Moody's a maintenu la note de la France à Aa3. Ouf, dira-t-on. Mais la perspective reste négative, et le ministre de l'Économie lui-même met en garde contre un budget "en dérive". Quand l'État se félicite d'avoir évité le pire, c'est qu'on a collectivement un problème.
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C'est le déficit public de la France attendu en 2026, soit environ 2,2% du PIB de plus que la cible initiale fixée par Bruxelles.
Moody's dit merci, la France dit "ouf"
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans la façon dont le gouvernement a commenté la décision de Moody's vendredi. Roland Lescure a salué "la reconnaissance de la force et de la diversité de l'économie française". Autrement dit : on célèbre le fait de ne pas avoir été déclassé. C'est un peu comme se réjouir d'avoir évité le bilan de faillite tout en continuant de dépenser plus qu'on ne gagne chaque année.
Car la réalité est têtue. Moody's a bien maintenu la note, soit. Mais l'agence a maintenu dans le même temps sa perspective négative. Ce n'est pas un satisfecit, c'est un avertissement poli. Traduction pour les non-initiés : les créanciers internationaux nous regardent avec bienveillance pour l'instant, mais ils ont le doigt sur la gâchette. Un faux pas budgétaire supplémentaire, un budget voté en dérapage caractérisé, et la sanction tombera — sous forme de taux d'intérêt plus élevés sur notre dette, que vous et moi finançons chaque jour via nos impôts.
Force est de constater que la France pratique depuis des années l'art de se féliciter d'avoir évité le pire. Ce n'est pas une politique économique, c'est de la gestion de crise permanente.
Le Smic en cadeau : la tentation populiste à 10 milliards d'euros
Et pendant ce temps-là, que se passe-t-il ? Le ministre de l'Économie évoque lui-même une possible hausse anticipée du Smic avant le 1er janvier. "Ça fait partie des débats", dit-il avec ce ton badin qui permet de tester une idée sans en assumer la paternité.
Je vais être direct : une hausse anticipée du Smic, dans le contexte budgétaire actuel, c'est le signal le plus contre-productif que l'on puisse envoyer. Non pas parce que les salariés au Smic ne méritent pas mieux — bien sûr que si. Mais parce que cette mesure coûtera plusieurs milliards en exonérations de charges supplémentaires à compenser, fragilisera les TPE et PME qui emploient l'essentiel des smicards, et n'améliorera le pouvoir d'achat que très marginalement une fois l'inflation absorbée.
En Allemagne, le salaire minimum est fixé par une commission indépendante selon des critères économiques stricts. En France, il devient un outil électoral. La différence de compétitivité entre les deux pays tient aussi à ces petites décisions prises au fil de l'eau, sous pression syndicale et dans l'urgence politique.
Discipline et ambition : les deux mamelles de la croissance
Il y a pourtant une bonne nouvelle dans cette revue de presse du jour. Des voix s'élèvent — des chefs d'entreprise, des économistes — pour dire que discipline budgétaire et ambition productive ne sont pas ennemies. Elles sont complémentaires. Ce n'est pas révolutionnaire, mais en France, l'énoncer clairement relève presque du courage politique.
Je pense que c'est exactement le débat que nous devons avoir. Pas "faut-il dépenser moins ?" versus "faut-il investir plus ?", mais "comment dépense-t-on mieux l'argent public ?". La réponse passe par moins de guichets, moins de doublons administratifs, moins de subventions saupoudrées sans évaluation — et plus de capital libéré pour les entreprises qui créent de la valeur.
Moody's nous a accordé un sursis. Nos partenaires européens nous regardent. Nos entrepreneurs attendent des signaux clairs. La question n'est pas de savoir si la France peut se redresser — elle en a les moyens. La question est de savoir si nos gouvernants en ont la volonté.

