Le projet de budget 2027 prévoit de doubler la TVA sur Canal+, passant de 10% à 20%. Cette mesure coûterait 200 millions d’euros au groupe pour un gain fiscal de seulement 50 millions pour l’État. Maxime Saada dénonce une décision économiquement absurde qui menacerait les investissements dans le cinéma français et entraînerait une hausse de 10% des abonnements.
Canal+ : pourquoi votre abonnement pourrait augmenter de 10%

Le gouvernement envisage de doubler la TVA sur Canal+, passant de 10 % à 20 %. Cette décision créerait un coût de 200 millions d'euros pour le groupe, tandis que l'État n'en retirerait que 50 millions. Comment expliquer une telle disparité ?
Le projet de loi de finances 2027 entend harmoniser la fiscalité des télévisions payantes avec celle des plateformes de streaming. Maxime Saada, président du directoire de Canal+, critique une mesure qui mettrait en péril l'équilibre financier et les engagements culturels de la chaîne.
Des coûts pour Canal+ bien supérieurs aux gains de l'État
Bercy soutient que cette réforme simplifierait le régime de TVA. Actuellement, Canal+ bénéficie d'un taux réduit de 10 %, similaire à celui des produits culturels comme les livres ou les billets de cinéma, alors que les plateformes comme Netflix et Disney+ sont soumises à un taux de 20 %. Le gouvernement souhaite supprimer cette exception dont Canal+ bénéficie depuis 1984. Pourtant, l'administration fiscale avait validé ce taux réduit moins d'un an plus tôt. Le projet inclut aussi une hausse à 40 % dans les territoires d'Outre-mer, aujourd'hui à 10 %. Saada affirme que Canal+ n'a pas été consulté avant l'annonce.
L'impact financier sur Canal+
Canal+ estime que cette hausse entraînerait un surcoût annuel de 200 millions d'euros, un montant conséquent pour une activité française à peine rentable. Dans un communiqué, la chaîne souligne que les recettes fiscales supplémentaires pour l'État s'élèveraient à moins de 50 millions d'euros, soit un quart de l'impact subi par le groupe. Cela soulève des questions sur la viabilité économique de cette mesure. Pour chaque euro perçu par l'État, Canal+ débourserait quatre euros. Bien que le groupe opère dans 70 pays avec un chiffre d'affaires de 9 milliards d'euros, sa branche française reste fragile. Après avoir redressé ses comptes sous la direction de Vincent Bolloré, le groupe redoute que cette taxe menace sa viabilité en France.
Canal+ a confirmé qu'elle répercutera la hausse de TVA sur ses abonnés, augmentant ainsi les tarifs d'environ 10 %. Un abonnement de 40 euros passerait à 44 euros par mois. Le groupe prévoit une baisse du nombre d'abonnés face à cette hausse. La mise en œuvre de cette augmentation variera selon la date de renouvellement des abonnements. Les nouveaux abonnés et ceux en formule mensuelle verront l'augmentation dès 2027.
Conséquences au-delà de Canal+ : une menace pour le cinéma français
Canal+ a récemment signé un accord pour investir 980 millions d'euros dans le cinéma français et européen entre 2028 et 2032. Maxime Saada avertit que cet investissement pourrait être réduit de moitié, voire plus, si la hausse de TVA était adoptée. Canal+ est le principal financeur du cinéma français, dépassant ses obligations légales, en vertu d'un accord de 1984 liant un taux de TVA réduit à des investissements dans la création audiovisuelle. Treize organisations du cinéma ont alerté Emmanuel Macron sur les conséquences négatives de cette réforme, craignant une baisse drastique des ressources pour la production française.
Les plateformes comme Netflix et Disney+ sont soumises au taux de 20 % sans obligations de financement comparables à celles de Canal+. La chaîne cryptée, avec son modèle mêlant télévision linéaire et VOD et une forte implication culturelle, se voit fragilisée par cette harmonisation fiscale, tandis que les plateformes internationales, essentiellement basées sur du catalogue, ne sont pas soumises aux mêmes exigences.
Les interrogations autour de la réforme fiscale
Maxime Saada décrit la mesure comme « absurde » et économiquement insensée, évoquant une possible motivation politique. Il souligne cependant le manque de dialogue avec le gouvernement, malgré les déclarations d'Emmanuel Macron en faveur de l'exception culturelle française. Cette contradiction semble affaiblir Canal+, un acteur clé du cinéma français, pour un gain fiscal limité. Des observateurs pointent l'incohérence d'une politique qui pourrait nuire à un acteur culturel stratégique pour un faible bénéfice budgétaire.
Bien que l'État espère 50 millions d'euros supplémentaires, la réduction des investissements de Canal+ dans le cinéma pourrait réduire les recettes fiscales issues de la production audiovisuelle. Moins de films produits signifieraient moins d'emplois et de recettes fiscales. Le groupe, employant des milliers de salariés en France, pourrait réduire son activité locale au profit de ses opérations internationales, diminuant ainsi l'assiette fiscale. Le bilan pour les finances publiques pourrait devenir négatif, transformant un gain comptable en perte économique.