Alors qu’Eli Lilly attend l’autorisation FDA pour 2027, le rétatrutide génère déjà des millions d’euros de chiffre d’affaires illégal via des laboratoires chinois et des influenceurs TikTok. Ce marché noir capte la demande insatisfaite, échappe à la fiscalité et fragilise la future commercialisation légale du médicament anti-obésité le plus prometteur du moment.
Rétatrutide : ce médicament interdit génère déjà un trafic de plusieurs millions

Alors qu'Eli Lilly attend l'aval de la FDA pour lancer son rétatrutide début 2027, des laboratoires chinois engrangent déjà des millions en vendant illégalement ce peptide sur TikTok et WhatsApp. Surnommé le "King Kong" de l'anti-obésité, ce peptide promet une perte de poids de 28,3 % en 80 semaines. Ce commerce illégal prospère avant même l'autorisation officielle du médicament.
Une offre illégale face à l'absence de marché légal
Le rétatrutide n'a pas encore reçu d'autorisation de commercialisation. Eli Lilly prévoit de solliciter la FDA au premier trimestre 2027, avec une commercialisation prévue aux États-Unis fin 2027 et en Europe courant 2028. Malgré cela, la molécule est déjà largement diffusée en ligne, vendue entre 80 et 350 dollars selon les plateformes. En France, le revendeur Azentra proposait des stylos injecteurs à 299 euros avant d'être sanctionné par l'ANSM en juillet dernier.
Le choix de l'illégalité : un calcul risque-récompense
Depuis 2023, une pénurie de traitements amaigrissants aux États-Unis a favorisé l'émergence de ce marché parallèle. Frustrés par l'absence d'offre légale, de nombreux consommateurs minimisent les risques sanitaires face à la promesse de pertes de poids spectaculaires. Cependant, l'ANSM rappelle que les risques incluent des infections, des atteintes hépatiques et des réactions allergiques sévères. Une étude observationnelle d'août 2026 montre que les utilisateurs de rétatrutide acheté en ligne perdent seulement 7,2 % de leur poids en un an, contre 15,5 % en essai clinique contrôlé.
Laboratoires chinois : une chaîne d'approvisionnement illicite
Les laboratoires chinois, autorisés à produire le rétatrutide pour la recherche, ont rapidement perçu son potentiel commercial. Ils le vendent via des influenceurs fitness, comme Jon Kluth et Dawson Weiss, qui redirigent leurs abonnés vers des boutiques en ligne. "Imaginez pouvoir manger toute la nourriture que vous aimez sans répercussions", promet Dawson Weiss à ses 220 000 abonnés. Ce circuit fonctionne : production en Chine, promotion par influenceurs, vente sur WhatsApp ou sites marchands, livraison discrète à l'international.
L'économie clandestine du rétatrutide : enjeux et chiffres
Le marché noir du rétatrutide représente une perte importante pour l'industrie pharmaceutique légitime. Chaque dose vendue entre 80 et 350 dollars échappe à Eli Lilly, qui a investi massivement dans le développement et les essais cliniques. Les prix pratiqués illégalement sont attractifs comparés aux 1 000-1 500 dollars mensuels attendus pour les traitements légaux aux États-Unis. Les intermédiaires captent des marges substantielles sans les coûts réglementaires, de recherche ou de responsabilité civile.
Pertes fiscales pour l'État français
L'État français perd sur deux fronts : aucune TVA n'est perçue sur ces transactions illégales et les importations échappent aux droits de douane. L'ANSM a pris des mesures contre Azentra et FastPen 40 mg, mais les saisies restent limitées face aux nombreux colis individuels venant d'Asie. Les autorités sanitaires peinent à surveiller les plateformes numériques et messageries cryptées utilisées par les vendeurs.
Influenceurs et revendeurs : des marges lucratives
Les influenceurs touchent des commissions allant de 10 % à 30 % sur chaque vente générée par leurs liens d'affiliation. Pour un produit vendu 300 euros, ils gagnent 30 à 90 euros par transaction, sans investissement ni risque juridique apparent. Les revendeurs appliquent des marges de 3 à 5 fois le prix d'achat auprès des laboratoires chinois, opérant dans une logique purement commerciale sans souci pour la sécurité des consommateurs ni respect de la propriété intellectuelle.
Quand le rétatrutide sera-t-il autorisé ?
Le calendrier d'Eli Lilly pose des questions : pourquoi attendre 2027 pour solliciter la FDA alors que les résultats de phase 3 sont disponibles depuis mai 2025 ? Chaque mois de retard renforce le marché noir, fidélise les consommateurs et crée des habitudes d'achat hors circuit légal. Eli Lilly perd des parts de marché et doit faire face à une concurrence déloyale qui compliquera sa future commercialisation.
Impact du calendrier FDA 2027 sur la compétitivité
Si la FDA accorde son autorisation mi-2027, Eli Lilly pourra lancer le rétatrutide aux États-Unis fin 2027. L'Europe devra attendre 2028, laissant un créneau pour les ventes illégales. Le rétatrutide cible trois récepteurs hormonaux (GLP-1, GIP, glucagon) contre deux pour Mounjaro et un pour Wegovy, justifiant un prix premium. Toutefois, les consommateurs habitués aux prix du marché noir accepteront-ils de payer trois à cinq fois plus cher pour un produit légal ? Eli Lilly devra reconquérir un marché capté par des acteurs illégaux depuis deux ans.
Le cas du rétatrutide met en lumière une faille dans le modèle économique pharmaceutique : entre l'innovation scientifique et sa mise sur le marché, un vide réglementaire de plusieurs années permet à une économie souterraine de prospérer, captant la demande, échappant à l'impôt et menaçant la santé publique. Tant que l'autorisation de mise sur le marché nécessitera plusieurs années après les essais cliniques, ce schéma se répétera pour chaque molécule prometteuse.
