Retraite : l’État économise 5 milliards, les ménages modestes trinquent

La désindexation des pensions de retraite rapporterait 5,2 milliards d’euros à l’État mais pénaliserait davantage les ménages modestes, selon une étude de l’Institut des politiques publiques. Comparant trois instruments fiscaux, l’IPP révèle que la suppression de l’abattement de 10 % et l’alignement de la CSG présentent des profils redistributifs plus équitables, avec des rendements respectifs de 5,4 et 4,2 milliards d’euros.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 28 septembre 2026 8h39
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La réforme de l’abattement fiscal des pensions n’a pas été adoptée à temps pour s’appliquer en 2026. - © Economie Matin

Sébastien Lecornu, Premier ministre, travaille sur le budget 2027 alors que le déficit public pourrait atteindre 5,9 % du PIB sans nouvelles mesures. Parmi les solutions envisagées, plusieurs ciblent les 17 millions de retraités français. L'Institut des politiques publiques (IPP) a publié le 28 septembre 2026 une analyse de trois options fiscales : désindexation des retraites, suppression de l'abattement fiscal de 10 % et alignement de la CSG des retraités sur celle des actifs. L'étude révèle des différences significatives, à la fois budgétaires et redistributives.

Utilisant le modèle de microsimulation TAXIPP, l'analyse évalue l'impact de chaque mesure sur le niveau de vie des ménages selon leur revenu. Patrick Aubert, Sylvain Duchesne, Maxime Tô et Todor Tochev ont examiné neuf scénarios, incluant les économies directes et les effets secondaires sur les recettes et dépenses publiques.

Des rendements budgétaires variés

La suppression de l'abattement de 10 % sur les pensions est la plus profitable pour l'État, générant 5,4 milliards d'euros par an, principalement via l'impôt sur le revenu (5,0 milliards) et un impact sur les aides au logement (0,4 milliard). Actuellement, cet abattement est plafonné à 4 439 euros par foyer fiscal, avec un minimum de 454 euros par pensionné.

La désindexation complète des retraites de base, avec une inflation estimée à 2,5 % en 2026, économiserait 6,6 milliards d'euros en dépenses, mais l'effet net pour les finances publiques serait de 5,2 milliards. La différence résulte de la baisse des recettes fiscales et des prélèvements sociaux, compensée partiellement par des dépenses sociales accrues, comme le minimum vieillesse et les aides au logement. Les régimes de retraite économisent ainsi environ 20 % de plus que ce que gagne réellement l'État.

Quant à l'alignement des taux de CSG sur celui des revenus d'activité (9,2 %), il rapporterait 4,2 milliards d'euros. Cependant, l'effet secondaire réduit les recettes de 0,6 milliard, car l'augmentation de la CSG déductible diminue le revenu imposable des ménages concernés.

Impact redistributif de la désindexation

La répartition de l'effort entre les ménages diffère selon les options. La désindexation complète des pensions est particulièrement anti-redistributive, les pertes de niveau de vie allant de 0,8 % à 1,5 % pour les ménages modestes, et décroissant à 0,4 % pour les plus aisés. Les pensions de base représentent une part moindre des revenus des ménages aisés, souvent complétées par des revenus du capital ou d'activité.

En revanche, la suppression de l'abattement est globalement progressive : les pertes augmentent avec le niveau de vie. Environ 65 % des retraités seraient touchés, perdant en moyenne 41 euros par mois, leur retraite moyenne étant de 2 203 euros mensuels. Toutefois, la suppression de l'abattement réduit les aides au logement pour les ménages modestes en abaissant le revenu pris en compte.

L'alignement de la CSG présente un profil en U : les ménages du milieu de la distribution sont les plus impactés. Les taux nul ou réduit ne sont pas modifiés pour les retraités en bas de la distribution, et les plus aisés perdent peu car les pensions représentent une faible part de leurs revenus. L'effort se concentre sur les classes moyennes, où la hausse est à la fois la plus marquée et basée sur des pensions significatives.

Considérations sur la désindexation différenciée

Pour atténuer l'effet anti-redistributif de la désindexation complète, des variantes différenciées sont débattues, épargnant les retraites les plus faibles. L'IPP a simulé trois hypothèses : désindexation au-delà de la pension médiane (1 639 euros), au-delà de 2 000 euros, ou 3 000 euros mensuels.

Le rendement budgétaire diminue avec le seuil : de 5,2 à 3,7 milliards pour les pensions au-dessus de la médiane, à 2,8 milliards pour 2 000 euros, et 1,2 milliard pour 3 000 euros. Cela s'explique par la rareté des pensions élevées : seuls 35 % des retraités dépassent 2 000 euros et 13 % 3 000 euros en 2027.

Bien que la redistributivité s'améliore avec un seuil élevé, l'effort pèse encore sur certains ménages modestes, car la désindexation s'applique à la pension individuelle, alors que le niveau de vie est évalué au niveau du ménage. Une pension au-dessus du seuil peut correspondre à un ménage modeste.

Les chercheurs de l'IPP soulignent que la désindexation différenciée questionne le principe contributif des retraites, remettant en cause le calcul initial des pensions et impliquant une éventuelle réforme.

Comparaison des conséquences pour le système de retraite

Les mesures diffèrent aussi par leur impact sur le système de retraite. Seule la désindexation réduit directement les dépenses de retraite, abaissant le besoin de financement du système. La suppression de l'abattement ou l'augmentation de la CSG augmentent les recettes publiques sans améliorer le solde du système de retraite.

Ces recettes pourraient financer les retraites, mais cela affaiblirait le principe contributif, basé sur les cotisations sociales. Le Comité de suivi des retraites a souligné en juillet 2026 qu'un rééquilibrage durable nécessiterait une sous-indexation prolongée, tandis que les hausses de prélèvements ne pourraient être répétées annuellement.

Appliquées une seule année, ces mesures ne rétablissent pas la soutenabilité financière. Selon le Conseil d'orientation des retraites (COR), le besoin de financement s'aggrave à moyen et long terme. Les rendements de la suppression de l'abattement ou de l'alignement des taux de CSG restent stables, tandis que celui de la sous-indexation diminue avec le renouvellement des retraités.

Finalement, aucun des trois instruments n'offre à la fois le meilleur rendement et le meilleur ciblage. La suppression de l'abattement est la plus rentable (5,4 milliards) et progressive, mais elle pénalise les ménages les plus modestes. La désindexation a l'impact direct le plus fort (6,6 milliards), mais ses effets secondaires réduisent son rendement de 20 % et son profil est régressif. L'alignement des taux médian et plein de CSG concentre l'effort sur les classes moyennes.

Des combinaisons d'instruments pourraient équilibrer rendement et ciblage. Le gouvernement de Sébastien Lecornu n'a pas encore pris de décision finale, les mesures étant en concertation. Cependant, l'exécutif a indiqué qu'il serait impossible de conserver l'abattement tout en revalorisant les retraites selon l'inflation.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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