The Lancet identifie 17 menaces catastrophiques compromettant la santé humaine d’ici 2100, avec un coût économique déjà estimé à 1 000 milliards de dollars annuels. Obésité, inégalités et changement climatique dominent un classement qui inclut aussi des risques existentiels comme l’IA malveillante et les conflits nucléaires.
Santé et économie : 17 menaces à 1 000 milliards de dollars d’ici 2100

Selon The Lancet, 17 menaces catastrophiques compromettront la santé humaine d'ici 2100. Au-delà du drame humain, ces menaces représentent une bombe à retardement économique. Les gouvernements et entreprises qui ne les anticipent pas dès maintenant feront face à des coûts exponentiels. Le rapport, publié ce 28 octobre 2026 par 146 chercheurs de 30 pays, chiffre les pertes actuelles à 1 000 milliards de dollars annuels, rien que pour la baisse de productivité liée à la chaleur.
Un rapport The Lancet chiffre le coût sanitaire de l'inaction économique
La 10e édition du Lancet Countdown associe santé publique et analyse économique. Entre 2016 et 2023, la chaleur liée au changement climatique a provoqué près de 3 millions de décès. En 2023 seulement, 710 000 personnes sont mortes à cause de températures extrêmes, dont 71 % imputables au réchauffement anthropique. Marina Romanello, directrice exécutive du projet à l'University College London, alerte : « Dix ans après l'Accord de Paris, nos conclusions sont sans ambiguïté. Les effets néfastes du changement climatique sur la santé progressent plus vite que la réponse mondiale à ces effets et s'accélèrent même. »
Les pertes économiques dépassent largement les dépenses de santé directes. La productivité s'effondre dans les régions les plus touchées. L'Asie du Sud-Est perd 3,9 % de son PIB, l'Afrique 3,2 %. En France, l'été 2025 a enregistré plus de 5 700 décès attribuables à la chaleur, soit plus de 3 % de la mortalité observée pendant cette période. Le professeur Ollie Jay, de l'Université de Sydney, précise : « Il y a de toute façon des périodes de forte chaleur, mais leur intensité et leur fréquence sont amplifiées par le changement climatique d'origine humaine. »
Les trois menaces qui pèseront le plus lourd sur les dépenses de santé
The Lancet place l'obésité, la mauvaise alimentation et la sédentarité en tête des 17 menaces identifiées. Ces facteurs liés au mode de vie génèrent des coûts massifs : diabète, maladies cardiovasculaires, cancers. Les systèmes de santé occidentaux consacrent déjà 10 à 15 % de leurs budgets à ces pathologies chroniques. D'ici 2100, sans action préventive, ces dépenses pourraient doubler. Les entreprises subissent également l'impact via l'absentéisme et la baisse de performance. Le tabagisme et l'hypertension complètent ce tableau sanitaire coûteux, tandis que la résistance aux antibiotiques menace de rendre inopérants les traitements standards, multipliant les hospitalisations prolongées.
Inégalités socioéconomiques : le facteur amplificateur des crises sanitaires
Les inégalités socioéconomiques figurent au quatrième rang des menaces. Elles agissent comme un multiplicateur de risques. Les populations pauvres accumulent les vulnérabilités : accès limité aux soins, habitats inadaptés, exposition professionnelle accrue. Le rapport souligne une asymétrie criante : 84 % du financement de recherche en santé mondiale va aux pays riches, alors que l'Asie et l'Afrique concentrent les pertes économiques les plus lourdes. L'effondrement potentiel de l'aide publique au développement, également listé parmi les menaces, aggraverait encore ce déséquilibre. La malnutrition infantile, autre facteur identifié, compromet le capital humain des générations futures, créant un cercle vicieux de pauvreté et de mauvaise santé.
Au-delà de la santé : quand les menaces sanitaires deviennent des risques systémiques
Certaines menaces dépassent le cadre sanitaire pour menacer l'économie mondiale dans ses fondements. Les conflits armés détruisent les infrastructures de santé, provoquent des déplacements massifs et perturbent les chaînes d'approvisionnement. La pollution de l'air, responsable de millions de décès annuels, réduit l'espérance de vie et la productivité dans les zones industrielles. L'alcoolisme et la mauvaise santé mentale, souvent négligés dans les analyses économiques, coûtent pourtant des milliards en soins et en perte de performance. Le vieillissement en mauvaise santé représente un défi majeur pour les systèmes de retraite et de protection sociale, particulièrement en Europe et en Asie.
L'IA malveillante et les conflits nucléaires : menaces existentielles pour l'économie mondiale
Deux menaces possèdent un potentiel d'extinction massive selon le rapport : l'usage malveillant de l'intelligence artificielle et un conflit nucléaire entraînant une famine globale. L'IA pourrait servir à créer des armes biologiques personnalisées ou à paralyser les systèmes de santé numériques. Un conflit nucléaire provoquerait un hiver nucléaire, anéantissant l'agriculture mondiale. Les marchés financiers sous-estiment ces risques de queue, pourtant capables de détruire l'économie mondiale en quelques semaines. Aucune assurance, aucun mécanisme de marché ne peut couvrir de tels scénarios catastrophiques.
Réchauffement climatique : 3 millions de décès et des pertes exponentielles
Le changement climatique agit comme un métarisque, amplifiant toutes les autres menaces. Les 3 millions de décès enregistrés entre 2016 et 2023 ne représentent qu'une fraction du coût total. La moyenne annuelle de 540 000 morts grimpe à 710 000 en 2023. Les pertes de productivité atteignent déjà 1 000 milliards de dollars par an sur les trois dernières années. Les sécheresses extrêmes ont augmenté de 700 % depuis 2016, menaçant la sécurité alimentaire. Romanello réclame que le changement climatique soit officiellement reconnu comme une urgence sanitaire mondiale, avec la santé placée au centre de chaque décision climatique. Pourtant, 80 % de l'énergie mondiale provient toujours des combustibles fossiles.
Quels modèles économiques pour anticiper cette cascade de risques ?
Les investissements en énergies propres ont atteint 2 100 milliards de dollars en 2025, un progrès insuffisant face à l'ampleur des menaces. Les modèles économiques actuels peinent à intégrer les risques sanitaires à long terme. Les entreprises doivent repenser leurs stratégies de gestion des risques, en incluant les facteurs de santé publique dans leurs prévisions. Les gouvernements doivent arbitrer entre dépenses préventives et coûts curatifs exponentiels. L'adaptation de 56 pays aux impacts climatiques reste inégale et fragmentée. Le rapport paraît avant la COP 31 de novembre 2026, moment crucial pour aligner ambitions climatiques et impératifs sanitaires.
La question n'est plus de savoir si ces menaces se matérialiseront, mais quand et avec quelle intensité. Les décisions économiques prises aujourd'hui détermineront le coût humain et financier de demain. Comme le montre l'affaire récente impliquant ChatGPT, la santé et les nouvelles technologies entretiennent des liens complexes qui exigent une régulation anticipée. L'inaction coûtera infiniment plus cher que l'investissement préventif.