Le gouvernement présente son budget avec une promesse en or : pas de hausse généralisée des impôts. Mais à regarder les chiffres de près, 54 milliards d'euros d'effort budgétaire, cela ne tombe pas du ciel. Et comme toujours en France, ce sont les mêmes qui vont payer.
54 milliards €
C'est le montant de l'effort budgétaire prévu dans le budget 2027, entre hausses de prélèvements ciblées et coupes de dépenses.
"Pas de hausse d'impôts" : la langue de bois nationale
Il faut rendre cette justice au gouvernement : ses communicants sont excellents. "Pas de hausse d'impôts généralisée." La formule est belle. Elle est aussi parfaitement creuse. Car augmenter la TVA sur Canal+, cibler des niches fiscales, raboter des avantages sectoriels, taxer "les plus riches" par petites touches... c'est précisément augmenter les impôts. Juste en évitant de l'écrire en toutes lettres dans le titre du projet de loi de finances.
Force est de constater que la France pratique depuis des décennies l'art subtil de la hausse d'impôts camouflée. On ne touche pas au taux de l'impôt sur le revenu — non, non, trop visible. On ajuste des seuils par-ci, on supprime une exonération par-là, on crée une "contribution exceptionnelle" qui dure dix ans. Résultat : le niveau de prélèvements obligatoires atteint en France des sommets européens, autour de 45% du PIB, contre 39% en Allemagne et 37% aux Pays-Bas. Cette différence colossale, c'est autant d'argent qui ne circule pas dans l'économie réelle, qui ne finance pas un emploi, une machine-outil, une innovation.
La sémantique gouvernementale ne change pas la réalité économique. 54 milliards d'euros doivent bien venir de quelqu'un. Et ce quelqu'un, c'est vous.
Le cinéma français, miroir d'un système à bout de souffle
L'alerte du secteur cinématographique sur une possible hausse de TVA sur Canal+ est, à sa façon, révélatrice. Voilà un secteur massivement subventionné par l'argent public — via le CNC notamment — qui découvre avec effroi que la manne pourrait se tarir. Le cri d'alarme est sincère, je n'en doute pas. Mais il illustre parfaitement le piège dans lequel la France s'est enfermée.
Quand l'État finance tout, il contrôle tout. Et quand il doit couper, tout le monde hurle. Le cinéma, les collectivités, les fonctionnaires, les associations subventionnées... Chacun défend son bout de gras avec des arguments légitimes et des chiffres bien préparés. Personne ne veut être "l'un des principaux postes d'économies." Le résultat ? On ne coupe jamais vraiment, on compense par de nouvelles taxes, et la dette continue de gonfler. Elle dépasse aujourd'hui 3 300 milliards d'euros, soit plus de 47 000 euros par Français, enfants compris.
Pendant ce temps, Anne de Guigné le rappelle avec précision dans Le Figaro : les marchés observent, les taux d'intérêt français progressent, et une crise de confiance n'est pas un scénario de science-fiction.
L'heure des choix vrais, pas des acrobaties comptables
Je pense sincèrement que la France a encore les moyens d'éviter la catastrophe. Mais cela suppose un courage politique que je ne vois pas encore poindre. Il ne s'agit pas de choisir entre telle ou telle niche fiscale à supprimer. Il s'agit de décider, enfin, que l'État français est trop gros pour ce que l'économie nationale peut supporter.
La Suisse gère ses finances publiques avec un niveau de dette inférieur à 30% du PIB. L'Allemagne a constitutionnalisé le frein à l'endettement. Ce ne sont pas des pays "ultralibéraux" — ce sont des pays sérieux, qui ont compris qu'on ne redistribue bien que ce qu'on a d'abord produit.
En France, on continue de faire semblant. Le budget 2027 ne sera pas la rupture dont nous avons besoin. Ce sera, au mieux, un replâtrage. Et dans deux ans, nous aurons le même débat, avec dix milliards de dette supplémentaires. Jusqu'à quand ?

