Une étude du CREA chiffre à 468 milliards de dollars le surcoût mondial des carburants depuis le début de la guerre en Iran, dont 160 milliards aux États-Unis. Méthode, impact sur les ménages et risques économiques.
Guerre en Iran : la hausse des carburants aurait coûté 160 milliards de dollars aux Américains

La guerre menée contre l’Iran depuis le 28 février 2026 se traduit par une facture énergétique croissante pour les consommateurs. Selon une étude publiée lundi 26 octobre par le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), le renchérissement de l’essence et du gazole aurait représenté 468 milliards de dollars de dépenses supplémentaires dans le monde entre le début de mars et la mi-octobre. Les États-Unis en concentreraient 160 milliards, soit environ un tiers du total. Ces estimations mettent en lumière la vulnérabilité des économies fortement dépendantes des carburants routiers, y compris lorsque le pays concerné produit beaucoup de pétrole.
160 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis
Le CREA évalue le surcoût des carburants à 471 dollars par habitant aux États-Unis, contre environ 60 dollars par habitant à l’échelle mondiale. Les auteurs de l’étude associent cet écart à l’importance des déplacements automobiles, aux distances parcourues, à la consommation des véhicules et à la part encore limitée des alternatives aux carburants fossiles. Le Canada et l’Australie, deux autres pays où la voiture particulière occupe une place importante, figurent également parmi les économies exposées.
La méthode demande cependant quelques précisions. L’organisme, indépendant et engagé dans la recherche sur la pollution de l’air et les énergies fossiles, a comparé les prix de l’essence et du gazole de janvier et février 2026 à ceux observés entre mars et la mi-octobre, en les rapprochant des volumes consommés dans 169 pays. Le résultat constitue une estimation du supplément de dépenses par rapport aux prix antérieurs à la guerre. Il ne démontre pas que chaque dollar d’écart aurait été évité dans un scénario sans conflit : les marchés auraient aussi évolué sous l’effet d’autres facteurs.
Le compte rendu de Reuters publié le 26 octobre reprend ces chiffres et souligne que le choc s’est transmis aux marchés mondiaux après les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz. À eux seuls, les États-Unis représenteraient plus d’un tiers de la facture mondiale estimée ; la Chine se situerait à 54 milliards de dollars et le Canada à 17 milliards.
Les automobilistes paient, mais les entreprises également
Aux États-Unis, le prix moyen de l’essence ordinaire atteignait environ 4,29 dollars le gallon le 26 octobre, contre 2,98 dollars avant le conflit. Le gazole, essentiel au transport de marchandises et à l’agriculture, dépassait 6,30 dollars le gallon, contre environ 3,76 dollars en février. Ces montants, établis à partir des données de l’AAA et repris dans une enquête de l’Associated Press, illustrent l’ampleur de la hausse à la pompe.
La première conséquence est la diminution de la somme que les ménages peuvent consacrer à d’autres achats. La seconde est plus diffuse : les transporteurs répercutent, dans la mesure où leurs contrats le permettent, une partie de leurs coûts supplémentaires sur leurs clients. Les secteurs de la distribution, de la construction, de l’agriculture et de l’industrie peuvent ainsi subir une pression accrue sur leurs marges et leurs prix de vente. L’importance de cette transmission varie selon la concurrence, les contrats et la capacité des entreprises à absorber les hausses.
Le CREA estime par ailleurs qu’un conducteur américain typique de voiture à essence a dépensé environ 440 dollars supplémentaires pendant la période étudiée, sur la base d’hypothèses de kilométrage et de consommation. Pour un automobiliste utilisant un véhicule électrique, le supplément de coût de recharge est évalué à 17 dollars. Cette comparaison est illustrative : elle ne couvre ni le prix d’achat des véhicules, ni leur entretien, ni les différences individuelles d’usage.
Le paradoxe d’un grand pays producteur de pétrole
Les États-Unis comptent parmi les premiers producteurs mondiaux de pétrole brut. Pourtant, leur production nationale ne les met pas à l’abri d’une flambée des cours. Les carburants se vendent sur des marchés intégrés : le prix du brut, les conditions de raffinage, le transport maritime et la disponibilité des produits finis influencent les tarifs, même lorsque le pétrole provient du territoire américain.
Le phénomène est particulièrement net pour le gazole. Dans son rapport d’octobre 2026, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) relève que le redressement des exportations de brut du Golfe n’a pas été suivi au même rythme par celui des produits raffinés. Les expéditions de carburants raffinés du Moyen-Orient demeuraient en septembre à moins de la moitié de leur niveau d’avant-guerre. Les tensions sur les stocks et les installations de raffinage sont susceptibles de prolonger les prix élevés même si le trafic des pétroliers reprend.
Un effet sur les prix et la consommation, sans équivalence avec une perte de PIB
Le supplément de dépenses de carburant calculé par le CREA n’est pas une destruction mécanique de richesse nationale ni une perte équivalente de produit intérieur brut. Une partie du montant correspond à des revenus supplémentaires pour les producteurs, raffineurs, transporteurs ou distributeurs. La redistribution de ces revenus peut néanmoins pénaliser les consommateurs et les secteurs qui utilisent beaucoup de carburant, au bénéfice relatif d’autres acteurs.
Ce choc peut aussi compliquer la maîtrise de l’inflation. Le gazole intervient dans les chaînes de transport et d’approvisionnement ; des coûts durablement élevés peuvent entretenir la progression de certains prix, même lorsque la demande ralentit. L’AIE anticipe d’ailleurs un recul de la consommation mondiale de pétrole en 2026, sous l’effet de la hausse des carburants et du ralentissement de l’activité dans plusieurs pays. Il s’agit d’une prévision, non d’un résultat définitif.
Une baisse des prix encore conditionnée à plusieurs facteurs
La Maison-Blanche estime que la fin de la guerre permettra une décrue importante des cours. Des mesures de soutien à certains secteurs et d’assouplissement de l’approvisionnement ont été engagées. Leur effet dépendra toutefois de l’évolution du conflit, de la remise en service des raffineries et de la reconstitution des stocks. Même en cas de détente du prix du pétrole brut, les prix du gazole pourraient rester sous pression.
À une semaine des élections américaines de mi-mandat, cette facture nourrit le débat sur le coût de la vie. Une analyse de Reuters fondée sur les données de l’AAA observe que les prix moyens de l’essence depuis le retour de Donald Trump au pouvoir ont très légèrement dépassé ceux de la présidence Biden. La comparaison, faite en dollars courants et sur des périodes de durées différentes, ne suffit pas à dresser un bilan économique global. Elle rappelle en revanche la place concrète du carburant dans le budget quotidien des ménages américains.
Le chiffre de 160 milliards de dollars a donc une portée précise : il mesure, selon une méthodologie publiée, le supplément de dépenses de carburant supporté aux États-Unis par rapport aux prix d’avant-guerre. Pour apprécier le coût économique total du conflit, il faudrait également mesurer ses effets sur la production, les échanges, les finances publiques et l’investissement. Ceux-ci ne sont pas compris dans l’estimation du CREA.