Plus de 50.000 entreprises en difficulté en France depuis début 2026

Le nombre de défaillances d’entreprises semble enfin ralentir en France. Avec 14.652 procédures collectives ouvertes au troisième trimestre 2026, la hausse annuelle se limite à 0,5%. Un répit encore fragile : depuis janvier 2026, 52.700 entreprises ont été concernées par une procédure. Derrière cette accalmie apparente, les petites structures, les commerces de proximité et la restauration restent particulièrement exposés. Et les perspectives demeurent préoccupantes.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 14 octobre 2026 8h02
Plus de 50.000 entreprises en difficulté en France depuis début 2026
Plus de 50.000 entreprises en difficulté en France depuis début 2026 - © Economie Matin
50.510D'après les données d'Altares, 50.510 postes sont menacés par les procédures ouvertes au troisième trimestre 2026.

Défaillances d'entreprises : un ralentissement sur fond de record historique

Publié le 13 octobre 2026, le dernier bilan du cabinet Altares consacré aux défaillances et sauvegardes d'entreprises fait apparaître une inflexion notable. Après plusieurs années d'accélération, le nombre de procédures collectives se stabilise presque entre juillet et septembre 2026. Un changement de rythme qui contraste avec la multiplication des difficultés observées depuis la sortie de la crise sanitaire.

Pour autant, la situation financière du tissu entrepreneurial français demeure préoccupante. Sur douze mois glissants, près de 72.000 entreprises ont fait défaut, un niveau inédit. La progression ralentit, mais les défaillances restent massives. Surtout, cette stabilisation nationale masque des situations très différentes selon la taille des entreprises, leur ancienneté, leur activité et leur implantation géographique.

Le troisième trimestre 2026 confirme un changement de tendance. Entre le 1er juillet et le 30 septembre, Altares recense 14.652 ouvertures de procédures collectives, contre 14.583 un an auparavant. La progression annuelle atteint ainsi seulement 0,5%, la plus faible depuis la fin de la période Covid.

Cette évolution tranche avec les années précédentes. D'après les données d'Altares, les hausses avaient atteint des rythmes de 30% à 40% en 2022 et 2023, avant de ralentir autour de 15% en 2024. Depuis 2025, les augmentations trimestrielles avoisinaient plutôt 4%. Le dernier bilan marque donc une rupture avec cette dynamique, sans pour autant signaler une véritable décrue du nombre d'entreprises défaillantes.

Septembre 2026 rappelle d'ailleurs la gravité de la situation. À lui seul, il concentre environ 7.100 défaillances, un nouveau record mensuel. La rentrée demeure ainsi une période particulièrement difficile pour les entreprises, malgré une évolution trimestrielle globalement contenue.

Sur les neuf premiers mois de l'année, le cabinet Altares comptabilise déjà 52.700 entreprises défaillantes. Et la pression pourrait se prolonger : les auteurs de l'étude redoutent encore près de 19.000 procédures supplémentaires au cours du dernier trimestre 2026. Il s'agit toutefois d'une projection et non d'un résultat acquis. « Le pic des défaillances est peut-être derrière, mais pas celui de la fragilité financière des entreprises », prévient Thierry Millon, directeur des études d'Altares.

Entreprises en difficulté : Altares observe une évolution des procédures

Au-delà du volume global, la nature des procédures judiciaires constitue un indicateur important. Le troisième trimestre 2026 se caractérise par un léger recul des liquidations directes, tandis que les redressements judiciaires continuent de progresser. Ce mouvement suggère une évolution des possibilités de traitement des difficultés, sans garantir pour autant le sauvetage des entreprises concernées.

Altares dénombre 9.744 liquidations judiciaires directes, en baisse de 1,2% sur un an. Elles représentent désormais 66,5% des procédures ouvertes. À l'inverse, les redressements judiciaires progressent de 4,2%, avec 4.576 dossiers, soit 31,2% de l'ensemble. Les procédures de sauvegarde restent minoritaires : 332 ouvertures, représentant 2,3% des jugements.

Ce rééquilibrage est notable. Une liquidation judiciaire directe conduit généralement à la disparition de l'activité, alors qu'un redressement vise à rechercher les conditions de sa poursuite lorsque celle-ci demeure envisageable. La sauvegarde intervient quant à elle dans une logique préventive, avant que l'entreprise ne soit en cessation des paiements. Une proportion plus importante de redressements peut donc offrir davantage de possibilités de restructuration, même si l'issue des procédures reste incertaine.

Défaillances d'entreprises : 50.500 emplois menacés au troisième trimestre 2026

L'incidence sur l'emploi demeure considérable. D'après les données d'Altares, 50.510 postes sont menacés par les procédures ouvertes au troisième trimestre 2026, contre 52.000 un an plus tôt. Le recul atteint ainsi près de 3%. Il ne s'agit pas d'emplois déjà supprimés, mais de postes potentiellement affectés par les difficultés des entreprises.

Cette exposition est particulièrement sensible dans les sociétés employant des effectifs importants. Le cabinet identifie 48 entreprises d'au moins 100 salariés placées sous procédure collective pendant le trimestre. Elles concentrent près de 10.000 emplois menacés, soit environ un cinquième du total. Leur nombre reste limité, mais leurs difficultés peuvent avoir des conséquences sociales beaucoup plus étendues que celles des petites structures.

Les très petites entreprises représentent les trois quarts des défaillances

Toutefois, les entreprises les plus modestes demeurent les premières concernées. Selon Altares, celles de moins de trois salariés totalisent 10.960 procédures, en hausse de 2,9% sur un an. Elles représentent environ les trois quarts des défaillances. La sinistralité se concentre ainsi sur des structures disposant généralement de moyens financiers plus réduits.

L'âge des entreprises constitue un autre facteur de vulnérabilité. Le bilan recense 2.148 procédures pour les structures de moins de trois ans, en progression de 2,7%. Les sociétés âgées de trois à cinq ans enregistrent, elles, 4.046 défaillances, soit une augmentation de 3%. Ensemble, ces jeunes entreprises concentrent 42% des jugements prononcés sur la période.

Les structures plus anciennes résistent relativement mieux, même si elles ne sont pas épargnées. Les entreprises âgées de six à dix ans connaissent une baisse de 2,7% des procédures, tandis que celles de onze à quinze ans enregistrent un recul de 1,4%. L'ancienneté ne constitue donc pas une protection absolue, mais elle peut s'accompagner de ressources et de possibilités de restructuration plus importantes.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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