemagne.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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