Pétrole : l’Arabie Saoudite arrête ses livraisons en Europe, flambée des prix à venir ?

L’Arabie Saoudite suspend ses exportations de pétrole vers l’Europe suite à des attaques de drones contre son oléoduc Est-Ouest. Les prix du brut franchissent 120 dollars le baril, menaçant directement les factures énergétiques des ménages et l’inflation européenne.

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By Cédric Bonnefoy Published on 16 septembre 2026 11h53
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Pétrole : l’Arabie Saoudite arrête ses livraisons en Europe, flambée des prix à venir ? - © Economie Matin
120 dollarsLe prix du baril de Brent pourrait bientôt franchir la barre des 120 euros le baril.

Après des attaques de drones contre son oléoduc Est-Ouest dans la nuit du 10 au 11 septembre 2026, l'Arabie Saoudite a décidé d'annuler ses livraisons de pétrole vers l'Europe. Cette décision fait grimper le prix du brut au-delà de 120 dollars le baril et menace la stabilité énergétique du continent. Les chargements au port de Yanbu, sur la mer Rouge, sont interrompus jusqu'à nouvel ordre.

L'annonce qui fait trembler les marchés énergétiques

Le royaume saoudien a attribué les attaques à une milice irakienne. Celles-ci ont visé les installations de pompage de la Petroline, l'oléoduc stratégique de 1 200 kilomètres reliant les champs pétroliers de l'est au terminal de Yanbu. La fermeture préventive de cette infrastructure coupe une voie d'approvisionnement cruciale pour l'Europe. Saudi Aramco n'a pas commenté officiellement les annulations, mais plusieurs clients européens ont confirmé recevoir des notifications d'annulation pour leurs cargaisons prévues en septembre 2026.

Robert Mogielnicki, analyste à l'Arab Gulf States Institute, rappelle que « l'oléoduc Est-Ouest est une artère énergétique essentielle pour l'Arabie Saoudite, surtout dans le contexte géopolitique actuel ». Depuis la fermeture partielle du détroit d'Ormuz il y a six mois, cette infrastructure était devenue une alternative vitale pour le royaume.

La Pologne est particulièrement touchée. Orlen, le géant pétrolier polonais, reçoit habituellement 160 000 barils par jour au port de Gdansk depuis le début de l'année, selon les données Kpler. La Lituanie subit également les effets, avec 63 000 barils quotidiens transitant par Butinge. Ces volumes sont essentiels pour l'approvisionnement énergétique de l'Europe centrale. Les répercussions se font sentir à l'échelle du continent, obligeant les raffineries à rechercher des alternatives coûteuses.

D'autres clients européens, dont la République tchèque, sont également affectés par cette décision. Les contrats d'approvisionnement à long terme sont brusquement interrompus, forçant les acheteurs à se tourner vers le marché spot, plus volatile et onéreux.

Les chiffres qui inquiètent : 120 dollars le baril

Depuis juin 2022, Saudi Aramco fournit environ 40% du pétrole d'Orlen. Cette dépendance place le groupe polonais dans une position délicate. Un porte-parole d'Orlen a tenté de minimiser l'impact : « L'ajustement et l'optimisation des volumes d'achat sont une partie standard et continue des opérations du groupe Orlen, dictée par les besoins de production actuels et l'évolution des conditions de marché. » Cependant, Orlen a lancé des appels d'offres sur le marché spot le vendredi 13 septembre et le lundi 16 septembre pour acquérir des cargaisons de remplacement en urgence.

Les prix du Brent daté, référence en Europe, ont dépassé les 120 dollars le baril. Cette hausse intervient alors que l'inflation atteignait déjà 2,4% en août, nourrissant les craintes d'une nouvelle envolée des prix à la consommation.

Les raffineurs européens explorent plusieurs alternatives. La mer du Nord reste une option, mais les volumes disponibles sont limités. L'Algérie, la Guyane et le Kazakhstan émergent comme sources potentielles, même si leurs capacités d'exportation ne compensent pas entièrement le déficit saoudien. Les données Vortexa montrent que l'Arabie Saoudite avait chargé 22 millions de barils sur 12 navires à Ras Tanura et Juaymah durant la semaine du 7 au 13 septembre 2026, contre seulement 6 à 7 navires par semaine les trois semaines précédentes. Cette accélération temporaire ne masque pas la rupture actuelle.

Face aux attaques houthies en mer Rouge, les routes maritimes alternatives se raréfient. Le canal de Suez et le pipeline SUMED restent opérationnels, mais leur capacité est insuffisante pour absorber l'ensemble des flux détournés.

Ce que cela signifie pour votre portefeuille

La hausse du baril de pétrole se traduit par une augmentation des prix à la pompe. Les Européens peuvent s'attendre à une augmentation de 10 à 15 centimes par litre de carburant dans les semaines à venir. Au-delà du transport, tous les secteurs dépendants du pétrole (plastiques, chimie, logistique) subiront une pression inflationniste. Les 60 milliards d'économies proposés par Ursula von der Leyen sur l'énergie prennent une résonance particulière dans ce contexte.

Les entreprises européennes devront décider entre répercuter ces hausses sur leurs clients ou réduire leurs marges. Pour les ménages, la facture énergétique globale (chauffage, électricité, carburants) pourrait augmenter de 8 à 12% d'ici la fin de l'année si la situation perdure. Les banques centrales surveillent attentivement ces évolutions, susceptibles de contrarier leur stratégie de maîtrise de l'inflation.

Robert Mogielnicki résume la situation : « Ce n'est pas la direction qu'espéraient les responsables du Golfe après six mois de guerre. » L'Europe, déjà fragilisée par les tensions géopolitiques, doit maintenant faire face à une nouvelle donne énergétique menaçant sa compétitivité et le pouvoir d'achat de ses citoyens.

Cedric.bonnefoy

Cédric Bonnefoy est journaliste en local à la radio. À côté, il collabore depuis 2022 avec Économie Matin.

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