L’Observatoire IESF alerte sur un déficit critique : 236 599 ingénieurs français (23% de la profession) partiront à la retraite d’ici 2040, tandis que seulement 50 045 diplômés sortent annuellement des écoles. L’industrie n’attire plus que 30% des jeunes contre 42% auparavant, et 145 000 ingénieurs exercent déjà à l’étranger pour des salaires supérieurs.
Ingénieurs : la France pourrait manquer de 186 000 talents d’ici 2040

Selon l'Observatoire IESF, 236 599 ingénieurs français, représentant 23% de la profession, seront en âge de prendre leur retraite dans les dix prochaines années. Cette vague de départs intervient dans un contexte de baisse des vocations industrielles et d'exode de talents vers l'étranger, menaçant la compétitivité économique du pays. La 37ème enquête annuelle de l'Observatoire des Ingénieurs et Scientifiques de France, publiée le 9 octobre 2026, souligne l'urgence de la situation.
Un risque majeur : 236 599 ingénieurs seniors s'approchent de la retraite
Parmi les 1 028 700 ingénieurs actifs de moins de 65 ans en France, près d'un quart atteindra l'âge de la retraite d'ici quinze ans. Les secteurs les plus touchés affichent des taux de vieillissement préoccupants : 39% des professionnels dans les télécommunications ont entre 50 et 64 ans, contre 24% dans l'industrie. Marie-Liesse Bizard, présidente de l'Observatoire IESF, alerte : « Cette édition révèle une période cruciale pour les ingénieurs et scientifiques. Bien que nous ayons encore un solde positif de nouveaux ingénieurs, le vieillissement et le manque de transmission des compétences sont des signaux à prendre au sérieux. »
Un déficit de remplacement préoccupant
Les écoles d'ingénieurs françaises ont formé 50 045 nouveaux diplômés en 2025, un chiffre insuffisant face aux 236 599 départs prévus, soit un ratio de 1 diplômé pour 4,7 départs. En quinze ans, la France produira environ 750 000 ingénieurs alors que 236 599 partiront. Ce calcul ne tient pas compte de l'expatriation, des reconversions et de la désaffection pour l'industrie. Si ces tendances persistent, le déficit pourrait atteindre 186 000 ingénieurs qualifiés.
L'industrie française peine à attirer les jeunes diplômés
Les deux dernières promotions de diplômés ne comptent que 30% de nouveaux entrants dans l'industrie, contre 42% pour l'ensemble des ingénieurs en activité, révélant un déclin structurel. En 2025, seuls 15 013 des 50 045 diplômés ont choisi le secteur industriel. La majorité se tourne vers les services informatiques, le conseil et la finance. Malgré les investissements considérables des grands groupes industriels comme Renault, séduire les jeunes talents reste un défi, face à l'attrait des startups technologiques et des cabinets de conseil.
L'exode des ingénieurs et ses impacts économiques
Environ 145 000 ingénieurs français travaillent à l'étranger, et 76% d'entre eux reçoivent un salaire supérieur à ce qu'ils gagneraient en France. En 2025, le salaire brut médian des ingénieurs en France est de 67 800 euros, comparé aux 55 000 euros des cadres du secteur privé. Les expatriés en Suisse, aux États-Unis ou en Allemagne gagnent 30% à 60% de plus. Le déficit de capacité opérationnelle s'aggrave avec le départ des meilleurs talents.
Recrutements en hausse : un signe durable ou un simple rattrapage ?
En 2025, les recrutements d'ingénieurs ont bondi de 11,2%, atteignant 138 700 embauches. L'industrie a recruté 45 800 professionnels, tandis que les services informatiques et le conseil technologique dominent les signatures de contrats. Cependant, les analystes se demandent si cette hausse marque une reprise durable ou un simple rattrapage. Les prévisions pour 2026 restent prudentes, bien que 50% des ingénieurs espèrent une augmentation de leur rémunération. L'Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes concentrent 54% des recrutements.
Les télécommunications en difficulté face au vieillissement de leurs effectifs
Le secteur des télécommunications présente un taux de vieillissement inquiétant, avec 39% de ses professionnels âgés de 50 à 64 ans, bien au-dessus des 24% de l'industrie manufacturière. Les opérateurs peinent à renouveler leurs équipes dans un contexte de transformation numérique et de déploiement de la 5G. Malgré un taux de vieillissement plus favorable, l'industrie souffre également de désaffection des jeunes. Seuls 25% des ingénieurs seniors préparent activement leur succession, alors que 60% indiquent que leur entreprise le permettrait. Le manque de transmission des compétences techniques menace la productivité et l'innovation. Marie-Liesse Bizard souligne l'importance de mieux faire connaître les opportunités de la profession, qui offre de nombreux débouchés et un niveau de satisfaction élevé. Sans action rapide, la France pourrait perdre un avantage compétitif majeur.