Longtemps perçue comme un placement de niche, l’épargne solidaire s’impose aujourd’hui comme un acte citoyen à part entière. En 2025, elle séduit de plus en plus de Français, notamment les jeunes générations, qui souhaitent donner du sens à leur argent tout en soutenant des projets à impact social et environnemental.
Moins de profit, plus de sens : l’épargne solidaire, le nouveau réflexe des 18-30 ans

Un élan générationnel pour une épargne à impact
Selon un sondage OpinionWay pour FAIR et France Active publié le 6 novembre 2025, un Français sur quatre (24%) souhaite que son argent contribue au financement de projets solidaires. Cette proportion atteint 37% chez les 18-25 ans, révélant une sensibilité accrue aux enjeux sociaux et climatiques. « Face à un environnement économique anxiogène, les jeunes redonnent du sens à leur épargne », observe Christophe Vernier, directeur général de France Active.
Cette tendance s’inscrit dans un contexte de défiance vis-à-vis des placements traditionnels. Entre incertitudes économiques, inflation persistante et crise du logement, beaucoup cherchent à concilier performance et responsabilité. Pour eux, épargner ne se limite plus à faire fructifier un capital : il s’agit de participer à la construction d’une économie plus inclusive. Comme le souligne Sébastien Darrigrand, délégué général de FAIR, « l’épargne devient un acte citoyen : elle traduit la volonté d’agir à son échelle pour le climat et la cohésion sociale ».
L’intérêt des jeunes pour l’épargne solidaire s’explique aussi par une évolution de la perception du risque. Là où les générations précédentes privilégiaient la sécurité, les 18-34 ans acceptent davantage l’idée d’un rendement modéré, à condition que leur argent soit utile. De fait, 56% des jeunes Français affirment vouloir épargner malgré les incertitudes économiques, mais en privilégiant des produits alignés avec leurs valeurs.
Une dynamique soutenue par la croissance des encours
Les chiffres confirment cette montée en puissance. D’après FAIR, le capital investi dans l’épargne solidaire a franchi le cap des 27 milliards d’euros en 2024, contre 24 milliards en 2022. La croissance annuelle moyenne du secteur atteint 12%, portée par le succès des fonds labellisés Finansol et des produits d’investissement socialement responsable (ISR). Ces placements financent une large gamme de projets : entreprises d’insertion, logements sociaux, énergies renouvelables ou encore microcrédit.
Ce mouvement ne s’explique pas seulement par un effet de mode, mais par la structuration d’un véritable écosystème financier alternatif. Les acteurs historiques, tels que France Active, la NEF ou le Crédit Coopératif, bénéficient d’un regain d’intérêt, tandis que les banques traditionnelles multiplient les offres estampillées « solidaires ». Parallèlement, les plateformes numériques permettent aux particuliers d’investir directement dans des projets locaux, favorisant ainsi un lien concret entre l’épargnant et le bénéficiaire.
Toutefois, le manque d’information demeure un frein majeur : près de 65% des Français se disent encore mal informés sur le fonctionnement et la rentabilité des produits d’épargne solidaire. Ce déficit de compréhension freine l’essor du secteur, en particulier parmi les épargnants modestes. Pourtant, les solutions existent : livrets solidaires, plans d’épargne salariale éthique ou assurances vie à impact, autant de produits accessibles au grand public.
Des horizons de rentabilité plus longs, mais assumés
Contrairement aux placements classiques, l’épargne solidaire s’inscrit dans une logique de moyen à long terme. Les Français acceptent désormais un horizon de rentabilité compris entre 3 et 8 ans, une durée perçue comme raisonnable compte tenu de la nature des projets financés. L’objectif premier n’est pas la performance immédiate, mais la création de valeur sociale durable.
Cette approche différenciée du rendement séduit un public jeune habitué à raisonner en termes d’impact plutôt que de simple profit. Pour eux, épargner équivaut à investir dans une société plus juste, où la rentabilité s’évalue aussi à l’aune des bénéfices collectifs. Les projets soutenus par les fonds solidaires incluent la création d’emplois dans l’économie sociale et solidaire, la transition énergétique ou encore l’aide aux personnes vulnérables. Ces dimensions concrètes contribuent à renforcer la confiance des investisseurs dans la durabilité du modèle.
Sur le plan macroéconomique, la montée de l’épargne solidaire traduit une transformation culturelle profonde : la finance n’est plus perçue comme un univers purement spéculatif, mais comme un outil d’action collective. Les acteurs institutionnels s’adaptent : le label Finansol, créé il y a près de 25 ans, connaît un renouveau grâce à la demande croissante de transparence et de traçabilité. De plus, les initiatives publiques, telles que la loi sur l’économie sociale et solidaire, favorisent le développement de ces instruments.
Enfin, la fiscalité reste incitative : certains produits d’épargne solidaire bénéficient d’avantages fiscaux, notamment dans le cadre de l’épargne salariale ou de l’assurance vie. Ces dispositifs permettent d’ancrer durablement ce type d’investissement dans les stratégies patrimoniales. À moyen terme, les experts anticipent une poursuite de la progression du secteur, avec une part croissante d’épargnants jeunes et urbains.
Une finance plus citoyenne en construction
Si l’épargne solidaire séduit, c’est qu’elle offre une réponse aux aspirations contemporaines : concilier sécurité financière et engagement social. En 2025, elle représente un pont entre la finance traditionnelle et les attentes éthiques des nouvelles générations. De plus en plus d’investisseurs individuels souhaitent désormais savoir où va leur argent, comment il est utilisé et à quelle cause il contribue.
Cette quête de sens s’inscrit dans une tendance plus large : celle de la responsabilisation des consommateurs et du refus de l’anonymat financier. En choisissant de placer leur épargne dans des projets concrets, les Français reprennent une forme de pouvoir économique. Ce faisant, ils participent à un mouvement collectif où la finance devient un vecteur d’impact plutôt qu’un simple instrument de profit.
