Dans une analyse publiée le 30 octobre, la BCE rapporte que près de 90 % de ses interlocuteurs issus d’entreprises vendant aux consommateurs ne répercutent que partiellement les surcoûts. Faiblesse de la demande et concurrence compliquent les hausses de prix, tandis que les tensions pourraient se prolonger en 2027.
BCE : les vendeurs peinent à répercuter les surcoûts

Les entreprises européennes qui vendent directement aux consommateurs peinent à répercuter la hausse de leurs coûts dans leurs prix. Dans une analyse publiée le 30 octobre, la Banque centrale européenne (BCE) indique qu'environ 90 % des interlocuteurs issus de ces entreprises déclarent une transmission seulement partielle ou limitée des surcoûts liés au conflit au Moyen-Orient. Le constat éclaire les arbitrages commerciaux auxquels sont confrontés les distributeurs et les fournisseurs, notamment en France.
Un décalage entre les coûts des fournisseurs et les prix de vente
La note du Bulletin économique de la BCE synthétise des échanges avec des représentants de 64 grandes entreprises non financières de la zone euro, menés principalement entre le 28 septembre et le 7 octobre 2026. Ces échanges font apparaître une accélération des prix de vente au troisième trimestre, mais aussi une résistance accrue des clients aux augmentations.
Les tensions proviennent notamment des coûts de l'énergie, du transport et de la logistique. La BCE observe que les entreprises doivent parfois renouveler des contrats d'approvisionnement ou des couvertures financières négociés avant la hausse des prix. Le choc de coûts peut donc continuer de se transmettre alors même que certains prix de marché se stabilisent.
La différence entre les secteurs est nette : environ neuf interlocuteurs sur dix travaillant pour des entreprises tournées vers les consommateurs évoquent une répercussion partielle ou limitée des surcoûts, contre moins de la moitié de ceux qui travaillent pour des entreprises vendant à d'autres entreprises. La faiblesse de la demande et la concurrence sont les deux principales raisons avancées.
Ce résultat ne signifie pas que 90 % des commerces français ont réduit leurs marges. Il s'agit de réponses qualitatives provenant d'un groupe restreint de grandes entreprises européennes, et non d'une enquête représentative de l'ensemble du tissu commercial. Il n'établit pas non plus le montant des pertes ou des gains de chaque distributeur.
En France, la confiance des ménages complique les hausses
Les entreprises interrogées par la BCE signalent une sensibilité particulière aux prix chez les consommateurs allemands et français. Les clients tendent à rechercher des références moins chères ou à reporter certaines dépenses. Les achats de meubles et d'électroménager sont décrits comme faibles, tandis que les dépenses en services numériques résistent davantage.
Cette appréciation rejoint un autre indicateur, établi sur une population et avec une méthode différentes : selon l'enquête de conjoncture de l'Insee publiée le 27 octobre, la confiance des ménages français est tombée à 80 points en octobre, soit cinq points de moins qu'en septembre. L'opinion sur l'opportunité de réaliser des achats importants s'est également dégradée.
Pour les commerces, l'enjeu est double : préserver leur compétitivité sans absorber indéfiniment la hausse de leurs achats. Les réponses peuvent varier selon les produits, les contrats fournisseurs, la capacité de négociation et la concurrence locale. Une hausse des coûts ne se transforme donc pas automatiquement en hausse équivalente des étiquettes.
Des tensions susceptibles de durer en 2027
Les interlocuteurs de la BCE anticipent une certaine modération de la progression des prix de vente au quatrième trimestre 2026, mais beaucoup estiment que les pressions sur les coûts continueront en 2027. L'expiration des couvertures énergétiques, les matières premières agricoles et les hausses tarifaires des fournisseurs figurent parmi les facteurs cités.
La note montre aussi un contraste dans l'investissement. Les entreprises liées à l'intelligence artificielle, aux équipements électriques, à la défense ou à l'aéronautique font état d'une demande soutenue, tandis que des branches comme la chimie, le textile et l'agroalimentaire subissent davantage les coûts et la concurrence internationale.
Sur l'emploi, les entreprises contactées signalent des effectifs plutôt en baisse, avec des besoins plus dynamiques dans quelques secteurs spécialisés. Les attentes de progression salariale se situent autour de 3,0 % pour 2026 et 2,9 % pour 2027 dans les indications recueillies. Là encore, il s'agit de perceptions sectorielles et de prévisions, non de salaires déjà constatés.
Le prochain enjeu pour les entreprises françaises sera de savoir dans quelle mesure les hausses de coûts encore attendues pourront être absorbées, négociées ou transmises aux clients. Les chiffres de consommation et de prix des prochains mois permettront de confronter ces témoignages aux évolutions effectivement observées.