Le FMI maintient sa prévision de croissance mondiale à 3,1% pour 2026 malgré la crise énergétique, portée par les investissements massifs dans l’intelligence artificielle. Si la zone euro bénéficie d’une légère révision à la hausse, la France fait exception avec des perspectives dégradées de 0,2 point, ne progressant que de 0,4% cette année. L’institution avertit que les stocks pétroliers s’épuisent et que les marges budgétaires se réduisent dangereusement.
Le FMI enfonce la France : la croissance s’effondre à 0,4% en 2026

Le FMI ajuste ses prévisions : hausse mondiale, baisse pour la France
Depuis Bangkok, le Fonds monétaire international (FMI) a dévoilé son rapport semestriel sur les Perspectives de l'économie mondiale. Bien que les perspectives globales soient meilleures que prévues, la France se distingue en zone euro avec des prévisions revues à la baisse. L'institution dirigée par Kristalina Georgieva maintient une croissance mondiale à 3,1% pour 2026, avec une accélération à 3,4% en 2027.
Cette stabilité masque une réorganisation économique mondiale. Les investissements dans l'intelligence artificielle compensent la crise énergétique due à la guerre au Moyen-Orient. Le détroit d'Ormuz, fermé, ne rouvrirait qu'en mars 2027, avec un retour à la normale en octobre. Néanmoins, l'économie mondiale résiste grâce à un "choc de demande" lié aux technologies émergentes.
Mais cette résilience est limitée. Le rapport met en garde contre les limites de la résilience sans renforcement des capacités d'approvisionnement et des marges budgétaires. Les réserves pétrolières américaines sont au plus bas depuis 1982, malgré une libération record de stocks par l'Agence internationale de l'énergie en mars.
L'intelligence artificielle booste la croissance mondiale
Paradoxalement, l'investissement technologique prospère. Kristalina Georgieva a déclaré que cette accélération permet à l'économie mondiale de croître à environ 3% malgré le choc énergétique.
Les géants de la technologie comptent investir entre 660 et 690 milliards de dollars dans l'IA cette année, profitant aux économies asiatiques, essentielles à la chaîne d'approvisionnement technologique. La directrice du Fonds anticipe que l'IA pourrait augmenter la croissance des économies asiatiques avancées de 0,5 à 1 point de pourcentage, et celle des économies émergentes de 0,2 à 0,8 point.
La Corée du Sud illustre cette dynamique avec une prévision de croissance relevée à 3,3% en 2026, grâce aux exportations de semi-conducteurs. Taïwan pourrait atteindre 10,7% de croissance, stimulée par la demande en puces électroniques. L'IA représente désormais plus d'un dixième du commerce mondial de marchandises, offrant des opportunités d'investissement comparables à celles d'autres régions en développement.
Zone euro : reprise inégale, la France en retrait
La zone euro voit ses perspectives s'améliorer modérément, avec une croissance attendue à 1,1% en 2026, soit 0,2 point de plus que prévu. Ce rebond modeste reflète une adaptation aux prix énergétiques élevés et une confiance des consommateurs fragile. Pour 2027, la croissance devrait se stabiliser à 1,2%.
L'Allemagne affiche une croissance révisée à la hausse à 1,3% pour 2026, grâce à une diversification énergétique et une exposition favorable au cycle technologique. L'Espagne et l'Italie voient également leurs prévisions de croissance s'améliorer.
En revanche, la France accuse une baisse de 0,2 point pour 2026 et 2027, avec seulement 0,4% et 0,7% de croissance respectivement. Selon 20 Minutes, cette contre-performance s'explique par une faible exposition à la chaîne technologique mondiale, des difficultés budgétaires, une incertitude politique liée à l'élection présidentielle à venir, et des coûts énergétiques non compensés.
Inflation et énergie : un mélange explosif
L'inflation mondiale est attendue à 4,7% en 2026, avant de redescendre à 4,1% en 2027. La hausse des prix énergétiques et alimentaires alimente cette dynamique, accentuée par les investissements en IA.
En zone euro, l'inflation devrait atteindre 3,1% en 2026 puis 2,8% en 2027, dépassant la cible de la Banque centrale européenne. Le FMI estime à 35% la probabilité que l'inflation mondiale dépasse 5% en 2027. Les banques centrales doivent jongler entre une politique monétaire restrictive et la préservation d'une croissance fragile.
Kristalina Georgieva a exhorté les gouvernements à la prudence budgétaire, soulignant l'importance de prendre des mesures nécessaires. La dette publique des économies avancées pourrait atteindre 115% du PIB d'ici 2031.
Vulnérabilités et marges de manœuvre réduites
Le rapport du FMI souligne la diminution rapide des capacités d'absorption des chocs. Les stocks pétroliers mondiaux baissent dangereusement, et un accord entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur le diesel russe ne devrait pas avoir d'impact significatif sur les prix.
Les contraintes budgétaires se renforcent, avec des déficits primaires élevés et des taux d'intérêt en hausse. Le FMI recommande un soutien ciblé et temporaire aux ménages face à la hausse des prix de l'énergie et de l'alimentation.
La directrice du Fonds a averti des effets de l'IA sur l'emploi, estimant qu'elle pourrait affecter 40% des emplois mondiaux. Les impacts varieraient selon le niveau de développement économique.
Scénarios de risque et recommandations du FMI
Les risques économiques mondiaux restent orientés à la baisse. Un enlisement au Moyen-Orient pourrait maintenir les prix élevés et volatils, accentuant les pressions inflationnistes et dégradant les soldes budgétaires. Les cyberattaques et événements climatiques extrêmes constituent également des menaces.
Une faible matérialisation des gains de productivité liés à l'IA pourrait entraîner une baisse des actions américaines de 20% et une croissance mondiale inférieure de 1,1% aux estimations d'ici 2028. En revanche, des investissements IA plus persistants, des accords commerciaux et des prix élevés des combustibles fossiles pourraient renforcer la prévisibilité et la résilience économiques, accélérant les investissements en sécurité énergétique.
Le FMI recommande une stratégie sur trois axes : diversification technologique, diversification commerciale, et renforcement des stocks tampons dans les secteurs critiques. La coopération internationale est jugée essentielle pour construire une résilience mondiale.
