Face à la menace d’une interdiction totale sur le territoire américain, TikTok choisit une voie stratégique : la création d’une coentreprise contrôlée par des investisseurs américains. Une opération majeure qui bouleverse les équilibres entre régulation, souveraineté numérique et intérêts économiques.
Coentreprise TikTok : un accord crucial pour rester aux États-Unis

TikTok anticipe la loi américaine avec une coentreprise à majorité US
Le 22 janvier 2026, TikTok a officialisé la création d’une coentreprise aux États-Unis baptisée TikTok USDS Joint Venture LLC. Cette décision vise à satisfaire aux exigences posées par la législation américaine adoptée en avril 2024, qui impose aux entreprises technologiques contrôlées par des puissances jugées adverses — notamment la Chine — de modifier profondément leur structure de gouvernance pour conserver leur droit d’opérer sur le sol américain.
Cette initiative du géant des réseaux sociaux s’inscrit dans un contexte tendu entre Washington et Pékin. Depuis plusieurs années, le gouvernement des États-Unis considère TikTok comme une menace potentielle à la sécurité nationale, en raison de ses liens avec ByteDance, sa maison-mère basée à Pékin.
Selon Reuters, l’accord finalisé en janvier prévoit que 80,1 % des parts de la nouvelle entité soient détenues par des investisseurs américains, parmi lesquels figurent Oracle, Silver Lake et MGX. ByteDance conserve 19,9 % des actions, un chiffre stratégique, car en dessous du seuil symbolique des 20 % fixé par la loi pour garantir une majorité non étrangère.
TikTok a ainsi évité une interdiction imminente. « La création d'une coentreprise répond aux exigences de la loi tout en assurant la continuité du service aux utilisateurs américains », a confirmé un porte-parole de la société, cité par Boursorama.
Outre les aspects capitalistiques, la gouvernance de TikTok USDS repose désormais sur un conseil d’administration majoritairement américain, renforçant le contrôle local sur les algorithmes, la modération des contenus et la gestion des données utilisateurs. Ces trois domaines figuraient parmi les principaux points de friction avec les autorités fédérales.
Un impératif économique autant que juridique
Cette restructuration représente une opération de sauvetage pour TikTok, dont la base d’utilisateurs américains dépasse les 200 millions de comptes actifs, selon les chiffres communiqués par Yahoo Finance le 23 janvier 2026. La perte du marché américain aurait signifié un effondrement des revenus publicitaires, aujourd’hui estimés à plusieurs milliards de dollars par an.
Par ailleurs, le nouveau montage garantit que les données des utilisateurs américains seront stockées et traitées exclusivement sur le territoire américain, une exigence formulée dès 2020 par les régulateurs et formalisée dans la législation de 2024, connue sous le nom de Protecting Americans from Foreign Adversary Controlled Applications Act.
Cette loi prévoit l’interdiction d’une application si elle ne prouve pas, dans un délai donné, l’absence de contrôle étranger susceptible d’altérer l’indépendance de ses opérations. La date butoir pour TikTok avait été fixée au 19 janvier 2025. Grâce à la signature de l’accord et à la création de la coentreprise avant cette échéance, la plateforme a échappé de peu à une exclusion complète du territoire.
Le projet de vente partielle des opérations américaines de TikTok remonte à plusieurs tentatives avortées. Déjà en 2020, sous l’administration Trump, un accord similaire avait été évoqué, impliquant Oracle et Walmart. Cette fois, l’opération a abouti, sous une forme plus structurée et juridiquement plus robuste.
« C’est une victoire pragmatique pour TikTok, qui assure sa survie sur un marché essentiel, tout en répondant aux préoccupations de sécurité des autorités américaines », a déclaré l’analyste juridique Marsha Klein, interrogée par Reuters le 23 janvier 2026.
La coentreprise comme réponse aux pressions bilatérales
En optant pour une coentreprise plutôt qu’une vente complète ou un retrait du marché, TikTok adopte une stratégie hybride. Elle permet de respecter les obligations légales américaines sans céder totalement le contrôle de l’outil technologique à des intérêts extérieurs. Ce compromis reflète une volonté d’adaptation aux nouvelles normes imposées aux grandes plateformes numériques dans un contexte de souveraineté accrue.
Du point de vue chinois, cette concession reste sensible. Le gouvernement de Pékin avait exprimé son opposition à toute cession forcée de technologies considérées comme stratégiques. Le modèle retenu ici — une participation minoritaire pour ByteDance, sans transfert d’algorithme ni de technologie propriétaire — semble avoir été validé, au moins tacitement, par les autorités chinoises.
Désormais, TikTok USDS Joint Venture LLC assumera l’intégralité des opérations sur le sol américain, du traitement des contenus à la gestion commerciale. Cela comprend également les activités de monétisation, comme la publicité ciblée et les partenariats avec les créateurs de contenu.