L’enquête de conjoncture publiée le 23 octobre par l’Insee confirme la dégradation des travaux publics. Les carnets de commandes atteignent un niveau inédit depuis plus de dix ans et 64 % des entreprises interrogées signalent une insuffisance de demande.
Travaux publics : 64 % des entreprises freinées par le manque de demande, selon l’Insee

Dans les travaux publics, la contraction des commandes se traduit désormais par une difficulté largement partagée : 64 % des entreprises interrogées déclarent subir une insuffisance de demande. L’enquête trimestrielle publiée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) le 23 octobre 2026 fait état d’un nouveau recul de l’activité et de carnets de commandes jugés à leur plus bas niveau depuis plus de dix ans.
Les réponses recueillies entre le 25 septembre et le 20 octobre montrent une dégradation à la fois du travail effectué au cours des trois derniers mois et des perspectives à court terme. Le dernier relevé de conjoncture de l’Insee consacré aux travaux publics situe le solde d’opinion sur l’activité passée à −45, contre −37 en juillet. Celui relatif à l’activité prévue recule de −43 à −44. Ces valeurs sont des écarts entre réponses positives et négatives, et non des taux de variation de l’activité.
Les carnets de commandes au plus bas depuis plus de dix ans
Le jugement porté par les entrepreneurs sur leurs carnets de commandes se détériore encore. Son solde d’opinion descend à −53 en octobre, contre −49 trois mois plus tôt. Pour les entreprises qui distinguent leurs clients, la faiblesse est particulièrement prononcée du côté des commandes publiques : le solde atteint −64, contre −60 en juillet. La demande privée se dégrade elle aussi, de −40 à −51.
Ces indicateurs traduisent un manque de visibilité sur les chantiers à venir. Ils ne mesurent pas directement le nombre de marchés attribués ni leur valeur, mais la perception des entreprises sur le volume de commandes dont elles disposent. L’Insee souligne que les soldes relatifs aux carnets n’avaient pas atteint de tels niveaux depuis plus d’une décennie.
La demande devient la principale contrainte
La proportion d’entreprises signalant une insuffisance de demande atteint 64 %, après 56 % en juillet et 37 % en janvier. À l’inverse, seules 12 % mentionnent des difficultés liées au manque de personnel, contre 20 % en juillet. L’enjeu conjoncturel se déplace donc nettement vers la disponibilité des chantiers, même si les besoins de compétences demeurent variables selon les métiers et les territoires.
Le bulletin de conjoncture de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), publié le 6 octobre, apporte un éclairage complémentaire sur la demande effectivement enregistrée. De janvier à fin août 2026, les marchés conclus reculent de 26,6 % en euros constants sur un an, tandis que les travaux réalisés diminuent de 8 % en volume. Les heures travaillées des ouvriers permanents baissent de 4,5 % sur la même période.
Les deux sources ne mesurent pas la même chose : l’enquête Insee restitue des opinions d’entrepreneurs recueillies jusqu’au 20 octobre, tandis que les chiffres de la FNTP décrivent des évolutions d’activité et de commandes constatées sur les huit premiers mois de l’année. Leur convergence éclaire cependant la faiblesse de la demande adressée au secteur.
Une incertitude record et des perspectives d’emploi toujours dégradées
Autre signal, l’indicateur d’incertitude économique ressentie atteint 53 en octobre, contre 45 en juillet et 28 en janvier. Selon l’Insee, il s’agit de son plus haut niveau depuis le début de la série, en 2021. Les perspectives d’effectifs s’améliorent légèrement, avec un solde passant de −19 à −17, mais restent nettement inférieures à leur moyenne de longue période.
Pour les entreprises, la question des prochains mois sera celle du renouvellement des commandes, notamment publiques, dans un environnement budgétaire contraint. L’Insee prévoit sa prochaine enquête trimestrielle sur les travaux publics pour le 26 janvier 2027. Elle permettra de vérifier si la détérioration des carnets se prolonge ou si la demande commence à se stabiliser.