Le gouverneur de la Banque de France ne croit plus à son propre objectif de croissance de 0,4% pour 2026. Le déficit file vers 5,7%. Et pendant ce temps, l'Assemblée nationale transforme le débat budgétaire en foire d'empoigne. Il est temps de dire les choses clairement : la France est en train de se noyer dans ses propres impôts.
5,7 %
Le niveau attendu du déficit public français en 2026, soit près du double de la limite européenne fixée à 3%.
La machine est à l'arrêt. Et on continue d'appuyer sur l'accélérateur fiscal.
Voilà le paradoxe français dans toute sa splendeur : nous sommes officiellement le pays le plus taxé d'Europe, et pourtant nos finances publiques s'enfoncent comme une pierre dans l'eau. Le déficit public, annoncé à 5,7% du PIB, donne le vertige. La croissance, elle, se traîne en dessous de 0,4% — et encore, le gouverneur de la Banque de France lui-même n'y croit plus. Zéro virgule quatre pour cent. En Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas, ce chiffre ferait sourire. Chez nous, il ressemble à une performance.
Force est de constater qu'on a épuisé la recette. Taxer davantage pour dépenser davantage, dépenser davantage pour taxer davantage — ce cercle vicieux tourne depuis quarante ans, et il ne produit plus rien. Les entreprises françaises font face à une remontée insidieuse des impôts locaux, que Les Échos documentaient encore ce matin. Les charges sociales restent les plus lourdes d'Europe. Et pendant ce temps, la machine productive, pour reprendre l'expression d'Agnès Verdier-Molinié, est littéralement à l'arrêt.
Ce n'est pas un problème de conjoncture. C'est un problème de structure. Quand on ponctionné à ce point la création de valeur, il ne faut pas s'étonner qu'il ne reste plus grand-chose à distribuer.
Le budget 2027, ou l'art de ne rien décider
Pendant que l'économie décroche, que se passe-t-il à l'Assemblée nationale ? Les députés « piétinent le budget comme des bambins sur un château de sable », selon une formule que je trouve particulièrement juste. La partie recettes du projet de loi de finances s'apprête à être rejetée. Le gouvernement laisse filer les débats, visiblement résigné à sortir le 49.3 en temps utile.
Je ne dis pas que le budget proposé est parfait — loin de là. Mais cette incapacité collective à trancher, à faire des choix, à accepter qu'on ne peut pas tout avoir en même temps, est proprement sidérante. Chaque groupe parlementaire défend ses niches, ses subventions, ses clientèles. Résultat : personne ne taille dans le vif, et la dette continue de grossir. Nous frôlons désormais les 3 200 milliards d'euros. C'est 46 000 euros par Français, nouveau-né compris.
Le recours aux ordonnances que Sébastien Lecornu explore en coulisses ne serait pas une solution politique satisfaisante. Mais honnêtement, face à ce spectacle, on comprend la tentation.
Le déclassement n'est pas un sentiment, c'est une réalité comptable
Les Français ne sont pas victimes d'un mauvais moral collectif. Le déclassement qu'ils ressentent est parfaitement réel, chiffres à l'appui : le PIB par habitant recule, les dépenses contraintes — loyer, énergie, cantine — représentent désormais près de 30% du budget des ménages contre 13% dans les années 1960. Ce n'est pas la mondialisation qui a tout fait. C'est aussi, et surtout, le poids d'un État qui prélève trop, dépense mal, et réglemente sans compter.
La question n'est plus de savoir si la France doit se réformer. Elle est de savoir si elle en est encore capable. Je pense que oui. Mais à condition d'arrêter de confondre l'ambition sociale avec la fuite en avant fiscale. Taxer les gens jusqu'à l'os ne les enrichit pas. Cela les appauvrit — et appauvrit le pays avec eux.

