Les grands exploitants français d’infrastructures pourraient voir leur facture fiscale fortement augmenter en 2027. Le gouvernement envisage de revoir la taxe pesant sur les autoroutes et certains aéroports afin d’en porter le rendement annuel à environ 1,4 milliard d’euros. Une perspective immédiatement sanctionnée en Bourse pour Vinci, Eiffage et Groupe ADP. La mesure doit toutefois encore passer par le débat budgétaire.
Budget 2027 : vers une lourde augmentation des taxes sur les autoroutes et les aéroports ?

Les autoroutes placées au cœur du financement des infrastructures françaises
Le prochain budget de l’État pourrait sensiblement modifier l’équation financière des concessionnaires d’autoroutes. Le gouvernement prévoit de réformer la taxe sur l’exploitation des infrastructures de transport de longue distance, ou TEITLD. Son taux maximal pourrait passer de 4,6% actuellement à 12,2%, selon les éléments communiqués avant la présentation officielle du projet de loi de finances pour 2027. Le mécanisme devrait devenir plus progressif afin de tenir davantage compte du niveau de rentabilité des exploitants. L’objectif est important pour les finances publiques : le rendement annuel de cette taxe passerait d’environ 600 millions d’euros à 1,4 milliard d’euros, soit près de 800 millions d’euros de recettes supplémentaires. La présentation officielle du PLF 2027 est prévue le 1er octobre à Bercy. La réforme reste donc, à ce stade, une proposition appelée à être examinée dans le cadre du processus parlementaire.
Cette fiscalité sur les autoroutes n’est pas nouvelle. La TEITLD a été instaurée par la loi de finances pour 2024. Le dispositif cible les infrastructures de transport de longue distance dépassant deux seuils. Les revenus tirés de leur exploitation doivent être supérieurs à 120 millions d’euros par an, tandis que leur niveau moyen de rentabilité doit dépasser 10 % sur sept exercices. Les travaux parlementaires réalisés lors de sa création estimaient que la taxe concernerait principalement les sociétés concessionnaires d’autoroutes ainsi que les principaux aéroports français. Ils anticipaient initialement environ 600 millions d’euros de recettes annuelles, dont près de 80% provenant des concessions autoroutières. Le rendement observé lors de la première année a finalement atteint 549 millions d’euros. Cette contribution constitue désormais l’une des ressources associées au financement des transports, aux côtés notamment des prélèvements sur les concessionnaires, des recettes issues du transport aérien et d'une partie de la fiscalité énergétique.
Vinci et Eiffage lourdement exposés, les investisseurs réagissent
Pour les marchés financiers, la question centrale concerne désormais l’impact de cette hausse sur les bénéfices futurs des groupes de concessions. Les autoroutes constituent une activité particulièrement rentable et génératrice de trésorerie pour plusieurs entreprises françaises. Lors de la séance du 29 septembre, Eiffage a ainsi terminé en baisse d’un peu plus de 3%, tandis que le recul de Vinci a dépassé 2%. Groupe ADP a également cédé du terrain. En milieu de séance, Eiffage abandonnait 3,11% à 102,70 euros, Vinci 2,56 % à 108,30 euros et ADP 1,18% à 109,20 euros. Cette réaction traduit une inquiétude classique des investisseurs : une fiscalité plus importante sur les autoroutes et les aéroports réduit directement une partie des résultats pouvant être conservés, investis ou redistribués aux actionnaires.
L’exposition n’est pas identique pour les trois groupes. Selon les données disponibles, la TEITLD avait représenté 126,7 millions d’euros pour Eiffage en 2025, notamment par l’intermédiaire d’APRR. Chez Vinci, environ 120 millions d’euros avaient déjà été comptabilisés au premier semestre 2025. Pour ADP, la charge avait atteint 131 millions d’euros sur l’exercice 2024. RBC estime que, si le projet était adopté dans sa configuration actuelle, l’impact pourrait représenter environ 3% à 4% du bénéfice par action de Vinci et 7% à 8% de celui d’Eiffage. Ces estimations expliquent notamment pourquoi Eiffage, dont les concessions autoroutières occupent une place importante dans les résultats, a été davantage sanctionné par le marché. La situation d’ADP est différente, une partie de la charge fiscale pouvant éventuellement être répercutée à travers les redevances aéroportuaires, sous réserve du cadre réglementaire applicable.
Le gouvernement défend pour sa part une logique de financement des investissements de transport. À compter de 2028, les recettes doivent notamment alimenter un fonds baptisé "Ambition Transports", intégré au budget de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France. Les ressources devraient participer à la régénération et à la modernisation des réseaux ainsi qu’à leur adaptation au changement climatique. Le sujet dépasse donc la seule fiscalité des autoroutes : il pose la question de la répartition du coût des investissements nécessaires au renouvellement des infrastructures françaises. L’Assemblée nationale rappelait déjà en 2026 que l’AFITF reposait largement sur des recettes prélevées sur les transports carbonés, dont la TEITLD.
Le débat devrait désormais se déplacer au Parlement. Pour les groupes concernés, l’enjeu sera de déterminer le taux effectivement retenu, les modalités de progressivité et les éventuels mécanismes permettant de répercuter une partie de la hausse. Pour l’État, l’objectif est double : dégager de nouvelles ressources tout en renforçant le financement des infrastructures de transport. Pour les investisseurs, l’épisode rappelle surtout la sensibilité particulière des concessions d’autoroutes aux décisions budgétaires. Leur visibilité financière repose sur des contrats de très long terme, mais leur rentabilité peut être rapidement modifiée par une évolution de la fiscalité. La réaction de Vinci, Eiffage et ADP en Bourse montre que le marché a déjà commencé à intégrer ce nouveau risque dans les valorisations.
