Carbios boucle la chaîne du polyester recyclé, du déchet au t-shirt

Au moment où s’ouvraient à Nantes les Assises nationales de l’économie circulaire, placées cette année sous le signe de la souveraineté industrielle, Carbios a annoncé avoir fabriqué des t-shirts en polyester recyclé à partir de déchets textiles et plastiques complexes. Après trois années de travail avec Patagonia, PUMA et Salomon, l’entreprise française affirme avoir validé son procédé sur l’ensemble de la chaîne textile, jusqu’à la confection du vêtement. De quoi nourrir une question plus large : l’Europe peut-elle faire de ses déchets textiles une nouvelle ressource industrielle ?

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By La rédaction Last modified on 5 octobre 2026 10h27
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Carbios boucle la chaîne du polyester recyclé, du déchet au t-shirt - © Economie Matin

Trois années de travail auront été nécessaires pour aller du déchet au vêtement fini. Lancé à l’initiative de Carbios avec Patagonia, PUMA et Salomon, le consortium a réuni plusieurs industriels européens chargés de tester la matière recyclée aux différentes étapes de fabrication d’un textile : production du polyester, filage, tricotage, teinture puis confection.

La difficulté tient d’abord à la composition même des vêtements. Le polyester est du PET, comme celui utilisé dans de nombreux emballages. Mais un textile mêle souvent plusieurs fibres, des colorants, de l’élasthanne ou différents traitements, autant de composants qui rendent plus difficile la récupération du polyester et son retour vers une matière de qualité équivalente.

Le recyclage textile-à-textile reste ainsi très peu développé. Une grande partie du polyester recyclé utilisé par les marques provient en réalité de bouteilles en PET, faute d’une filière suffisamment structurée pour récupérer directement la matière contenue dans les vêtements usagés. Autrement dit, une bouteille peut aujourd’hui devenir un vêtement, sans que ce vêtement puisse ensuite redevenir lui-même une nouvelle fibre textile.

Carbios cherche à s’attaquer précisément à cette difficulté avec son procédé enzymatique, conçu pour traiter une partie de ces flux complexes.

Une tonne de matière testée sur toute la chaîne

Pour cette démonstration, les déchets ont d’abord été décomposés en composants moléculaires, puis repolymérisés au Portugal pour produire plus d’une tonne de PET recyclé de qualité textile. La matière a ensuite été filée en Espagne, puis tricotée, teinte et confectionnée en France, sur des équipements industriels conventionnels.

Selon les résultats communiqués par Carbios, les fibres obtenues présentent des performances mécaniques, une aptitude à la teinture et une solidité des couleurs comparables à celles du polyester vierge.

Pour les marques, cette équivalence constitue une condition importante. Une matière recyclée ne peut réellement entrer dans leurs chaînes d’approvisionnement que si elle répond aux exigences techniques des fabricants et peut être utilisée sans modifier profondément leurs outils de production. Les flux homogènes sont aujourd’hui les plus simples à recycler. Les mélanges de fibres et les textiles contenant de nombreux traitements restent autrement plus difficiles à récupérer.

Carbios présente à ce titre le recyclage enzymatique comme un complément au recyclage mécanique plutôt que comme son substitut. Les deux procédés ne s’adressent pas nécessairement aux mêmes déchets : le premier cherche notamment à récupérer du PET dans des flux dont la composition rend le traitement mécanique plus compliqué.

Reste à bâtir la filière

L’annonce tombe au moment où la question des capacités industrielles de recyclage occupe une large place aux Assises nationales de l’économie circulaire. Le Gouvernement a lancé cette année un Plan plastique destiné à améliorer des performances françaises encore faibles : seuls 26 % des emballages plastiques sont aujourd’hui recyclés en France, selon le ministère de la Transition écologique. Le plan prévoit notamment d’agir sur la collecte, le tri, l’écoconception, la réincorporation de matière recyclée et les capacités industrielles.

Le textile présente une difficulté supplémentaire, une partie de la chaîne reste encore à construire. Collecter davantage de vêtements usagés ne suffit pas s’ils ne peuvent pas ensuite être triés selon leur composition, préparés puis orientés vers des installations capables d’en récupérer la matière dans de bonnes conditions.

La démonstration menée par Carbios et ses partenaires lève un verrou, mais pas les autres. Elle montre qu’un polyester récupéré à partir de déchets complexes peut être utilisé successivement par plusieurs industriels européens sur leurs lignes habituelles. Il reste à organiser autour de ces technologies des volumes suffisants de déchets, des débouchés pour la matière produite et les investissements nécessaires à leur déploiement.

C’est là que le sujet rejoint le thème choisi cette année à Nantes. Faire du déchet une ressource industrielle suppose bien sûr de savoir le recycler mais aussi de disposer, derrière la collecte, des usines et des chaînes d’approvisionnement capables de le faire revenir durablement dans la production. Pour le textile, ce travail ne fait encore que commencer.

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