Renault va investir 319 millions d’euros au Brésil

Renault Geely do Brasil mobilise 899 millions d’euros entre 2025 et 2027 pour transformer l’usine Ayrton Senna en hub de production électrique. L’investissement supplémentaire de 319 millions annoncé en septembre 2026 sécurise 5 100 emplois et répond aux droits de douane brésiliens de 35% sur les véhicules importés.

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By Cédric Bonnefoy Published on 17 septembre 2026 9h44
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Renault va investir 319 millions d’euros au Brésil - © Economie Matin
319 millions d'euros Renault et Geely vont investir 319 millions d'euros au Brésil.

Renault Geely do Brasil a annoncé un investissement supplémentaire de 319 millions d'euros, portant ainsi l'enveloppe totale à 899 millions d'euros entre 2025 et 2027. Cette initiative renforce le rôle central de l'usine Ayrton Senna, qui emploie 5 100 personnes, dans la stratégie sud-américaine du duo franco-chinois. D'après l'AFP, le communiqué officiel révèle que Geely détient 26,4% de la coentreprise brésilienne.

Une enveloppe massive : 899 millions d'euros sur trois ans

Ce montant de 899 millions d'euros constitue un engagement financier majeur pour Renault au Brésil, le plus important depuis dix ans. L'investissement est prévu entre 2025 et 2027, avec une accélération en 2026. Ariel Montenegro, PDG de Renault Geely do Brasil, souligne une ambition claire : « Au-delà du lancement de nouveaux modèles, nous préparons nos activités pour l'avenir en combinant les atouts des marques Renault et Geely afin d'offrir aux clients brésiliens des technologies de pointe produites localement et répondant aux plus hauts standards de qualité et de compétitivité. » Cette enveloppe servira à moderniser les lignes de production, intégrer de nouvelles technologies de propulsion électrique et hybride, et former les équipes techniques.

Les 319 millions supplémentaires annoncés en septembre 2026

Le 15 septembre 2026, la coentreprise a annoncé une rallonge budgétaire de 319 millions d'euros. Frandroid indique que cet apport vise spécifiquement à produire deux modèles électriques : la berline Geely EX2 et un nouveau véhicule Renault électrifié dont les caractéristiques restent confidentielles. Ce financement coïncide avec le début de la production du Geely EX5 EM-i Super Hybrid fin septembre 2026, illustrant une montée en puissance industrielle rapide. Il se répartit entre équipements de chaîne d'assemblage (140 millions), outillages spécifiques aux batteries (95 millions) et infrastructures logistiques (84 millions).

La stratégie d'investissement progressif (2025-2027)

Finalisé en novembre 2025, l'accord entre Renault et Geely structure un plan d'investissement en trois phases. La première, de novembre 2025 à juin 2026, mobilise 380 millions d'euros pour adapter l'outil existant. La deuxième, de juillet à décembre 2026, consacre 200 millions au lancement du Geely EX5 EM-i et aux préparatifs de l'EX2. La troisième phase, de janvier à décembre 2027, injecte les 319 millions restants pour finaliser les lignes électriques et produire le modèle Renault électrifié. Renault diversifie ainsi son portefeuille électrique après les difficultés rencontrées en Europe avec certains lancements.

Rentabiliser une usine en sous-capacité

Avant le partenariat avec Geely, l'usine Ayrton Senna fonctionnait à 60% de sa capacité. Les modèles Renault locaux (Kwid, Stepway) ne suffisaient pas à saturer les lignes d'assemblage. Grâce à Geely, l'utilisation atteindra 95% dès 2027, selon les prévisions internes. Le coût fixe par véhicule diminuera, améliorant ainsi la rentabilité globale du site. Le retour sur investissement est estimé à sept ans, un délai raisonnable dans l'industrie automobile pour des projets d'électrification.

Ayrton Senna : 5 100 emplois sécurisés et renforcés

Avec la montée en charge, les 5 100 salariés bénéficient directement des investissements. Renault prévoit 400 embauches supplémentaires entre 2026 et 2027, principalement pour des postes de techniciens spécialisés en systèmes électriques et électroniques. Les programmes de formation interne mobilisent 12 millions d'euros sur trois ans, en collaboration avec les universités techniques brésiliennes. Le site devient plus attractif : le taux de turnover, qui était de 18% en 2024, chute à 9% en 2026 grâce aux perspectives de long terme offertes par le partenariat.

Dérisquer l'outil industriel brésilien de Renault

Le partenariat avec Geely, qui apporte 26,4% du capital et ses technologies propriétaires, allège la charge financière de Renault. Comme le souligne Autoplus, « faute de fonctionner à plein régime avec ses propres modèles, le site va désormais accueillir un partenaire chinois ». Renault conserve 73,6% de la coentreprise et le contrôle opérationnel, tout en partageant les coûts d'industrialisation. Les modèles Geely, bien établis en Chine avec 35 000 exemplaires vendus pour l'EX2, réduisent les incertitudes commerciales. Le risque d'obsolescence technologique diminue grâce aux cycles de renouvellement rapides de Geely.

Le marché brésilien justifie cette mobilisation financière

Avec 2,1 millions de véhicules vendus en 2025, le Brésil est le premier marché automobile d'Amérique latine. Les véhicules zéro-émission représentent 7,6%, une part modeste mais en hausse de 140% sur deux ans. Les consommateurs brésiliens cherchent des modèles électriques abordables, un segment où Geely se distingue avec des prix inférieurs de 20 à 30% aux standards européens. Selon Autoactu, Renault lancera en 2027 un véhicule électrifié adapté aux contraintes locales : autonomie de 400 km, recharge rapide et prix sous les 25 000 euros.

Électrification croissante et droits de douane de 35% : la logique de la production locale

Le Brésil impose des droits de douane de 35% sur les véhicules électriques importés, rendant la production locale essentielle pour rester compétitif. Un véhicule importé de Chine voit son prix augmenter de 40 à 50% après taxes et frais logistiques. Produire localement évite ce surcoût et permet des prix adaptés au pouvoir d'achat brésilien. Le calcul économique pour les voitures électriques devient favorable sans les coûts d'importation. BYD, concurrent de Geely, a ouvert sa propre usine brésilienne en 2025, confirmant l'attrait du marché local. Renault et Geely visent 8% de part de marché sur le segment électrique brésilien d'ici 2028, soit environ 15 000 véhicules annuels. Les premières livraisons de l'EX2 débuteront en décembre 2026, suivies du modèle Renault au deuxième trimestre 2027.

L'investissement de 899 millions d'euros renforce la position de Renault au Brésil tout en permettant à Geely de contourner les barrières douanières. Ce pari repose sur l'accélération de l'électrification en Amérique du Sud et sur la capacité des deux constructeurs à offrir des véhicules répondant aux attentes locales. Les résultats commerciaux de 2027 confirmeront la pertinence de cette stratégie.

Cedric.bonnefoy

Cédric Bonnefoy est journaliste en local à la radio. À côté, il collabore depuis 2022 avec Économie Matin.

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