Le gaz naturel européen a franchi mardi 13 octobre 2026 la barre des 87 euros le mégawattheure, un record depuis décembre 2022. Alimentée par les perturbations au Moyen-Orient et des stocks historiquement bas, cette flambée menace directement le portefeuille des ménages et la compétitivité des entreprises à l’aube de l’hiver.
Le prix du gaz européen au plus haut depuis 2022

Le prix du gaz naturel européen a atteint un sommet mardi 13 octobre 2026, culminant à 87,43 euros le mégawattheure, un record depuis décembre 2022. Cette augmentation, accentuée par les perturbations au Moyen-Orient, constitue un défi économique majeur pour les ménages et les entreprises à l'approche de l'hiver.
Des prix inédits depuis quatre ans
Le mardi 13 octobre, le contrat à terme du TTF néerlandais, indicateur principal du marché gazier européen, a progressé de 2,91% pour atteindre 86,80 euros le mégawattheure en fin de journée. Il a même atteint un pic à 87,43 euros, un niveau inégalé depuis la crise énergétique de décembre 2022. Ce seuil franchi témoigne de l'impact de la guerre au Moyen-Orient, qui perturbe désormais l'approvisionnement en gaz en plus du pétrole. Les traders surveillent attentivement les mouvements des méthaniers en provenance du golfe Persique, les retards se répercutant immédiatement sur les prix.
Depuis début octobre, les prix du gaz ont augmenté de 18%, illustrant l'inquiétude des acheteurs européens. Les analystes d'ING soulignent que le marché s'attend à un hiver avec peu de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du golfe Persique. L'arrivée d'une vague de froid prévue accentue encore la nervosité, les opérateurs anticipant une concurrence accrue avec l'Asie pour garantir les cargaisons disponibles.
Conséquences pour les ménages et les entreprises
Pour les ménages français, la hausse du gaz se traduira par une augmentation des factures de chauffage. Bien que les tarifs réglementés soient contrôlés par l'État, les contrats indexés sur le marché de gros subiront cette augmentation. Un ménage consommant 12 000 kWh par an pourrait voir sa facture annuelle augmenter de plusieurs centaines d'euros. Les entreprises, quant à elles, ne bénéficient pas d'un tel bouclier tarifaire. Les secteurs énergivores comme les industries chimiques et agroalimentaires voient leurs marges se réduire et certains envisagent de ralentir leur production si les prix dépassent 80 euros.
Le prix du gaz impacte également le marché de l'électricité. Les centrales à gaz, essentielles pendant les pics de consommation hivernale, influencent le prix de l'électricité sur le marché de gros. Ainsi, la hausse du gaz se répercute sur les tarifs électriques. Cette dépendance aux hydrocarbures importés contribue à l'inflation énergétique, surveillée de près par la Banque centrale européenne. Les instituts de statistiques prévoient que l'inflation globale pourrait augmenter de 0,3 à 0,5 point si les prix actuels persistent jusqu'en mars 2027.
Le rôle du Moyen-Orient dans la crise énergétique
La guerre au Moyen-Orient a perturbé la production et les exportations de GNL du Qatar, troisième producteur mondial. Adam Turnquist, analyste chez LPL Financial, remarque que bien que le trafic de GNL montre des signes d'amélioration, les flux restent inférieurs aux niveaux d'avant-guerre, et le retour à la normale est incertain. Les attaques iraniennes contre les pétroliers dans le Golfe, intensifiées récemment selon Robert Yawger de Mizuho USA, aggravent la situation. La concurrence entre l'Europe et l'Asie pour le GNL s'intensifie, augmentant la pression sur chaque cargaison.
À l'approche de l'hiver, les stocks européens de gaz sont à 73,75%, en baisse par rapport à 83% l'année précédente et 89% en moyenne sur cinq ans. L'Allemagne, la première économie européenne, affiche un taux de remplissage particulièrement bas à 59,96%. Malgré les efforts pour une transition énergétique, l'Europe reste dépendante du gaz pour passer l'hiver. Les gouvernements appellent à une sobriété énergétique accrue, mais les options se réduisent. En cas de vague de froid prolongée en janvier ou février, le continent pourrait faire face à des tensions d'approvisionnement, avec des risques de coupures ciblées pour les gros consommateurs industriels. Les semaines à venir seront cruciales pour tester la résilience du système énergétique européen face à ce choc d'offre sans précédent depuis 2022.
