Dette : l’Italie va-t-elle connaître le sort de la Grèce ?

L’Italie s’apprête à détrôner la Grèce comme pays le plus endetté de la zone euro, avec une dette atteignant 138,6% du PIB en 2026. Cette évolution, dans un contexte de croissance atone, fait craindre un scénario à la grecque pour la troisième économie européenne.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 27 avril 2026 7h25
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115%La dette de la France a atteint 115% du PIB.

Dette publique : l'Italie détrône la Grèce et devient le pays le plus endetté de la zone euro

Un bouleversement d'ordre géopolitique se dessine au cœur de l'Europe monétaire. L'Italie s'apprête à ravir à la Grèce le triste privilège d'être le pays le plus endetté de la zone euro, avec un ratio dette-PIB atteignant 138,6% contre 137% pour Athènes d'ici fin 2026. Cette inversion des rôles, confirmée par les dernières projections budgétaires italiennes et documentée par BFMTV, marque la fin d'un ordre établi depuis deux décennies où la Grèce occupait invariablement cette position redoutable.

Selon les données du projet de budget italien diffusé cette semaine et corroborées par deux hauts responsables grecs s'exprimant anonymement auprès de Reuters, cette redistribution des cartes reflète deux trajectoires diamétralement opposées. Tandis que la dette hellène poursuit son reflux amorcé après la cataclysme de 2010, l'endettement transalpin s'alourdit inexorablement, bondissant de 137,1% du PIB en 2025 à 138,6% cette année.

La trajectoire alarmante de la dette italienne face à une croissance anémique

Les projections budgétaires italiennes esquissent un horizon particulièrement sombre. Après avoir culminé en 2026, la dette transalpine ne devrait s'infléchir que timidement à 138,5% en 2027, avant d'amorcer un très progressif reflux vers 137,9% en 2028 et 136,3% en 2029. Cette évolution tranche radicalement avec la dynamique grecque, où l'endettement public s'est allégé de plus de 60 points de pourcentage depuis son apogée vertigineux de 209,4% atteint en 2020.

La présidente du Conseil Giorgia Meloni impute régulièrement cette dégradation aux mesures d'incitation publique à la rénovation, héritées des cabinets Giuseppe Conte et Mario Draghi. Ces dispositifs fiscaux, notamment le « superbonus » énergétique, ont considérablement obéré les finances publiques italiennes, créant un déficit structurel préoccupant.

Simultanément, l'économie italienne traverse une phase de croissance particulièrement languissante. Après un rebond post-pandémique prometteur, la péninsule a retrouvé sa position traditionnelle parmi les locomotives européennes les moins performantes. Entre 2023 et 2025, l'Italie a essuyé trois années consécutives d'expansion inférieure à 1%, et ce malgré l'injection massive de fonds européens de relance estimés à 191 milliards d'euros. Cette tendance léthargique devrait perdurer jusqu'en 2029, selon les estimations du Trésor italien, soulevant des questions fondamentales sur la capacité productive du pays.

Le redressement spectaculaire de la Grèce : un modèle de résilience économique

À l'opposé, la Grèce déploie une vitalité économique remarquable qui force l'admiration. L'économie hellène a progressé de plus de 2% annuellement au cours des trois dernières années, surpassant la moyenne européenne grâce à un cercle vertueux combinant investissements privés, demande intérieure soutenue et dynamisme touristique. Cette performance témoigne de la résilience extraordinaire d'un pays qui émerge progressivement de la plus grave crise financière de son histoire contemporaine.

La Grèce, après avoir bénéficié de trois plans de sauvetage totalisant environ 280 milliards d'euros, envisage désormais de rembourser par anticipation des emprunts d'environ 7 milliards d'euros liés à son premier programme d'assistance. Cette capacité de remboursement anticipé illustre spectaculairement le chemin parcouru depuis la décennie noire des années 2010, quand le pays frôlait la banqueroute et la sortie forcée de la zone euro.

Comparaison européenne : où se situent la France, l'Allemagne et l'Espagne ?

Dans ce paysage contrasté de l'endettement européen, les autres grandes économies de la zone euro affichent des niveaux sensiblement différents. La France, confrontée à ses propres turbulences budgétaires amplifiées par les débats sur la vie chère, devrait voir sa dette publique franchir le seuil des 118% du PIB en 2026, soit un niveau préoccupant mais encore distant des sommets italiens et grecs.

L'Allemagne préserve quant à elle une position relativement favorable, même si la locomotive européenne n'échappe pas aux pressions inflationnistes et aux coûts pharaoniques liés à la transition énergétique post-russe. L'Espagne, après avoir traversé ses propres tempêtes financières au début des années 2010, maintient un niveau d'endettement plus maîtrisé que ses voisins méditerranéens.

Cette hiérarchie européenne de l'endettement révèle des disparités structurelles majeures :

  • Italie : 138,6% du PIB en 2026 (pic prévu)
  • Grèce : 137% du PIB en 2026 (en décrue)
  • France : plus de 118% du PIB en 2026
  • Zone euro moyenne : environ 90% du PIB

Les leçons de la crise grecque : quels risques pour l'Italie et la zone euro ?

L'expérience grecque des années 2010-2020 offre un aperçu saisissant de ce qui pourrait attendre l'Italie si la trajectoire actuelle se poursuit.La crise de la dette souveraine grecque avait déclenché une onde de choc dans toute la zone euro, remettant en question la viabilité même de l'union monétaire. Les plans de sauvetage successifs, assortis de conditionnalités drastiques d'austérité, avaient précipité le pays dans une récession dévastatrice et prolongée.

Toutefois, l'Italie présente un profil économique fondamentalement différent. Troisième économie de la zone euro, elle dispose d'un tissu industriel diversifié et d'un secteur manufacturier robuste, particulièrement dans les biens de consommation haut de gamme. Sa capacité d'exportation, notamment dans les secteurs de la mode, de l'automobile et de la mécanique, constitue un atout stratégique face aux défis budgétaires, comme l'illustrent les enjeux de transformation numérique du commerce B2B industriel.

Néanmoins, les risques systémiques demeurent considérables. Une crise de confiance des marchés envers la dette italienne pourrait avoir des répercussions bien plus dévastatrices que celle qui avait frappé la Grèce, compte tenu du poids économique colossal de la péninsule. Comme le souligne Le Figaro, les spreads obligataires, qui mesurent l'écart de rendement avec les titres allemands de référence, constituent des indicateurs cruciaux à surveiller avec la plus grande vigilance.

Les institutions européennes, notamment la Banque centrale européenne, ont tiré les enseignements de la crise grecque en développant des instruments sophistiqués comme le programme d'achat de titres publics et le mécanisme de transmission de la politique monétaire. Ces dispositifs offrent une protection relative contre les attaques spéculatives, mais ne sauraient remplacer une politique budgétaire rigoureuse et soutenable sur le long terme.

Perspectives et enjeux pour l'avenir de la zone euro

L'évolution de la situation italienne pose des questions fondamentales sur l'architecture financière européenne. Les nouvelles règles budgétaires, récemment réformées, visent à concilier discipline fiscale et flexibilité conjoncturelle. Cependant, leur efficacité reste à démontrer face aux défis structurels que représentent le vieillissement démographique accéléré et la transition écologique coûteuse.

Pour l'Italie, le défi consiste à retrouver un sentier de croissance durable tout en maîtrisant sa trajectoire d'endettement. Les investissements du plan de relance européen Next Generation EU, d'un montant de 191 milliards d'euros pour la péninsule, constituent un levier essentiel mais temporaire. Au-delà de 2026, le pays devra compter sur ses propres forces pour inverser cette tendance préoccupante.

La réussite du redressement grec démontre qu'une sortie de crise demeure possible, même après une décennie de turbulences. Néanmoins, cette expérience souligne également le coût social et économique prohibitif d'un tel processus d'ajustement structurel. Pour éviter un scénario similaire, l'Italie dispose encore d'une fenêtre d'opportunité pour réformer en profondeur son économie et assainir ses finances publiques.

L'enjeu transcende largement les frontières italiennes. Dans un contexte géopolitique tendu et face aux défis de la compétitivité mondiale, l'Europe ne peut se permettre une nouvelle crise de la dette souveraine. La stabilité de la zone euro dépend en grande partie de la capacité de ses membres les plus importants à maintenir des trajectoires budgétaires soutenables. Les statistiques européennes montrent que l'enjeu est collectif et nécessite une coordination renforcée des politiques économiques.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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