Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) annonce une première historique : après seize années de recul, l’indice mondial de pauvreté multidimensionnelle progresse. 1,2 milliard de personnes vivent désormais dans une pauvreté aiguë, soit 51,5 millions de plus qu’en 2025. Plus de la moitié sont des enfants, confrontés à la faim, à la déscolarisation et au manque d’accès aux services essentiels.
1,2 milliard de personnes vivent dans la pauvreté

Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et l'Initiative d'Oxford sur la pauvreté et le développement humain (OPHI) ont dévoilé le lundi 12 octobre 2026 un constat inédit : pour la première fois depuis sa création en 2010, l'indice mondial de pauvreté multidimensionnelle a augmenté. Il recense désormais 1,2 milliard de personnes vivant dans une pauvreté aiguë, soit 51,5 millions de plus qu'un an auparavant. Ce retournement, après seize ans de recul, marque un tournant historique pour la communauté internationale.
Alexander de Croo, administrateur du PNUD, a déclaré que cette augmentation devait servir de signal d'alarme pour le monde entier. 1,2 milliard de personnes subissent des privations multiples, telles que la faim chronique, la déscolarisation massive et l'absence d'accès à l'eau potable ou à l'électricité.
Une mesure qui intègre santé, éducation et niveau de vie
Contrairement aux indicateurs basés uniquement sur le revenu, l'indice de pauvreté multidimensionnelle adopte une approche plus globale. Il comprend une dizaine d'indicateurs répartis en trois catégories : santé, éducation et niveau de vie. Sont considérées comme pauvres les personnes privées d'au moins un tiers de ces critères essentiels, tels que le manque de logement adéquat, l'absence de systèmes d'assainissement, de l'électricité, ou l'accès à des combustibles sûrs pour cuisiner, la malnutrition, l'exclusion du système éducatif et l'absence d'eau potable.
Ainsi, une personne peut avoir un revenu supérieur au seuil de pauvreté monétaire tout en étant considérée comme pauvre si elle manque d'eau potable, vit dans un habitat insalubre et ne peut scolariser ses enfants.
617 millions d'enfants concernés
Selon le rapport 2026, plus de la moitié des personnes touchées par la pauvreté multidimensionnelle sont des enfants. D'après le PNUD et l'OPHI, 617 millions d'enfants vivent dans ces conditions extrêmes, soit 51,5 % du total. Privés d'éducation, ils risquent de reproduire le cycle de pauvreté de leurs parents, limitant ainsi leurs perspectives d'emploi qualifié et d'ascension sociale.
La répartition géographique de la pauvreté mondiale met en évidence des inégalités planétaires. L'extrême pauvreté touche principalement les zones rurales, où 83,3 % des personnes pauvres vivent, éloignées des services essentiels et des opportunités économiques. L'Afrique subsaharienne et l'Asie du Sud concentrent la majorité de la pauvreté mondiale. Dans ces régions à forte densité démographique, les infrastructures peinent à suivre la croissance de la population, avec des services publics insuffisants, voire inexistants.
33 pays ont réduit leur taux de pauvreté
Malgré ce sombre tableau, 33 pays ont réussi à réduire de moitié la proportion de leur population vivant dans la pauvreté multidimensionnelle au cours des quinze dernières années. Parmi eux, six pays d'Afrique subsaharienne : les Comores, le Congo, le Kenya, le Lesotho, São Tomé-et-Príncipe et l'Eswatini.
L'exemple de l'Eswatini montre qu'une transformation rapide est possible. En quinze ans, la part de sa population vivant dans la pauvreté multidimensionnelle est passée de 38,7 % à 8 %, grâce à d'importants investissements dans l'éducation, la santé et les infrastructures de base.
Les progrès les plus notables ont été réalisés en Asie, notamment en Chine et au Vietnam. Leur développement économique rapide, soutenu par l'industrialisation et l'urbanisation, a permis de sortir des millions de personnes de la pauvreté. La Chine a réduit son taux de pauvreté extrême de plus de 88 % en 1981 à moins de 1 % aujourd'hui, bien que la mesure multidimensionnelle nuance ce tableau.
La précarité alimentaire en France
La pauvreté ne se limite pas aux pays en développement. En France métropolitaine, 7 millions d'adultes souffrent de précarité alimentaire, soit 13 % de la population adulte, selon un rapport d'octobre 2026 d'Action contre la faim. Chez les 18-24 ans, cette proportion grimpe à 25 %, révélant une précarité alimentaire croissante chez les jeunes.
Ce phénomène touche non seulement les étudiants, mais aussi les jeunes actifs et ceux en quête d'un emploi stable. Dans un pays riche comme la France, ces chiffres illustrent la persistance de poches de pauvreté significatives, exacerbées par le chômage des jeunes, la précarisation de l'emploi et l'insuffisance des revenus face au coût de la vie.
Des politiques publiques ambitieuses pour briser le cycle
Face à ces défis, Alexander de Croo se montre optimiste : « Il est possible de changer la situation. Les pays qui ont relevé ces défis ensemble ont prouvé que des actions résolues peuvent porter leurs fruits. » Il souligne l'importance de la collaboration dans la lutte contre la pauvreté.
Les exemples de réussite démontrent que des politiques publiques ambitieuses produisent des résultats concrets. Investissements dans l'éducation universelle, développement des infrastructures sanitaires, électrification rurale, programmes d'accès à l'eau potable et systèmes de protection sociale sont autant de leviers qui, actionnés simultanément et durablement, permettent de rompre le cycle de la pauvreté.
Un contexte mondial tendu
L'augmentation de la pauvreté multidimensionnelle intervient dans un contexte mondial tendu. Les crises sanitaires, climatiques et géopolitiques récentes ont fragilisé les économies les plus vulnérables. Les perturbations des chaînes d'approvisionnement, l'inflation des prix alimentaires et de l'énergie pèsent lourdement sur les populations les plus pauvres.
Parallèlement, les inégalités de richesse atteignent des niveaux records. Une étude de juin 2026 par Capgemini révèle que près de 25 millions de personnes possèdent un patrimoine totalisant 98 300 milliards de dollars, un sommet depuis 2018. Le contraste entre l'accumulation de richesses et la progression de la pauvreté soulève des questions fondamentales sur les modèles de développement et de redistribution.
Les objectifs de développement durable des Nations Unies, qui visaient à éradiquer l'extrême pauvreté d'ici 2030, semblent désormais hors de portée sans un effort collectif majeur. Le premier retournement de l'indice depuis seize ans envoie un signal d'alarme que la communauté internationale ne peut ignorer.
