Jean-Luc Mélenchon dévoile un programme automobile de 4,5 milliards d’euros pour la présidentielle de 2027, promettant un leasing social généralisé et des voitures électriques à 10 000 euros. Entre ambitions budgétaires et imprécisions industrielles, les économistes interrogent la viabilité de ce plan face à la compétitivité chinoise et aux contraintes de production françaises.
Jean-Luc Mélenchon dégaine ses propositions pour l’automobile

Jean-Luc Mélenchon présente un programme ambitieux pour l'élection présidentielle de 2027, prévoyant 4,5 milliards d'euros d'investissements publics pour populariser le leasing social et produire des véhicules électriques à partir de 10 000 euros. Cependant, des incertitudes budgétaires et industrielles suscitent des questions parmi les experts économiques.
Un investissement public colossal : d'où vient l'argent ?
La France Insoumise prévoit que l'État acquière 300 000 véhicules électriques par an à 15 000 euros l'unité, selon Le Figaro. Cela mobiliserait le pôle public bancaire pour créer un parc destiné au leasing social. Manuel Bompard, lors du Mondial de l'automobile, a souligné l'autonomie française dans cette transition, sans mentionner l'échelon européen.
En plus de ces 4,5 milliards, 1,4 milliard d'euros annuels seraient alloués aux gigafactories de batteries, renforçant la production locale face aux importations chinoises. Toutefois, le programme manque de détails sur le remboursement des véhicules loués et les taux d'intérêt des contrats de leasing, une lacune que les économistes considèrent comme un point faible majeur.
La voiture électrique à 10 000 euros : la proposition phare de Jean-Luc Mélenchon
Produire une voiture électrique à 10 000 euros relève d'un défi technologique et financier. Les batteries lithium-ion représentent 40 % du coût total d'un véhicule électrique. Même avec d'importantes subventions publiques, ce prix nécessiterait des avancées technologiques ou des compromis sur la qualité, l'autonomie ou la sécurité.
La France Insoumise estime que la compétitivité entre la France, l'Europe de l'Est et la Chine est exagérée par les constructeurs. Toutefois, avec des pertes de 22,3 milliards d'euros enregistrées par Stellantis l'an dernier, la concurrence asiatique reste féroce. Selon les analystes financiers, un véhicule électrique européen coûte en moyenne 25 000 euros à produire, soit 2,5 fois le prix visé par LFI.
Le pari contre les constructeurs français et la compétitivité chinoise
Le programme de LFI alterne entre protectionnisme et critique des constructeurs français. D'une part, il promet des aides pour localiser la production, mais d'autre part, il critique les « rendements mirobolants » de groupes comme Stellantis ou Renault, accusés de privilégier les dividendes.
Paradoxalement, La Dépêche indique que le contre-budget de LFI prévoit 106 milliards d'euros de recettes fiscales supplémentaires, notamment grâce à une taxation accrue des entreprises, ciblant entre autres les constructeurs automobiles, créant ainsi une tension entre soutien industriel et pression fiscale.
Les zones d'ombre du programme : ce que les chiffres ne disent pas
Malgré les montants annoncés, plusieurs imprécisions affaiblissent le plan. La France Insoumise veut exclure les SUV des aides publiques, voire interdire certains à la vente, mais sans définition technique claire. Le programme vise 2 millions de véhicules électriques produits en France d'ici 2030, un objectif initialement fixé par Emmanuel Macron et abandonné. Actuellement, la production plafonne à 600 000 unités par an, et tripler ce volume nécessiterait des investissements privés massifs que le climat fiscal de LFI pourrait décourager.
Enfin, le programme maintient l'objectif européen de 100 % d'électrification des ventes neuves en 2035, alors que Paris et Berlin négocient une réduction à 75 %. Les sondages d'octobre 2026 montrent Jean-Luc Mélenchon distancé par Marine Le Pen, réduisant les chances de réaliser ce plan. Reste à voir si ces promesses séduiront les classes moyennes ou renforceront les doutes sur la faisabilité économique du projet.
