Incendie : L’inaccessibilité des sites, ce risque coûteux que les entreprises anticipent encore trop peu

L’été 2026 a rappelé qu’un incendie peut interrompre l’activité d’une entreprise sans endommager ses bâtiments. Pour les dirigeants, le risque incendie doit être envisagé comme un risque de continuité d’activité. Une gestion de crise efficace repose sur quatre piliers : cartographier les risques, préparer l’après-sinistre, impliquer le COMEX et préparer les moyens de reprise.

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By Alexandre Baligand et Ronan Vinay Published on 25 octobre 2026 8h58
Incendies : la facture économique explose malgré la baisse du nombre de feux
Incendies : la facture économique explose malgré la baisse du nombre de feux - © Economie Matin

L'été 2026 a rappelé qu'un incendie peut mettre une entreprise à l'arrêt sans atteindre ses bâtiments. Routes coupées, évacuation, fumées, fournisseurs indisponibles ou salariés eux-mêmes sinistrés peuvent suffire à interrompre l'activité. Pour les dirigeants, le risque incendie doit être envisagé comme un risque de continuité d'activité.

L'été 2026 a marqué un changement d'échelle. Météo-France a recensé 901 journées avec au moins un département placé en danger élevé face aux feux, dont 74 jours consécutifs entre le 8 juin et le 20 août, une durée inédite.

France Assureurs estime à près de 500 millions d'euros le coût d'environ 25 000 sinistres liés aux incendies de Gironde, des Landes et du Var. Plus de 1 800 dossiers de pertes d'exploitation ont été ouverts, pour près de 30 millions d'euros, et surviennent très majoritairement sans dommages matériels directs.

Ces chiffres montrent que le risque ne se limite plus à la destruction matérielle. Pour les dirigeants, l'enjeu est désormais d'identifier tout ce qui peut interrompre l'activité, y compris lorsque le site reste intact.

Cartographier le risque

La première étape consiste à regarder le risque sur trois niveaux : le site lui-même, son environnement immédiat et tout ce dont son activité dépend pour fonctionner.

Il faut d'abord identifier ce qui pourrait être directement touché par un incendie, comme les bâtiments, les équipements, les stocks ou les ressources indispensables à la production. Ensuite, il faut élargir l'analyse à l'environnement du site. Par exemple, un incendie chez un voisin, une route coupée ou un périmètre d'évacuation, peuvent suffire à rendre l'entreprise inaccessible, même si ses propres installations restent intactes. Enfin, il faut cartographier les dépendances critiques. À savoir, l'eau, l'énergie, les fournisseurs uniques, la logistique ou les compétences externes.

L'objectif est d'identifier les maillons critiques, notamment les moins visibles, dont l'indisponibilité peut à elle seule paralyser l'activité.

Prévoir l'après-incendie et l'inaccessibilité du site

Une entreprise peut respecter ses obligations de sécurité incendie et pourtant se retrouver démunie une fois le sinistre maîtrisé. Le feu peut être éteint en quelques heures alors que, pour l'entreprise, la crise ne fait parfois que commencer.

Un site peut rester inexploitable plusieurs semaines en raison de la sécurisation des lieux, de la recherche des causes, de la préservation d'éléments utiles à l'expertise ou encore de contraintes judiciaires. Ce temps d'immobilisation reste largement sous-estimé dans les plans de continuité.

C'est donc cette durée qu'il faut anticiper. Quelles fonctions doivent continuer coûte que coûte ? Où installer temporairement les équipes ? Quelles activités peuvent être suspendues ? Quels clients faut-il servir en priorité ?

Faire de la gestion de crise un sujet de COMEX

Dès lors qu'un incendie peut interrompre la production, affecter les clients et fragiliser le chiffre d'affaires, le sujet ne peut plus rester cantonné au QHSE ou au service sécurité. Il devient un sujet de gouvernance.

Le rôle du COMEX n'est pas seulement de valider un plan, mais de vérifier qu'il est réellement capable de décider lorsque le fonctionnement habituel disparaît. Cela suppose de clarifier qui pilote, qui arbitre et jusqu'où les équipes disposent d'une autonomie de décision. Mais cela suppose surtout de se tester.

Un exercice pertinent peut, par exemple, partir d'un incendie limitrophe : l'usine est intacte, mais inaccessible pendant cinq jours, une partie des salariés est indisponible et un fournisseur stratégique interrompt ses livraisons. Le COMEX doit alors décider, sans connaître la durée exacte de la crise, quelles activités maintenir, quelles commandes prioriser, quelles ressources réaffecter et quels clients informer, en bref comment décider dans l'incertitude.

La finalité est de vérifier si l'organisation reste capable de décider sous contrainte, avec des informations incomplètes et dans la durée.

Préparer la reprise avant d'en avoir besoin

La dernière étape consiste à préparer les moyens qui permettront de raccourcir la crise. Où installer la cellule de crise si les locaux sont indisponibles ? Quels prestataires peuvent intervenir de nuit ou le week-end ? Existe-t-il un site de repli ou un sous-traitant de secours ? Qui détient réellement les coordonnées des bons interlocuteurs ?

Ces questions deviennent d'autant plus critiques lors d'un incendie de grande ampleur, car les ressources nécessaires à la reprise peuvent rapidement être saturées. Experts bâtiment, entreprises de déblaiement, de désamiantage ou de réparation peuvent être sollicités simultanément par plusieurs sinistrés.

Les contacts, procédures et solutions de secours doivent donc être préparés à froid. La conservation des éléments utiles à l'expertise doit elle aussi être organisée afin de ne pas ralentir inutilement les investigations et la reprise.

Les premières minutes d'un incendie relèvent de la sécurité. Les jours qui suivent relèvent de la continuité d'activité et de la gestion de crise.

Pour un dirigeant, le véritable enjeu est donc de s'assurer que l'entreprise reste capable de décider, de servir ses clients et de maintenir ses activités essentielles lorsque ses conditions normales de fonctionnement ont disparu.

La prévention incendie protège le site. La préparation à la crise protège l'activité.

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Alexandre Baligand, Fondateur de Secalys, expert en gestion de crise et Ronan Vinay, expert incendie & prévention.

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