La France a officiellement repris sa couronne en 2025 : championne d'Europe des prélèvements obligatoires, 38ème sur 38 pays de l'OCDE en matière de compétitivité fiscale. Un titre que personne ne revendique, mais que tout le monde continue de mériter. Il est temps de regarder cette réalité en face, sans anesthésie.
1 305 milliards €
C'est le montant total des impôts et taxes prélevés en France en 2025, dont 23 milliards issus de hausses ou de créations de nouveaux prélèvements.
Le record dont personne ne veut, mais que tout le monde fabrique
Force est de constater qu'il y a une forme de génie français dans notre capacité à battre nos propres records. En 2025, la France a prélevé 1 305,1 milliards d'euros d'impôts et de taxes sur ses entreprises, ses ménages et ses actifs. Un chiffre qui donne le vertige. Pour vous donner une idée, c'est à peu près l'équivalent du PIB de l'Espagne. Nous levons chaque année autant d'argent que la production de richesse entière d'un grand pays européen — et nous le dépensons, intégralement, voire davantage.
Le Danemark et la Belgique, pourtant réputés pour leur goût de la redistribution, finissent derrière nous dans ce classement peu glorieux. Et pendant que nos voisins allemands ou néerlandais taillent dans leurs budgets publics pour rester compétitifs, nous, nous votons 23 milliards d'euros de hausses supplémentaires. Vingt-trois milliards. Ce n'est pas une politique budgétaire, c'est une addiction.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que cette pression fiscale ne tombe pas du ciel. Elle est le résultat direct d'une dépense publique qui, depuis trente ans, n'a jamais vraiment été remise en question. On dépense, donc on taxe. On taxe, donc on décourage. Le cercle vicieux est parfaitement huilé.
38ème sur 38 : quand la compétitivité devient un luxe
Je ne lâcherai pas ce chiffre de sitôt : la France occupe la dernière place du classement de compétitivité fiscale de l'OCDE. Dernière sur 38 pays. Derrière la Pologne, derrière le Portugal, derrière la Grèce. Des pays que l'on regardait avec condescendance il y a encore vingt ans.
Ce classement ne mesure pas uniquement le niveau de la fiscalité — il évalue la structure même de notre système fiscal : sa complexité, son instabilité, son impact sur les décisions d'investissement. Et sur ces trois critères, nous excellons dans le mauvais sens du terme. Un chef d'entreprise qui s'installe en France sait qu'il va consacrer une partie significative de son énergie à comprendre, à déclarer, à justifier. Pas à produire, pas à innover, pas à embaucher.
Le comble ? Alors que les signaux d'alarme des marchés financiers sur la dette française se multiplient — les investisseurs regardent nos obligations avec un mélange de curiosité et d'inquiétude —, le débat politique continue de tourner autour de qui taxer davantage. Taxer les riches, taxer les grandes entreprises, taxer les successions. Comme si le problème de la France était un manque de recettes, et non un excès de dépenses.
Le vrai sujet, celui qu'on refuse d'aborder
Pendant ce temps, le gouvernement envisage d'avancer la revalorisation du Smic pour calmer la colère sociale. Je comprends le besoin de répondre à des ménages sous pression. Mais une augmentation du Smic financée par quoi, exactement ? Par une compétitivité encore dégradée ? Par des charges supplémentaires sur les employeurs déjà étranglés ?
La vraie question est celle que personne ne pose franchement dans les couloirs du pouvoir : à quel moment allons-nous cesser d'empiler des solutions coûteuses sur des problèmes que nous avons nous-mêmes créés à coups de dépenses mal maîtrisées ?
Championne d'Europe des impôts, dernière de l'OCDE en compétitivité fiscale : la France n'a pas besoin d'un nouveau record. Elle a besoin d'un nouveau logiciel.

