Le lien caché entre la crise du logement et la précarité énergétique en Europe

Alors que les coûts du logement augmentent dans toute l’Europe, des chercheurs financés par l’UE montrent comment la lutte menée conjointement contre la précarité énergétique et les inégalités pourrait remédier à la fragmentation de la politique du logement.

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By Horizon Published on 23 octobre 2026 4h33
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Le lien caché entre la crise du logement et la précarité énergétique en Europe - © Economie Matin

Alors que les villes de toute l’Europe étouffaient sous la vague de chaleur de juin 2026, le professeur Michael Janoschka se concentrait sur un problème à plus long terme: comment rendre les logements abordables et économes en énergie sur un continent confronté à la crise du logement?

Michael Janoschka a passé une grande partie de sa carrière à étudier la manière dont la hausse des prix de l’immobilier, la spéculation immobilière et les inégalités urbaines redessinent les villes européennes.

Aujourd’hui, en tant que professeur de sciences régionales à l’Institut de technologie de Karlsruhe en Allemagne, il dirige une équipe internationale qui étudie la manière dont l’accessibilité financière du logement et la précarité énergétique peuvent être traitées ensemble plutôt que comme des défis distincts à relever par les pouvoirs publics.

«L’Europe dispose d’un parc immobilier vieillissant et souvent inefficace sur le plan énergétique», déclare Michael Janoschka. «L’accessibilité financière du logement ne se résume pas uniquement au paiement d’un loyer ou au remboursement d’un crédit hypothécaire, mais elle concerne aussi le chauffage et, de plus en plus, le refroidissement». Selon lui, la hausse des prix et la consommation d’énergie font partie de la même crise.

Les prix des logements ont explosé au cours de la dernière décennie et près de 10 % des citoyens de l’UE sont confrontés à une «surcharge des coûts du logement», consacrant plus de 40 % de leur revenu disponible au loyer, au crédit hypothécaire et aux services d’utilité publique. Par ailleurs, près de 10 % des Européens ne parviennent pas à chauffer correctement leur logement, et le refroidissement en été est également une préoccupation croissante.

Repenser la politique avec les communautés

Dans le cadre du projet PREFIGURE financé par l’UE, des chercheurs, des municipalités et des organismes pour le logement de huit pays européens ont uni leurs forces sous la direction de Michael Janoschka afin d’étudier le lien entre le logement et l’énergie et la manière de les rendre à la fois plus abordables et plus inclusifs.

Ensemble, ils ont étudié 16 initiatives locales visant à fournir des logements et une énergie abordables à des groupes vulnérables, notamment les ménages à faibles revenus, les personnes âgées, les réfugiés et les personnes sans logement.

Ils se sont penchés sur les mesures déjà mises en œuvre par les municipalités, les organismes locaux et les résidents pour lutter contre les pressions exercées par l’accessibilité financière du logement et la précarité énergétique dans leurs quartiers.

«Je suis d’avis que le logement et l’énergie abordables, qui sont généralement traités comme des domaines d’action distincts, devraient être considérés ensemble», affirme Michael Janoschka. Les chercheurs font valoir que loger les gens, ce n’est pas simplement leur mettre un toit au-dessus de la tête. Le logement façonne également la santé, le bien-être économique et la cohésion sociale.

Afin de comprendre l’étendue de ces défis, les chercheurs ont également interrogé environ 30 000 ménages dans toute l’Europe. Ils analysent actuellement les résultats de l’enquête afin de comprendre comment des approches locales efficaces pourraient être adaptées ailleurs par l’intermédiaire de «communautés d’apprentissage» comprenant des réseaux de résidents, de fonctionnaires et de chercheurs.

Solutions sur le terrain

La ville allemande de Karlsruhe, par exemple, gère depuis 20 ans un programme coopératif de logement, qui offre des subventions à la rénovation et permet aux sans-abri d’accéder à des appartements vacants, parallèlement à la création de logements économes en énergie. Selon Michael Janoschka, le programme a permis de réduire considérablement le sans-abrisme.

Les chercheurs étudient actuellement la possibilité d’appliquer ces enseignements à Thessalonique, dans le nord de la Grèce, qui compte 35 000 logements vacants.

«La surcharge des coûts du logement en Grèce est la plus élevée de l’UE, et les coûts de l’énergie en constituent une part importante», déclare Meriç Özgüneș, coordinatrice de la politique du logement chez Housing Thessaloniki, l’agence de location sociale de la ville.

L’agence a récemment rénové 40 logements vides depuis longtemps pour les communautés vulnérables, et des personnes y emménagent depuis décembre dernier. L’objectif est de rénover 60 logements supplémentaires d’ici trois ans, puis plusieurs centaines d’autres par la suite.

«Le projet PREFIGURE nous a fourni des histoires inspirantes et une compréhension plus approfondie des stratégies et approches de financement potentielles», déclare Meriç Özgüneș. Le système de Thessalonique offre aux locataires à la fois des contrats de location sociale à long terme et des logements modernisés sur le plan énergétique.

À Barcelone, une autre initiative, WikiHousing, va encore plus loin en matière de participation citoyenne. Elle réunit des jeunes âgés de 18 à 30 ans issus de milieux divers afin qu’ils travaillent aux côtés d’architectes et de constructeurs pour contribuer à la conception, à la préfabrication et, à terme, à la gestion de logements publics économes en énergie.

À mesure qu’ils acquièrent des compétences pratiques en matière de construction, le projet crée également un modèle ouvert que d’autres villes peuvent adapter pour construire des logements abordables et à faibles émissions de carbone.

Inégalités, énergie et localisation

Alors que l’équipe dirigée par Michael Janoschka s’est concentrée sur le recensement des initiatives locales couronnées de succès en matière de logement, une autre équipe de recherche européenne s’est penchée sur les raisons pour lesquelles de nombreuses communautés vulnérables continuent de ne pas avoir accès à des logements abordables et économes en énergie.

Anne Kantel, chercheuse en politique énergétique à l’Institut Fraunhofer pour la recherche sur les systèmes et l’innovation à Karlsruhe, coordonne le projet HouseInc financé par l’UE.

En collaboration avec des autorités locales, des chercheurs et des organisations communautaires dans toute l’Europe, l’équipe étudie la manière dont les inégalités en matière de logement sont influencées par les coûts de l’énergie, les forces du marché, la politique, le changement climatique et l’accès aux transports, aux services publics et à l’aide sociale.

«Lorsque nous parlons de politique du logement, nous ne parlons pas seulement de n’importe quel logement, mais d’un logement de qualité lié au bien-être des personnes», déclare Anne Kantel.

L’équipe a mené quatre études de cas portant sur des groupes marginalisés d’Europe orientale: les migrants en Allemagne, les communautés roms en Tchéquie et en Roumanie et les réfugiés ukrainiens en Italie.

Grâce à des entretiens, des groupes de réflexion et des essais pratiques, les résidents ont travaillé avec les autorités locales, des ONG et des chercheurs pour discuter des innovations potentielles.

Les chercheurs ont également mené une enquête auprès d’environ 15 000 ménages dans huit pays afin de recenser les zones où ces disparités en matière de logement et d’accès à l’énergie sont les plus frappantes, et d’élaborer un atlas répertoriant les solutions existantes, telles que les agences de location sociale ou les programmes de rénovation communautaires, sur lesquels d’autres villes pourraient s’appuyer.

Victimes d’une défaillance du système

La recherche a révélé que ces communautés marginalisées subissaient fréquemment une discrimination structurelle.

Les Roms n’avaient souvent pas le statut de résident officiel ou vivaient dans des maisons qu’ils avaient construites eux-mêmes sur des terres qu’ils ne possédaient pas, ce qui augmentait le risque de déplacement. De leur côté, les réfugiés ukrainiens en Italie avaient des difficultés à obtenir des fonds à court terme, ce qui les empêchait de s’installer, de trouver un emploi ou de s’intégrer.

Dans les deux cas, les logements ne bénéficiaient souvent pas de mesures d’efficacité énergétique, obligeant les locataires à recourir à de vieux appareils électriques ou de chauffage.

«Une recommandation qui ressort de ces études est qu’il convient d’assurer une certaine stabilité et longévité à ces programmes», déclare Anne Kantel. «Les autorités locales ont également besoin de soutien et de formation pour évaluer les besoins locaux et aider les personnes de manière ciblée.»

Dans le district de Vogelstang, à Mannheim, en Allemagne, où de nombreux résidents issus de l’immigration vivent dans des bâtiments inefficaces sur le plan énergétique, des personnes ont déclaré éprouver des difficultés à chauffer et à refroidir leur logement à un prix abordable. Toutefois, pour beaucoup dans cette municipalité, cela ne constitue pas un problème distinct.

Pour Anne Kantel, ce constat est révélateur. Il montre comment des problèmes tels que la précarité énergétique peuvent passer inaperçus lorsque les services travaillent de manière cloisonnée, sans collaboration ni échange. «En Europe, je pense qu’il est nécessaire de mieux redistribuer les ressources et d’investir dans le renforcement des capacités locales», déclare-t-elle.

Stratégie intégrée en matière de logement

Selon une argumentation plus large d’Anne Kantel, les municipalités doivent tenir compte de l’ensemble des bâtiments et des infrastructures d’un quartier, et pas seulement des logements individuels, lorsqu’elles planifient leur stratégie en matière de logement.

«Le logement devient partie intégrante de l’infrastructure du quartier», souligne-t-elle. «Les mesures ne peuvent pas se limiter au niveau des ménages, elles doivent s’étendre au niveau du bâtiment et du quartier.»

En fin de compte, les deux équipes de recherche parviennent à la même conclusion: rendre les logements plus écologiques ne les rendra pas automatiquement plus équitables.

Les politiques du logement doivent être conçues aux côtés des personnes qu’elles sont censées aider, afin que la transition écologique de l’Europe ne laisse pas de côté ses citoyens les plus vulnérables.

Cet article a été initialement publié dans Horizon, le magazine de la recherche et de l’innovation de l’Union européenne (en anglais).

Les travaux de recherche évoqués dans cet article ont été financés par le programme Horizon de l’Union européenne.

Pour en savoir plus

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Horizon, le magazine de l’UE dédié à la recherche et à l’innovation.

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