Tirer parti des partenariats et collaborations de recherche pour lutter contre le cancer en Europe

Partout en Europe, les chercheurs en cancérologie collaborent plus étroitement que jamais, grâce à la plateforme canSERV financée par l’Union européenne (UE), qui relie les scientifiques aux services et infrastructures de recherche afin d’accélérer les découvertes et d’améliorer les soins prodigués aux patients.

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
By Horizon Published on 29 mars 2026 10h00
Cancer du poumon : une étude révèle un accélérateur inattendu lié à l’alimentation
Tirer parti des partenariats et collaborations de recherche pour lutter contre le cancer en Europe - © Economie Matin
3,2%L'alcool est responsable de 3,2% des cancers évitables.

Pavla Bouchalová, chercheuse en cancérologie au sein du département de biochimie de l’université Masaryk de Brno, en République tchèque, répond à des questions complexes sur le comportement des tumeurs colorectales qui nécessite l’accès à des données, à des échantillons et à des outils d’analyse qu’un laboratoire à lui tout seul ne peut maîtriser.

Grâce à une initiative financée par l’UE appelée «canSERV», l’équipe de Pavla Bouchalová a eu accès à des échantillons de tissus de cancers colorectaux et à des services de dépistage supplémentaires qui ont fait progresser ses recherches.

«Sans canSERV, nous n’aurions pas été en mesure d’effectuer le séquençage de l’ADN, le séquençage de l’ARN, ou l’analyse assistée par l’intelligence artificielle (IA) sur laquelle nous travaillons avec les Pays-Bas», a déclaré Pavla Bouchalová. Son équipe évalue actuellement les données avant d’en préparer la publication.

Son expérience témoigne d’un défi – et d’une occasion – plus large pour la recherche sur le cancer en Europe.

Un besoin croissant de collaboration

Chaque année, un cancer est diagnostiqué chez quelque 2,7 millions de personnes en Europe, et ce chiffre devrait dépasser les 3,2 millions d’ici à 2040. Étant donné que la population vieillit et que les risques liés à son mode de vie persistent, il est urgent d’améliorer la prévention, les traitements et les soins.

En réaction, la recherche sur le cancer en Europe évolue rapidement, grâce à des innovations telles que les traitements anticancéreux fondés sur l’ARN qui ciblent des cellules cancéreuses spécifiques, et à des avancées dans le domaine de la médecine personnalisée qui promettent de meilleurs résultats.

Pourtant, le paysage de la recherche en oncologie reste fragmenté. Les scientifiques travaillent souvent au sein de réseaux distincts, avec un accès limité à des installations ou des données partagées, ce qui peut ralentir les progrès et limiter les collaborations.

C’est pour aider à surmonter cette fragmentation, que canSERV a été créé en 2022. Cette initiative a vocation à mettre en relation des chercheurs et des services de recherche en cancérologie de neuf pays de l’UE, et du Royaume-Uni, rassemblant des connaissances, des technologies et une expertise qui pourraient sinon rester dispersées.

Mise en relation des chercheurs et des ressources

Grâce à canSERV, les chercheurs peuvent accéder à un large éventail de services avancés fournis par des institutions partenaires dans toute l’Europe. Cette plateforme sert de point d’entrée unique qui propose des outils, des technologies et des données provenant d’infrastructures de recherche de différents pays, aidant ainsi les scientifiques à mener des études plus ambitieuses et à accélérer les découvertes.

«C’est un centre *virtuel de recherche sur le cancer à l’échelle européenne, où vous pouvez choisir ce dont vous avez besoin pour votre projet», a déclaré le professeur Jens Habermann, directeur général de l’ERIC-BBMRI, l’infrastructure paneuropéenne qui relie les biobanques et les ressources biomoléculaires et dirige la collaboration canSERV.

«L’idée était de défragmenter le paysage européen de la recherche sur le cancer», a déclaré le professeur Habermann.

De la recherche universitaire à l’innovation biotechnologique

Les services de canSERV sont utilisés non seulement par des équipes universitaires, mais également par des entreprises européennes de biotechnologie travaillant sur de nouvelles thérapies, telles qu’Aptadel Therapeutics, entreprise de biotechnologie basée à Barcelone, qui met au point des traitements anticancéreux à base d’ARN conçus pour cibler les cellules tumorales plus précisément que les approches traditionnelles.

Grâce à canSERV, les chercheurs d’Aptadel ont acquis de nouvelles connaissances sur la manière dont des médicaments spécifiques affectent les cellules tumorales au niveau moléculaire.

Ils savaient que la cellule tumorale pouvait être tuée en interférant avec des voies oncogéniques connues. «Mais nous n’avions pas le détail, au niveau des molécules, de la manière dont cela se passait», a déclaré Adrian Torres, directeur scientifique d’Aptadel.

Avec le soutien de partenaires canSERV en République tchèque, en Italie et en Allemagne, l’entreprise a accédé à des analyses multiomiques, rassemblant des données génomiques et protéiques afin de montrer comment les gènes et les protéines des cellules cancéreuses réagissent au traitement dans le temps.

«Ces services nous ont permis d’avoir une idée de ce à quoi ressemble la cellule cancéreuse à différents moments, au cours de nos traitements médicamenteux, tous gènes et protéines confondus», a expliqué Adrian Torres.

«Le moyen le plus efficace pour nous d’obtenir ces vastes ensembles de données était de collaborer avec des groupes d’experts qui ont cette capacité.»

Les résultats aident l’équipe à affiner des traitements qui pourraient être moins toxiques et plus efficaces que la chimiothérapie. Aptadel prévoit également de partager plus largement les données afin de soutenir davantage aux travaux de recherche sur le cancer.

Construire des infrastructures partagées

Pour Jens Habermann, ces exemples – allant des laboratoires universitaires aux entreprises de biotechnologie – illustrent précisément ce pour quoi canSERV a été conçue.

«La réduction de la fragmentation est importante non seulement pour les chercheurs, mais également pour la société européenne dans son ensemble», a-t-il déclaré. Si certaines régions ont réalisé des progrès considérables en matière de médecine personnalisée, d’autres peinent encore à rattraper leur retard. La généralisation des services de recherche contribue à combler cette lacune.

Cette plateforme a également été conçue pour être facile à utiliser par les équipes de recherche.

«Nous avons discuté avec les partenaires de la meilleure approche scientifique, préparé les échantillons avant de les envoyer aux installations scientifiques, où les partenaires les ont traités et produit les données», a indiqué Adrian Torres.

Jens Habermann compare canSERV aux infrastructures de transport partagées. «Si chaque compagnie aérienne avait besoin de son propre aéroport, ça ne marcherait pas. Parfois, l’aéroport n’est pas là, de sorte que canSERV construit l’infrastructure – ou l’aéroport – spécifiquement pour la recherche sur le cancer.»

Encourager les collaborations

Plus de 150 chercheurs de 25 pays ont déjà eu recours à canSERV, et les organisateurs espèrent maintenir ses services au-delà de la date de fin prévue, en août 2026.

Les liens établis dans le cadre du projet jettent déjà les bases de nouveaux partenariats au sein de la communauté européenne de la recherche sur le cancer.

«Le programme canSERV nous a permis d’évaluer de manière beaucoup plus approfondie des aspects clés liés à la science plus fondamentale du fonctionnement de nos composés», a déclaré Adrian Torres. «Nous produisons de nouvelles données et avons bien l’intention de les mettre à disposition, non seulement à notre disposition, mais également à la disposition de l’ensemble de la communauté scientifique.»

En rendant les infrastructures de recherche de pointe accessibles par-delà les frontières, canSERV aide les scientifiques européens à collaborer plus efficacement – et à se rapprocher un peu plus de l’objectif commun de meilleurs traitements contre le cancer.

Les travaux de recherche évoqués dans cet article ont été financés par le programme Horizon de l’Union européenne. Les points de vue des personnes interrogées ne reflètent pas nécessairement ceux de la Commission européenne.

Cet article a été initialement publié dans Horizon, le magazine de la recherche et de l’innovation de l’Union européenne (en anglais).

Pour en savoir plus:

Cropped Favicon Economi Matin.jpg

Horizon, le magazine de l’UE dédié à la recherche et à l’innovation.

No comment on «Tirer parti des partenariats et collaborations de recherche pour lutter contre le cancer en Europe»

Leave a comment

* Required fields